L’ordre des experts comptables Marseille-Région Sud vient de faire une proposition pour le moins originale au ministre de l’Économie et des finances Bruno Le Maire. Pour contrer le désarroi croissant des chefs d’entreprises, confrontés à de graves di
Le chef d’entreprise n’a droit à rien
« Arrêtons d’opposer économie et considérations sanitaires. Nous avons la chance d’être dans un pays qui a mis en place d’importantes mesures de soutien à l’économie. Le gouvernement met 15 milliards d’euros par mois sur la table pour soutenir l’activité et endiguer le chômage. L’entrepreneur qui a la possibilité de faire une demande de prêt garanti par l’État, bénéficie d’un fonds de solidarité (de 1500 à 10 000 €) et il doit continuer à payer des frais fixes. Mais au final, il n’a droit à rien. C’est la raison pour laquelle je demande à ouvrir le dispositif d’activité partielle à nos entrepreneurs. Un sujet sur lesquelles les fédérations de commerçants, l’UPE 13 la CPME la CCI AMP nous rejoignent », a plaidé Lionel Canesi, président de l’Ordre des Experts Comptables Marseille-Région Sud, lors d’un webinaire le 3 novembre 2020.
Au fil des mois, il voit la trésorerie des entreprises diminuer, tout comme le moral des patrons qu’il accompagne au quotidien.
« Qu’il s’agisse des fleuristes, libraires, restaurateurs, le gouvernement leur a demandé de fermer, puis d’ouvrir leurs commerces en respectant un protocole sanitaire strict puis de tirer une nouvelle fois le rideau. Nous ne savons pas si cette situation va s’arrêter en décembre, en 2021 ou en 2023 », s’inquiète Lionel Canesi.
Photo : Colette Weizman, expert-comptable, coordonne la cellule de crise régionale. Elle préside la Chambre des procédures collectives au tribunal de commerce de Marseille. ©DR
Éviter que des patrons voyous profitent du système
Le président de l’ordre des experts comptables Marseille-Région Sud qui devrait passer le flambeau le 8 décembre à Colette Wisman. Expert-comptable également, elle coordonne depuis le premier confinement la cellule de crise régionale qui vient tout juste d’être réactivée pour accompagner les entrepreneurs dans leurs démarches et les aider à décrypter et synthétiser les décrets.
« S’agissant du télétravail nous conseillons d’y recourir quand les salariés le peuvent. Nous devons être vigilants et transmettre les derniers protocoles tout en veillant à ce que les salariés ne cherchent pas non plus la faute inexcusable de l’employeur. Ce deuxième confinement a un effet néfaste sur les salariés », prévient-elle.
Également présidente de la Chambre des procédures collectives au tribunal de commerce de Marseille, elle note beaucoup moins de défaillances au 30 septembre 2020 comparé à la même période de l’année dernière. La perfusion des entreprises a bien fonctionné jusque-là.
« Nous voyons des chefs d’entreprises qui ont envie de se battre et qui jouent sur les reports d’échéances », explique l’experte.
Interrogée sur les risques d’abus de certains patrons vis à vis des PGE, elle se pose en garant des deniers de l’État :
« Nous sommes des experts-comptables au service de l’économie. Nous n’avons pas à favoriser ce genre d’opérations. Au contraire, nous demandons à nos clients de payer leurs cotisations quand ils le peuvent et de ne pas solliciter de PGE s’ils n’en n’ont pas besoin mais nous ne pouvons pas empêcher les dérives. Toute façons je pense qu’il va y avoir des contrôles.
Pour le chômage partiel, la Direccte est déjà intervenue et les petits malins se sont fait pincer. Il faut éviter que des voyous profitent du système. Nous sommes le garde-fou des créances de l’État », conclut Colette Weizman.

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