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Changement climatique : Comment les domaines skiables peuvent s’adapter pour préserver la montagne ?
Par Fiona Urbain publié le 16 OCT 2020 à 09:48
Aux premières loges du réchauffement climatique, les domaines skiables français, réunis au sein de leur chambre professionnelle ont dévoilé une feuille de route environnementale. Détail dans notre article.

L’un des objectifs fixés par les domaines skiables français est d’atteindre la neutralité carbone, dès 2037, avec zéro émission de CO2.

Pour Alexandre Maulin, président de Domaines Skiables de France (DSF) : « Les responsables de domaines skiables sont aux avant-postes pour constater les impacts du réchauffement climatique sur la montagne : fonte des glaciers, chute de roches, dégel du permafrost, variabilité accrue des précipitations neigeuses. Notre activité joue un rôle clé dans l’aménagement des territoires de montagne, car notre secteur fait vivre 120 000 personnes, plus les emplois indirects dans les vallées. Notre responsabilité est d’agir maintenant et collectivement, car c’est l’avenir de nos activités, de nos enfants et de nos territoires qui se joue.»

1 - Climat et Énergie

Aujourd’hui 95 % des émissions de GES des domaines skiables sont liées à l’usage des engins de damage fonctionnant au gasoil, puisque les remontées mécaniques sont décarbonées car fonctionnant à l’électricité. Il faut donc bâtir un nouveau modèle énergétique pour les engins de damage. Après concertation avec les constructeurs et des scientifiques, l’hydrogène s’est imposé comme la seule option répondant aux conditions extrêmes d’utilisation. Des prototypes seront dévoilés d’ici 3 à 5 ans.

Cette solution implique qu’avec les élus des territoires de montagne, soient développés dans les vallées, des sites de production et des systèmes de distribution d’hydrogène vert qui serviront aussi aux transports publics et aux camions. L’air respiré n’en sera que meilleur.

Pour mesurer les progrès de ce plan, tous les domaines skiables vont se doter d’ici à 3 ans d’un bilan carbone.

Sous 5 ans, tous les domaines skiables auront formé à l’écoconduite leurs conducteurs d’engins de damage, ce qui permettra d’abaisser de 5 à 10% la consommation de gasoil et les émissions carbone, sans attendre la technologie hydrogène.

Les domaines skiables entendent également développer la sobriété énergétique y compris en matière d’électricité.

- Sous 2 ans, tous les conducteurs de télésièges, télécabines, téléphériques auront été formés à l’écoconduite, ce qui permettra d’abaisser les consommations électriques de 10 à 20 %.

- Enfin, une utilisation raisonnée des remontées mécaniques sera généralisée : en dehors des périodes de forte activité, les remontées mécaniques redondantes seront fermées dès lors que cela n’impacte pas le nombre de pistes ouvertes.

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2 - Eau et agriculture

Sur la gestion de l’eau qui est un point stratégique, puisque c’est d’elle que dépend la capacité à produire la neige de culture, les domaines skiables vont lisser leur prélèvement dans le temps, en stockant de l’eau, dès que la production annuelle de neige nécessite plus de 100.000 m3 d’eau.

Conscients que l’eau est un bien commun précieux, ils s’engagent à déployer un plan pour économiser cette ressource : les exploitants dont la flotte d’engins de damage dépasse 6 engins mesureront systématiquement la hauteur de neige en différents points des pistes pour optimiser les volumes de neige produits au fil de la saison.

Enfin, pour soutenir le pastoralisme sur les domaines skiables, en situation de sécheresse, les domaines skiables disposant d’un stock d’eau partageront la ressource avec les éleveurs de leur territoire, ainsi que pour les besoins de réserve incendie ou d’eau potable le cas échéant.

3 - Biodiversité

En matière de biodiversité, autre grand enjeu écologique, les professionnels vont généraliser certaines mesures actuelles pour encore mieux préserver la faune et la flore :

Sous 5 ans, chaque exploitant devra disposer d’un inventaire des connaissances environnementales des espaces naturels concernés (faune, flore, zones humides, zones d’hivernage, zones de reproduction, etc.). Cet inventaire sera mis à jour dans les secteurs où des travaux se tiennent.

Les domaines skiables souhaitent également protéger davantage les grands oiseaux et en particulier les Tétras Lyres dans les Alpes et les Grands Tétras dans les Pyrénées, qui parfois se blessent avec les câbles des remontées mécaniques. En 5 ans, 100% des tronçons de leurs remontées mécaniques qui exposent les galliformes de montagne à un risque de collision seront équipés de repères visuels.

4 - Paysages

Sur la question des paysages qui participent à l’attractivité de l’offre touristique de la montagne, les opérateurs de domaines skiables comptent accélérer le retour de la nature après chaque travaux d’aménagement ou d’infrastructure en végétalisant 100 % des zones d’intervention situées dans les zones herbeuses. Ils le feront en utilisant exclusivement des semences endémiques.

Le démontage des installations obsolètes est l’un des chantiers importants de ce plan. Dès l’été 2021, il sera déployé un dispositif d’élimination des remontées mécaniques abandonnées, pour atteindre en 2023 un objectif de trois installations par an au minimum.

5 - Déchets

Enfin sur la question des déchets, les 200 adhérents s’engagent à organiser au moins une fois par an une opération de ramassage sur chaque station/site. Ils déploieront des dispositifs de sensibilisation des skieurs et randonneurs à la réduction des déchets, en partenariat avec des associations.

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