Ecomnews - Adds
Occitanie : Inactivité et chômage des jeunes, la situation est préoccupante. Enquête
Par Denys Bédarride publié le 28 DEC 2020 à 08:00
200 000 jeunes Occitans de 16 à 29 ans, non scolarisés, se déclarent inactifs ou au chômage. C’est un jeune sur cinq qui se trouve ainsi éloigné de l’emploi dans la région, voire un jeune sur trois dans certaines zones d’emploi du pourtour méditerranéen. Alterner emploi, chômage ou inactivité n’est pas rare au sein de cette population et les parcours sont propres à chacun. Mais de grands profils émergent. Analyse de l’INSEE Occitanie.

Ceux, tout d’abord, de jeunes chômeurs en grande difficulté : très jeunes « décrocheurs », par exemple, ayant quitté précocement le système scolaire, ou moins jeunes mais avec une faible qualification et qui n’ont pas trouvé d’emploi depuis au moins un an.

Les jeunes chômeurs diplômés du supérieur à la recherche de leur premier contrat sont, eux, dans une situation a priori plus favorable. Chez les inactifs, les mères au foyer, globalement peu qualifiées, constituent un public particulièrement fragile.

La crise économique actuelle expose les jeunes à des risques accrus d’inactivité ou de chômage, compte tenu des secteurs dans lesquels ils travaillent.

Entrer dans la vie active une fois son diplôme en poche, tel est le parcours souhaité par la grande majorité des jeunes élèves ou étudiants. Cette période de prise d’indépendance s’accompagne fréquemment d’un départ du foyer parental, d’une mise en couple, voire de l’arrivée d’enfants.

Si pour certains, la transition s’effectue sans heurts, l’étape se révèle plus complexe pour d’autres : sortie précoce du système scolaire sans ou avec peu de qualification, alternance de périodes d’emploi et de chômage ou d’inactivité.

Choisi ou subi, l’éloignement de l’emploi peut également s’avérer provisoire ou plus durable. Repérer et identifier dans quelles circonstances les jeunes s’éloignent de l’emploi et se retrouvent inactifs ou au chômage est essentiel pour que les politiques publiques de lutte contre le décrochage scolaire et la précarité sur le marché du travail puissent prendre en compte la diversité des situations.

?id=O7zhyzyVzZ23nAEu3M0hB9MNSgWPieKu

De nombreux jeunes inactifs ou au chômage dans la région

Parmi les jeunes de 16 à 29 ans qui vivent en Occitanie, 200 100 se déclarent inactifs non scolarisés ou au chômage en 2017. Ils représentent 22 % de cette classe d’âge dans la région, deux points de plus qu’en France métropolitaine. L’Occitanie se place ainsi juste derrière les Hauts-de-France, la Corse et Provence-Alpes-Côte d’Azur, trois régions dans lesquelles 23 à 25 % des jeunes sont éloignés de l’emploi.

Bien que la scolarité ne soit obligatoire que jusqu’à 16 ans, les jeunes restent en grande majorité dans le système éducatif jusqu’à 18 ans et le quittent ensuite plus ou moins rapidement, en fonction de leurs parcours d’études. Très faible entre 16 et 18 ans, le risque d’être inactif non scolarisé ou au chômage s’accroît donc avec l’âge.

À 16 ans, 6 % des jeunes sont dans cette situation ; à 25 ans, 28 % le sont. Le risque se réduit ensuite légèrement, mais 25 % des jeunes restent encore éloignés de l’emploi à 29 ans.

Ce phénomène touche autant les femmes que les hommes. Pour autant, elles atteignent un pic d’inactivité et de chômage à 27 ans, soit cinq ans plus tard que les hommes. Deux éléments expliquent en partie cet écart. Les femmes sont de manière générale plus souvent diplômées du supérieur : leur entrée sur le marché du travail et leur éventuel passage par un épisode de chômage sont alors plus tardifs.

En parallèle, la part des jeunes au foyer s’accroît de manière significative à partir de 23 ans, or les jeunes femmes sont là les principales concernées.

