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Que représente EDF en Occitanie ? Quelles sont les priorités pour les énergies renouvelables ? Interview exclusive du nouveau délégué régional
Par . Hérault Juridique et Economique publié le 15 OCT 2020 à 09:29
Le délégué régional EDF Occitanie, en poste depuis le 15 juin dernier, a présenté les ambitions du groupe en matière de transition énergétique, ainsi que l’actualité de l’opérateur historique qui représente 9 000 salariés en région. Avec notre partenaire presse l’Hérault Juridique Economique.

Plan de relance et transition énergétique en Occitanie

" En région, la baisse de consommation électrique a atteint – 15 % pendant le confinement, essentiellement à cause de l’arrêt des activités professionnelles, et nous sommes actuellement autour des – 3 à – 4 %.” indique Sylvain Vidal. Le groupe est bien sûr dépendant du taux d’activité et de consommation régional. “Dans ce contexte particulier, nous voulons être un acteur majeur du Plan de relance et de la transition énergétique, être un amortisseur économique pour pallier par nos investissements les secteurs en difficulté. L’objectif est également de chercher des relais de croissance en faisant le choix de sous-traitants locaux. C’est une orientation de plus en plus forte”.

Ainsi, tout récemment, EDF a invité 140 entreprises sur le site de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne), où plus d’un milliard d’euros d’investissements sont prévus dans les années à venir. Transition énergétique et rénovation du bâtiment sont également des relais de croissance potentiels pour le groupe. “Les EnR connaissent en France une croissance de 8 à 10 % par an. Notre ambition dans ce domaine, en Occitanie, est de développer 200 mégawatts sur quatre à cinq ans, ce qui représente un investissement de 200 M€ à terme. Concernant la rénovation énergétique, l’enjeu est multiple pour nous : promouvoir l’électricité, une énergie décarbonée, notamment dans la rénovation des chauffages, et multiplier les offres dans ce sens ; diffuser via notre réseau d’installateurs professionnels labellisés… Il faut savoir que les émissions de CO2 sont dues à 30 % au bâtiment, dont 75 % liées au chauffage”.

Une production 100 % décarbonée en Région

Le groupe emploie 9 200 personnes en Occitanie. Les effectifs devraient rester stables. Pour le renouvellement de ses effectifs, EDF fait fortement appel à l’apprentissage (230 contrats apprentis actuellement en cours). Particularité en région, la production d’électricité est totalement décarbonée, c’est-à-dire issue à 50 % du nucléaire (centrale de Golfech), à 35 % de l’hydraulique et à 15 % des énergies renouvelables.

“Pour les énergies renouvelables, l’Occitanie est une région à fort potentiel et l’on a un alignement politique favorable depuis la Région jusqu’à l’Etat. Notre groupe est positionné sur le photovoltaïque, l’éolien et désormais l’hydrogène vert”. Le groupe a d’ailleurs implanté son centre de supervision européen à Colombiers, près de Béziers.

“Le sujet sensible reste l’acceptation des projets par le public, notamment pour l’éolien. Nous lançons des consultations le plus en amont possible, à juste titre, sur les questions de biodiversité et de voisinage.”

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Hydraulique : l’épineuse question des concessions d’Etat

L’hydraulique nécessite des investissements importants, notamment pour la réalisation et la mise en sécurité et l’entretien des ouvrages. Le développement de ce type d’ouvrage passe par des concessions d’Etat. Elles ont en moyenne une durée d’une cinquantaine d’années. Dans ce domaine, l’Europe veut imposer une ouverture du marché en ouvrant les appels d’offres à d’autres acteurs européens pour ce type d’équipements.

La bataille juridique est en cours. La position d’EDF groupe est de pouvoir maintenir le régime atypique déjà appliqué en France tout en le faisant évoluer. “ C’est un marché qui, à mon sens, peut difficilement être mis en concurrence, pour des questions d’enjeux d’alimentation, de sécurité, de continuité de production, de tourisme, voire d’impact socio-économique sur les territoires”précise Sylvain Vidal. L’Union européenne semble toutefois à l’écoute pour débloquer une voie juridique génératrice d’activité locale.

