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Fiona Urbain
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Samedi 14 Mars 2026 à 08:39

Malgré un chiffre d'affaires quasi stable à 54 milliards de dollars, le géant marseillais du transport maritime encaisse la baisse des taux de fret et affiche un résultat net en fort recul en 2025.

L’année 2025 n’a pas été celle des records pour CMA CGM. Le groupe marseillais, troisième armateur mondial, publie des résultats annuels en net recul par rapport à l’exercice précédent : le chiffre d’affaires recule de 2% à 54,4 milliards de dollars, le bénéfice net chute de 5,7 à 2,4 milliards de dollars, et l’EBITDA — l’indicateur de rentabilité opérationnelle — perd plus de 21% pour s’établir à 10,6 milliards.

Des chiffres en baisse, certes, mais qui restent à un niveau que beaucoup d’entreprises lui envieraient. Et le groupe dirigé par Rodolphe Saadé tient à le souligner : dans un environnement « marqué par des incertitudes géopolitiques majeures », ces résultats témoignent selon lui de la solidité du modèle.

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Les taux de fret en cause

Pour comprendre ce recul, il faut regarder du côté du transport maritime de conteneurs, qui reste le cœur historique du groupe. Si les volumes transportés ont progressé de 2,8% sur l’année pour atteindre 24,2 millions d’EVP (équivalent vingt pieds, l’unité de mesure des conteneurs), les recettes, elles, ont baissé. En cause : la chute des taux de fret, ces tarifs que les armateurs facturent à leurs clients pour transporter une boîte d’un port à l’autre.

Le revenu moyen par conteneur transporté a reculé de 8,7% sur l’année, à 1 414 dollars. Résultat : le chiffre d’affaires maritime recule de 6,1% à 34,3 milliards de dollars, et la marge opérationnelle de l’activité passe de 30,8% à 23%. Une érosion significative, même si ce niveau de marge reste confortable.

La mer Rouge, toujours perturbée par les tensions au Yémen qui contraignent les navires à contourner l’Afrique, a continué de peser sur les coûts et les délais — mais son impact s’est « progressivement atténué » selon le groupe.

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Un groupe qui se diversifie à toute vitesse

Ce qui change la donne, c’est que CMA CGM n’est plus seulement un armateur. Depuis plusieurs années, le groupe mène une stratégie d’expansion tous azimuts : terminaux portuaires, logistique, fret aérien, ferroviaire, et même médias.

Et cette diversification commence à payer. Les « autres activités » — qui regroupent terminaux, fret aérien et médias — affichent une hausse de chiffre d’affaires de 48,4% à 4,3 milliards de dollars, avec une marge d’EBITDA en progression de 7 points à 22,5%. Une performance qui compense partiellement le repli du maritime.

En 2025, le groupe a multiplié les acquisitions : Santos Brasil, le plus grand terminal à conteneurs d’Amérique du Sud, le turc Borusan Lojistik, le spécialiste du transport lourd Fagioli, l’opérateur ferroviaire britannique Freightliner, et la compagnie Air Belgium, désormais intégrée à sa division cargo aérien. Dans les médias, CMA CGM a finalisé le rachat de Brut et de Chérie 25 — rebaptisée RMC Life —, renforçant un pôle qui comprend déjà La Provence, BFM Marseille et La Tribune.

Des terminaux au cœur de la stratégie

Parmi ces investissements, les terminaux portuaires occupent une place particulière. CMA CGM y a consacré 2,5 milliards de dollars en 2025 pour développer un réseau de 66 terminaux dans 40 pays. La logique est simple : contrôler les ports, c’est maîtriser l’ensemble de la chaîne logistique, réduire les coûts et offrir un meilleur service aux clients.

En France, le groupe a lancé l’exploitation du terminal Lyon Rhône Terminal au port Édouard Herriot, avec l’ambition de doubler les volumes multimodaux décarbonés à Lyon d’ici 2030. Dix navires supplémentaires seront par ailleurs immatriculés sous pavillon français à partir de 2026, portant la flotte tricolore à 40 unités.

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2026 : la prudence est de mise

Pour l’année en cours, CMA CGM affiche une prudence mesurée. La croissance mondiale du transport de conteneurs devrait rester « modérée », selon le groupe, après une année 2025 dynamique sur les volumes. Les tensions en mer Rouge et les incertitudes autour des politiques commerciales mondiales — notamment les droits de douane américains — constituent les principaux risques à surveiller.

« Notre priorité est claire : protéger nos équipes et adapter nos opérations pour garantir à nos clients un service fiable et performant », a déclaré Rodolphe Saadé. Un message de continuité, dans un secteur où l’imprévisible est devenu la norme.

CMA CGM, fondé à Marseille en 1978, emploie aujourd’hui 160 000 collaborateurs dans le monde. Le groupe est resté propriété familiale, contrôlé par la famille Saadé.

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