Comme ailleurs, le chômage est bien plus fréquent que l’inactivité. Les jeunes chômeurs représentent ainsi 15 % des 16- 29 ans et les inactifs 7 %. Mais les jeunes sont plus souvent éloignés de l’emploi dans la région, avant tout en raison de la prégnance du chômage : avec 1,3 point de plus que sur l’ensemble de la France métropolitaine, l’Occitanie est la deuxième région où la part de jeunes chômeurs est la plus élevée.

En revanche, les jeunes inactifs non scolarisés sont en proportion, aussi nombreux qu’en France métropolitaine.

Malgré un emploi dynamique, les zones d’emploi du littoral méditerranéen restent globalement plus touchées par la précarité, avec notamment une forte saisonnalité de l’économie touristique, et des taux de chômage et de pauvreté parmi les plus élevés de France.

Dans les zones d’Agde-Pézenas, Perpignan, Béziers et Narbonne, les jeunes sont alors davantage confrontés au chômage et à l’inactivité : jusqu’à 32 % des 16-29 ans y sont éloignés de l’emploi.

Dans la zone d’emploi de Béziers, les inactifs non scolarisés représentent à eux seuls 12 % des jeunes.

Les situations de ces jeunes éloignés de l’emploi sont diverses car elles renvoient à des parcours individuels. Néanmoins, de grands profils émergent : parmi les jeunes au chômage d’une part et parmi les jeunes inactifs d’autre part.

Quatre grands profils identifiés chez les jeunes chômeurs

Chez les hommes comme chez les femmes, les jeunes chômeurs deviennent nettement plus nombreux à compter de 18 ans, jusqu’à atteindre un pic aux alentours de 24 ans : ils représentent alors 20 % des jeunes de cet âge. Puis les entrées plus fréquentes sur le marché du travail font diminuer cette part à 17 % pour les 29 ans.

Sur la base de l’âge, mais surtout du niveau de qualification, quatre grands profils types de jeunes chômeurs émergent.

Le profil le plus courant concerne un quart des jeunes chômeurs. Ces 35 400 jeunes sont peu diplômés et s’éloignent de l’emploi. Âgés de 22 ans ou plus, ils ont quitté le système scolaire avant le baccalauréat et depuis plusieurs années, ce qui limite leurs chances de reprendre leurs études.

Ils ont déjà travaillé, mais quatre sur dix recherchent un emploi depuis au moins un an, contre trois sur dix pour l’ensemble des chômeurs de 16 à 29 ans.

Les jeunes de ce profil sont également plus souvent parents (34 % ont des enfants contre 17 % pour l’ensemble des jeunes chômeurs). Les contraintes horaires induites par cette parentalité touchent les femmes mais aussi les hommes qui sont sur-représentés parmi ces jeunes chômeurs.

Deuxième profil le plus fréquent, 29 300 jeunes nouvellement diplômés du supérieur sont à la recherche d’un premier emploi (21 % des jeunes au chômage).

Leur situation apparaît plus confortable. La grande majorité d’entre eux sont en quête d’un contrat depuis moins d’un an et n’ont pas de contrainte d’emploi du temps liée à la naissance d’un enfant. Par ailleurs, ce profil concerne un peu plus fréquemment les femmes que les hommes, celles-ci étant plus nombreuses dans les parcours d’études longs.

Troisième profil, quelque 21 200 jeunes entre 16 et 19 ans ayant quitté l’école, se caractérisant surtout par leur jeunesse et leur renoncement à poursuivre leurs études (15 % des jeunes au chômage). Qu’ ils soient bacheliers, titulaires d’un CAP ou, quatre fois sur dix, « décrocheurs » ayant quitté prématurément le système scolaire, leur recherche d’emploi est récente et la plupart vivent encore chez leurs parents. Les hommes sont plus nombreux que les femmes au sein de ce groupe.

Enfin, le parcours est plus atypique pour les 17 000 bacheliers professionnels en cours d’insertion (12 % des jeunes chômeurs). Ces jeunes de 20 à 29 ans ayant suivi un cycle d’études court, leur sortie du système scolaire date de quelques années.

La grande majorité d’entre eux a déjà travaillé et est en recherche d’emploi depuis moins d’un an. Généralement, ils acquièrent les compétences professionnelles nécessaires à un emploi durable via plusieurs contrats courts, qu’ils alternent donc avec des périodes de chômage de courte durée.