Un investissement potentiel de 800 millions d'€ en Aveyron

Exemple de ce blocage, le projet EDF de STEP – station de transfert d’énergie par pompage – prévu dans la vallée de la Tuyères sur la centrale de Montezic, et dont l’investissement global porterait sur 800 M€ avec de fortes retombées locales. Il s’agirait d’un relais de croissance pour les activités en difficulté du fait du Covid et cela pourrait créer des emplois sur le territoire. Le principe d’une STEP est basé sur une double retenue d’eau : l’eau du bassin aval est turbinée (pompée) aux heures de très forte consommation puis recueillie dans une retenue en aval. Le mouvement des eaux permet la production d’électricité.

“Engager ce type de travaux demande de la visibilité. Et l’incertitude des décisions européennes sur le régime de concession d’Etat n’aide pas. Il est difficile de s’engager si, dans deux ans, nous ne sommes plus propriétaires du barrage. Nous sommes dans le même cas que l’ouverture des concessions aéroportuaires et les effets que l’on a vu notamment à Toulouse”.

La STEP de Montezic permettrait en outre de développer 400 à 500 mégawatts supplémentaires, sachant qu’une tranche de centrale nucléaire représente 1 000 mégawatts développés.

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Hydrogène vert : des expérimentations en cours

L’hydrogène est un sujet qui a fortement émergé ces derniers temps, et que la Région Occitanie a anticipé en voulant créer une véritable filière de compétences en Occitanie. Il s’agit de produire de l’hydrogène à partir de l’électrolyse classique.

Essentiellement utilisée par l’industrie, la tendance est au déploiement de cette énergie pour les mobilités et notamment les transports lourds : bus, bennes à ordures, camions… Chez EDF, c’est la filiale Hynamics qui est actrice sur ce marché en émergence. Deux projets sont en cours, au Grau-du-Roi et sur la métropole de Montpellier. Dans le Gard, il s’agit d’identifier avec la commune l’ensemble des potentiels pour atteindre un volume d’utilisation critique (minimum 1 mégawatt), notamment pour le maritime.

La Ville du Grau-du-Roi veut expérimenter une navette de type fluvial pour le transport des touristes dans différents points de la commune. Elle s’intéresse aussi aux activités de pêche qui pourraient trouver, dans ce type d’énergie, une alternative au fuel et faire entrer la pêcherie locale dans la transition énergétique.

Les équipements portuaires utilisant les énergies fossiles – comme le grutage, le stockage et autres services – pourraient bénéficier de l’hydrogène vert. Les discussions sont en cours.

22 bus et une station hydrogène à Montpellier

A Montpellier, le projet – confirmé par Michaël Delafosse – est plus avancé, et il y a convergence de vues entre la Région, la métropole et EDF. Il s’agit de créer une flotte de 22 bus à hydrogène et une station d’alimentation en hydrogène. Le projet est porté par Hynamics, filiale spécialisée d’EDF, et Sud Energies, une SEM filiale de la SERM (société d’aménagement de la métropole).

Il s’agit de créer une station hydrogène (électrolyseur) à proximité de la gare de bus montpelliéraine (Garosud) pour alimenter une flotte de 22 véhicules. L’hydrolyseur (ou électrolyseur) occupe la surface d’un demi-terrain de football (50 m x 50 m) sous la forme de modules conteneurs et d’un bassin de rétention avec des équipements de stockage et de sauvegarde. La puissance sera de 1 mégawatt pour un investissement de un million d’euros.

“ Un mégawatt c’est le minimum en taille critique pour permettre la réalisation de ce type de station” explique Sylvain Vidal. Le montage de la société d’exploitation est en cours. L’enjeu est à la fois expérimental et opérationnel, et doit permettre de tester la faisabilité de ce mode de transport pour de servir de référence à son déploiement. La Région envisage également de créer une filière formation hydrogène pour répondre aux besoins en main-d’œuvre qualifiée des futurs métiers liés à ce type d’énergie.

C’est aussi un enjeu public, l’hydrogène vert issu de l’électrolyse étant 4 fois plus cher à produire que l’hydrogène issu du vaporeformage…

Même si, installée à grande échelle, la technologie sera de moins en moins chère et si les taxes carbone devraient peser davantage à l’avenir sur les procédés classiques de production” analyse le délégué régional. Les hydrolyseurs ne sont pas classés Seveso.

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