Face à Annie Genevard, la Ministre de l'Agriculture, élus et agriculteurs sinistrés ont livré leurs témoignages bouleversants. Entre urgence financière et cri d'alarme pour l'eau, ils appellent à des mesures exceptionnelles pour sauver leurs territoires. Reportage vidéo.
L’émotion était palpable ce jeudi à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse. Devant Annie Genevard, Ministre de l’Agriculture venue annoncer un fonds d’urgence de 8 millions d’euros, les voix se sont élevées pour témoigner d’une réalité brutale : celle d’un territoire à l’agonie.
« Situations exceptionnelles, moyens exceptionnels »
André Hernandez, président de la Communauté de communes de la région lézignanaise Corbières-Minervois, n’a pas mâché ses mots : « Je suis Président d’un territoire qui est très meurtri, qui est dévasté aujourd’hui. Je souffre énormément. » Son message est clair : au-delà du financement immédiat, c’est l’accès à l’eau qui conditionne la survie du territoire.
« Pour vivre ici, il faut de l’eau« , martèle-t-il, évoquant le projet Aqua Domitia. « Est-ce qu’on aura les moyens d’aller très vite ? Parce qu’à situations exceptionnelles, il faut des moyens exceptionnels. »
La Présidente de la Région Occitanie ne mâche plus ses mots : son territoire vit « une situation exceptionnelle qui exige un traitement exceptionnel ».
« Nous sommes immobilisés par une usine à gaz réglementaire »
Pour Carole Delga, Présidente de la Région Occitanie : « Nous sommes aujourd’hui immobilisés dans de nombreux projets par des contraintes réglementaires. Il faut assouplir et simplifier ce qui ressemble pour beaucoup à une usine à gaz. »
« Notre région doit faire l’objet d’un traitement exceptionnel du fait de sa situation exceptionnelle. Nous sommes la région la plus exposée aux risques climatiques : sécheresses, incendies, inondations. Ce que subit l’Occitanie aujourd’hui, demain les autres régions le subiront à leur tour.«
L’agriculture au cœur de la reconstruction
Pour Ludovic Roux, Président de la Chambre d’Agriculture de l’Aude, l’enjeu dépasse largement les 9 000 hectares agricoles touchés par les flammes. « Sans l’agriculture dans nos territoires, nous avons des difficultés économiques, sociales, de biodiversité« , explique-t-il. Le défi est triple : sauver l’existant, accompagner les agriculteurs dans « une catastrophe économique terrible« , puis reconstruire en cloisonnant les massifs.
Les dégâts ? Difficiles à chiffrer précisément, mais Ludovic Roux évoque « minimum 10 millions d’euros » pour cette zone pourtant peu peuplée.
« Une année blanche, c’est la fermeture »
Le témoignage le plus poignant vient de Maxime Verdale, viticulteur au Château de Saint-Eutrope. Son exploitation, entièrement encerclée par les flammes, illustre le drame qui frappe la viticulture audoise.
« Même les parcelles qui paraissent vertes sont impactées par des goûts de fumée« , explique-t-il. « Le produit devient non conforme, impossible à commercialiser.«
Face à cette situation, le viticulteur ne cache pas son désarroi : « On a un genou à terre, on ne sait pas comment on va se relever. Une année blanche économiquement, pour nous c’est la fermeture. » Sa bouée de sauvetage ? Une cuvée symbolique issue de ses stocks pour « sauver cette exploitation« .
L’urgence de l’eau
Tous convergent vers la même urgence : l’eau. « Cela fait 30 ans que nos politiques publiques locales martèlent qu’on a besoin d’irrigation« , lance Maxime Verdale. « Si dans les semaines à venir on n’a pas d’eau qui arrive jusqu’à chez nous, le végétatif ne tiendra pas. La vigne va mourir.«
L’équation est simple mais dramatique : « Si l’on n’a pas de vignes autour des communes, nos villages seront traversés par le feu.«
« Ne nous oubliez pas ! «
Malgré l’élan de solidarité qui s’organise dans ces petites communes rurales, l’inquiétude demeure. « C’est l’euphorie maintenant, il y a beaucoup de monde, mais dans 15 jours, un mois, on va se retrouver seuls face à nos problématiques« , prévient le viticulteur.
Son appel résonne comme un testament : « Ne nous oubliez pas. Revenez vers nous au moment des vendanges, pour voir ce que l’on va pouvoir ramasser. Et dans quelques mois, pour voir si l’on est encore debout.«

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