À ces quatre profils, s’ajoutent 35 000 jeunes chômeurs qui présentent une grande diversité de situations individuelles, pour lesquels aucun profil type ne se dégage.

?id=RMtpe8L5uMde5iLtCKhY4pxdEipAf1CW

Des jeunes inactifs deux fois plus nombreux à 29 ans qu’à 16 ans

Lorsqu’ils ne sont pas chômeurs, les jeunes non scolarisés éloignés de l’emploi se déclarent inactifs. L’ inactivité des jeunes croît de manière continue avec l’âge : de 4 % à 16 ans, elle atteint 9 % à 29 ans. Ceci peut refléter l’arrivée du (ou des) premier(s) enfant(s) qui conduit certains à retarder leur entrée dans la vie active, par nécessité ou par choix. Pour d’autres, cela peut être le signe d’un abandon progressif de la recherche d’emploi, qui fait basculer de la catégorie des chômeurs à celle des inactifs.

Tout comme les jeunes chômeurs, les jeunes inactifs ont de multiples visages. Pour 2 % des 16-29 ans, l’ inactivité signifie être homme ou femme au foyer.

Une jeune mère au foyer sur deux a déjà travaillé

Être au foyer est avant tout une affaire de femmes (97 %), et surtout une affaire de mères puisque 8 femmes au foyer sur 10 ont des enfants. Chez celles-ci, l’arrivée d’un enfant semble souvent coïncider avec l’arrêt de leur activité, plus de la moitié déclarant avoir déjà travaillé.

Bien que les jeunes mères au foyer vivent majoritairement en couple, un quart d’entre elles élèvent seules leurs enfants. Très peu se trouvent dans des conditions favorables à une reprise d’ activité : la plupart n’ont pas le baccalauréat et 11 % seulement sont diplômées du supérieur.

Pour 2 jeunes femmes sur 10, être au foyer ne rime pas avec enfants. Comme les jeunes mères, elles sont peu nombreuses à avoir poursuivi leurs études au-delà du baccalauréat, et la moitié d’entre elles a déjà exercé une activité professionnelle.

Leur situation traduit une volonté d’insertion rapide sur le marché du travail, mais aussi un possible découragement devant les difficultés pour accéder à un emploi stable. Ces jeunes femmes au foyer sans enfants se distinguent en revanche des mères par leur relative jeunesse, et le fait qu’elles vivent aussi souvent seules qu’en couple.

Des profils divers pour les autres inactifs

Pour les 46 400 jeunes qui ne se déclarent pas au foyer mais dans une autre situation d’inactivité (5 % des 16-29 ans), les profils sont extrêmement variables. En effet, certains peuvent faire une pause dans leurs études ou avant d’entrer dans la vie active, quand d’autres peuvent se sentir découragés par le marché du travail.

D’autres encore peuvent se retrouver dans l’incapacité de travailler, notamment pour des raisons de santé ou de handicap, ou de situations particulières comme la détention. Globalement, un tiers de ces jeunes inactifs ne sont pas ou peu diplômés et n’ont jamais travaillé.

Au contraire, un quart a au moins le baccalauréat et a déjà travaillé.

Les jeunes inactifs ou au chômage cumulent souvent d’autres fragilités

Parmi les 16-29 ans inactifs non scolarisés ou au chômage, 45 % sont exposés à une certaine fragilité professionnelle : ils n’ont pas le baccalauréat ou ils recherchent un emploi depuis au moins un an.

Mais s’éloigner de l’emploi ne résulte pas uniquement d’un parcours individuel. La présence de parents ou conjoints en mesure de soutenir l’insertion professionnelle des jeunes a ici son importance, et vivre dans un milieu familial précaire s’avère être un facteur associé à l’inactivité ou au chômage.

En effet, plus souvent que les autres jeunes, les inactifs ou chômeurs se retrouvent à la tête d’une famille monoparentale ou vivent avec des parents ou un conjoint ayant eux-mêmes des difficultés d’insertion sur le marché du travail.

Cette situation de fragilité familiale concerne 54 % des jeunes inactifs ou au chômage, soit 21 points de plus que les jeunes en emploi ou en études. Les plus précaires (28 %) cumulent ces fragilités familiale et professionnelle. Cette situation est particulièrement répandue chez les jeunes au foyer.

Source INSEE Occitanie

Ecomnews - Adds