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Denys Bédarride
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Mardi 14 Juillet 2026 à 08:09

Entrés sur le marché du travail en 2021, en pleine crise sanitaire, les jeunes de la Génération 2021 affichent trois ans plus tard des indicateurs d'insertion globalement meilleurs que leurs aînés de la Génération 2017 : un accès à l'emploi en hausse, un chômage en recul et des revenus mieux orientés. Mais cette embellie masque une dégradation à l'œuvre depuis l'été 2023, sous l'effet du ralentissement économique. Dans un second temps, cette étude du Céreq s’inscrit dans une perspective de vingt ans et confirme que, malgré la massification scolaire, le diplôme continue de jouer un rôle protecteur déterminant sur le marché du travail.

Une insertion sous le signe d’un élan brisé : rebond puis dégradation

Les jeunes de la Génération 2021 ont entamé leur vie active dans une conjoncture favorable : la reprise post-Covid a dopé les embauches et les rémunérations à l’entrée sur le marché du travail. Le taux de chômage s’établissait à son plus bas niveau (13 %) et le taux d’emploi à son plus haut (77 %) à l’été 2023. Mais ce contexte porteur a été de courte durée. Dès la fin 2023, la dégradation de la conjoncture économique a inversé la tendance : le chômage a progressé, le taux d’emploi a reculé et la part des contrats à durée indéterminée a stagné, puis diminué. Au terme des trois premières années de vie active, la Génération 2021 affiche un taux de chômage global de 16 %.

Ces évolutions touchent l’ensemble des niveaux de diplôme, sans pour autant effacer les écarts structurels liés aux spécialités de formation et à la voie de formation (scolaire ou apprentissage).

La situation des sans-diplôme : toujours en bout de file

Les jeunes sortis sans qualification demeurent les plus exposés. Avec un taux de chômage de 40 % trois ans après leur entrée sur le marché du travail — en dépit d’une baisse de 20 % par rapport à la Génération 2017 —, ils restent très en retrait par rapport aux diplômés. 

Moins de la moitié d’entre eux sont en emploi à la date d’enquête, et parmi ceux qui travaillent, moins de la moitié bénéficient d’un emploi stable. Leur salaire médian au premier emploi est inférieur au montant net mensuel du Smic à temps plein.

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Les diplômes face au temps : une valeur résistante, une hiérarchie stable

Pour replacer les résultats de la Génération 2021 dans une perspective longue, le Céreq a comparé six cohortes de sortants sur la période 2004-2024, en s’appuyant sur quatre indicateurs : revenus à l’embauche, taux de chômage, accès à l’emploi stable (EDI) et risque de déclassement.

Premier constat : les revenus à l’embauche ont connu une stagnation en début de période, avant de nettement progresser entre les deux dernières générations. Du point de vue salarial, la hiérarchie des diplômes s’avère quasi-immuable sur vingt ans — les années d’études supplémentaires continuent de se traduire directement en rémunération plus élevée.

Deuxième constat : le taux de chômage des diplômés du supérieur n’a jamais franchi le seuil de 15 % pour aucune des six générations, quand celui des sortants du secondaire l’a systématiquement dépassé. La protection conférée par l’enseignement supérieur est donc robuste, même en période de crise.

Troisième constat : l’accès à l’emploi stable a évolué en deux temps — une baisse continue jusqu’à la Génération 2013, puis un rebond pour la Génération 2017 (dans une conjoncture favorable à la veille de la crise sanitaire), avant de fléchir à nouveau pour la Génération 2021.

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Le déclassement progresse, mais recule pour les plus diplômés

Le taux de déclassement des jeunes diplômés est passé de 26 % pour la Génération 2004 à 32 % pour la Génération 2021. Cette progression doit toutefois être lue au regard de l’élévation générale du niveau de formation des sortants : la norme utilisée pour qualifier un emploi de « déclassé » n’a pas varié, alors que la structure des diplômes, elle, a profondément changé.

Plus significatif encore : pour les diplômés de niveau bac+5 et plus — qui sont précisément ceux dont les effectifs ont le plus augmenté avec la « troisième explosion scolaire » —, le taux de déclassement tend à diminuer depuis une décennie. L’hypothèse d’une inflation des diplômes du supérieur long, au sens où leur multiplication en réduirait la valeur individuelle, ne se vérifie pas.

La situation est moins favorable pour les diplômés du supérieur court (bac+2, bac+3/4) : leur taux de déclassement a franchement augmenté entre 2013 et 2021, à l’exception notable des filières santé-social, dont les conditions d’insertion restent singulièrement protectrices.

Le nombre d’années d’études toujours décisif

Les modélisations économétriques réalisées sur les six cohortes confirment la robustesse du diplôme comme un facteur clé de l’insertion. Elles révèlent aussi des singularités notables dans la hiérarchie des titres selon l’indicateur retenu :

– Les diplômes de la santé et du social (supérieur court) offrent des conditions d’insertion relatives systématiquement favorables, notamment face au risque de chômage et en termes d’accès à l’emploi stable, bien au-delà de leur rang symbolique.

– Les titulaires d’un doctorat affichent des probabilités d’accéder à l’emploi stable inférieures à celles des bac+5 hors université, révélant un profil d’insertion spécifique lié à la nature des carrières académiques et de recherche.

– Pour les salaires d’embauche, la hiérarchie « verticale » selon le nombre d’années d’études est la plus stable dans le temps et la plus linéaire, corroborant une relation bien établie en économie de l’éducation.

«  La Génération 2021 a traversé des turbulences inédites — sanitaires, inflationnistes, géopolitiques. Pourtant, sur vingt ans de comparaisons, le diplôme conserve une valeur protectrice réelle face aux aléas du marché du travail. Ce sont ceux qui en sont dépourvus qui paient le prix le plus élevé des crises : premières victimes du chômage, derniers à accéder à la stabilité, premiers exposés au sous-emploi. »  précise le Céreq. 

L’étude est signée Valérie ILARDI (économiste), Lola LERCARI (statisticienne) et Fanette MERLIN (socio-économiste), toutes trois chercheuses et s’appuie sur deux décennies d’enquêtes Génération du Céreq.

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