Ecomnews - Adds
Covid-19 : « Les prêts seront accordés aux entreprises qui se trouvaient dans une situation financière saine avant la pandémie »
Par Nathalie Bureau du Colombier publié le 26 MARS 2020 à 08:35
Ce 25 mars 2020 fera date dans l’économie française avec le lancement par le ministre de l’Économie Bruno Lemaire en collaboration avec la Fédération bancaire française (FBF) et Bpifrance d’un mécanisme totalement inédit : un prêt dont l’Etat apporte une garantie à hauteur de 300 milliards d’euros. Frédéric Ronal, président du Comité régional des banques en Provence Alpes Côte d'Azur décrypte ce prêt d’Etat.

Un dispositif massif et inédit mis sur pied en une semaine visant à soutenir la trésorerie des entreprises et les professionnels qui subissent le choc lié à l’urgence sanitaire.

Qui peut prétendre à ce prêt garanti par l’État ?

Jusqu’au 31 décembre prochain, les entreprises immatriculées en France, de toute taille, quelle que soit la forme juridique de l’entreprise (sociétés, commerçants, artisans, exploitants agricoles, professions libérales, micro-entrepreneurs, associations et fondations ayant une activité économique) peuvent prétendre à ce prêt de soutien au financement des entreprises ou prêt Lemaire.

En sont exclues les sociétés civiles immobilières, les établissements de crédit et des sociétés de financement. Ce prêt extrêmement large comprend deux volets le premier concerne la majorité des entreprises, celles qui réalisent un chiffre d’affaires inférieur à 1,5 milliard d’euros et qui emploient moins de 5 000 salariés.

Le second à celles dont les effectifs sont supérieurs à 5000 salariés et dont le CA dépasse le milliard et demi d’euros.

Quelles en sont les modalités pratiques ?

Il suffit de s’adresser à son banquier habituel pour bénéficier du prêt garanti par l’Etat. Le banquier examine le dossier et dès qu’il donne son accord, l’entrepreneur peut aller chercher un numéro d’ordre sur une plateforme dédiée ouverte par Bpifrance, numéro qui permettra le déblocage du prêt par la banque et l’octroi de la garantie de l’Etat.

Les prêts seront accordés aux entreprises qui se trouvaient dans une situation financière saine avant la pandémie. Pas question que les entreprises déjà fragilisées bénéficient d’un effet d’aubaine.

BPI France assurera le reporting et les contrôles du dispositif pour le compte de l’Etat. Il aura aussi pour mission de traiter les demandes des plus grandes entreprises (> 1,5 Mds de CA) qui peuvent, elles aussi, bénéficier du dispositif via une procédure spécifique.

Les réseaux bancaires se trouvant majoritairement en télétravail, il sera demandé aux entreprises d’utiliser les outils numériques : mail et téléphone pour entrer en contact avec leur conseiller habituel.

Les entreprises qui n’ont pas de besoin urgent de trésorerie sont invitées à faire preuve de civisme et à ne pas se précipiter.

Le montant du prêt est plafonné à 25% de chiffres d’affaires, ce qui correspond à trois mois d’activité.

Ainsi une entreprise qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 100 M€ peut solliciter un crédit de 25 M€. Ce prêt est accordé pour une durée d’un an avec la possibilité de le convertir en prêt moyen terme sur cinq ans à l’issue de cette 1ère période.

300 milliards d'€ de garantie, ce montant semble faramineux. D’où viennent ces sommes et quel est le coût du crédit ?

La France compte trois millions d’entreprises, qui peuvent toutes être affectées par la crise du Covid-19. Des entreprises qui pour la plupart n’ont plus de chiffre d’affaires. Compte tenu de l’ampleur de cette crise, les sommes en jeu sont colossales et seul un Etat peut porter un tel dispositif.

Les banques qui avaient déjà accepté de suspendre le remboursement des crédits pendant six mois ne prendrons pas de marge sur le prêt garanti par l’Etat (PGE). Elles vont, par contre, devoir aller chercher la liquidité sur les marchés et Elles factureront le prix de cette liquidité auquel se rajoutera le coût de la garantie soit 0,25% pour les PME et 0,5% pour les ETI pour la période de 12 mois.

Pour la partie amortissable, le coût de la garantie dépendra de la durée d’amortissement choisie avec un maximum de 1 et 2% pour les PME et ETI.

Quel regard portez-vous sur les événements que nous sommes en train de vivre ?

Cette crise ne peut être comparée à aucune autre de l’histoire moderne. En 2008 c’était la finance qui se grippait matérialisée par la chute de la banque Lehmann Brothers. Actuellement nous vivons une crise sanitaire de grande ampleur dans une économie mondialisée, ultra connectée.

Nous subissons à l’échelle planétaire un ralentissement de l’économie avec des phénomènes en cascade. Faute d’activité, les entreprises ne peuvent plus payer les fournisseurs et se demandent comment payer les salariés, la mise en place du PGE vise à répondre à ce problème. Les États membres de l’Union européenne vont devoir injecter des liquidités et rompre avec le principe de l’encadrement des déficits publics.

Propos recueillis en direct de Marseille

Photo : Frédéric Ronal, président du Comité régional des banques en PACA décrypte le prêt d’Etat

Ecomnews - Adds