Screenshot
#Ecologie #Economie #Montagne #Ski #StationDeSki #TransitionEcologique #AuvergneRhoneAlpes #NouvelleAquitaine #Occitanie #ProvenceAlpesCoteDAzur
redaction
20 décembre 2025 Dernière mise à jour le Samedi 20 Décembre 2025 à 08:20

Face aux défis climatiques et à l'évolution des attentes, les domaines skiables français réinvestissent massivement dans la modernisation et la transition écologique, l'économie circulaire ou encore dans le défi technologique. Sans oublier dans la montagne quatre saisons.

Après une saison 2024-2025 en hausse de 5,5%, les stations de ski françaises regardent déjà vers demain. Loin de se reposer sur leurs lauriers, les 200 domaines skiables de l’Hexagone ont investi 568 millions d’euros en 2024, soit 34% de leur chiffre d’affaires hors taxes. Un effort financier considérable, supérieur de 9 points à la moyenne décennale, qui témoigne d’une volonté farouche d’adaptation et de transformation.

Un réinvestissement sans équivalent dans le tourisme

“Quelle autre filière touristique réinvestit 34% de son chiffre d’affaires comme le font les opérateurs de domaines skiables français cette année ?” interroge Anne Marty, présidente de Domaines Skiables de France. Ce choix stratégique s’appuie notamment sur les études de modélisation climatique Climsnow, qui simulent l’état de l’enneigement jusqu’en 2080 pour orienter les investissements.

La répartition géographique de ces 568 millions d’euros reflète le poids des grands massifs alpins : 279,4 millions en Savoie, 115,2 millions en Haute-Savoie, 88 millions en Isère, 44 millions dans les Alpes du Sud et 37,8 millions dans les Pyrénées. Les massifs de moyenne montagne captent des montants plus modestes mais stratégiques pour leur survie.

Screenshot

Moins d’appareils, plus de performance

L’analyse détaillée de ces investissements révèle une tendance de fond : la rationalisation du parc de remontées mécaniques. En 2024, seulement 22 nouveaux appareils ont été construits, contre 39 en 2016. Un chiffre qui illustre une logique de concentration et d’optimisation plutôt que de multiplication des infrastructures.

En vingt ans, le nombre total de remontées mécaniques a été réduit de 25%, passant de 3 700 en 2010 à 2 956 en 2025, sans diminution du nombre de pistes. Cette rationalisation s’accompagne d’investissements dans des équipements plus performants : télécabines à haut débit, télésièges débrayables modernes à 7 millions d’euros pièce, dont la capacité de transport compense largement la réduction du nombre d’installations.

Parmi les chantiers marquants de 2024 : la télécabine du Jandri aux 2 Alpes, la restructuration du TransArc aux Arcs, ou encore les télécabines Valléen et Alpin de Saint-Gervais.

La révolution de l’économie circulaire

L’innovation la plus spectaculaire de ces dernières années concerne l’économie circulaire. Plusieurs domaines skiables pionniers ont ouvert la voie à une pratique qui pourrait révolutionner le secteur.

À Val Cenis, le nouveau télésiège des Roches Blanches constitue un cas d’école : 90% de ses éléments proviennent du réemploi, seules 35 tonnes sur 400 étant neuves. Résultat : une division par dix de l’utilisation de matières premières et des émissions de gaz à effet de serre, tout en maintenant le plus haut niveau de sécurité.

Le Grand-Bornand a suivi une démarche similaire avec le télésiège de la Taverne, dont plus de 80% du poids total provient du réemploi et du recyclage. Aux Carroz, le télésiège de Gron, acquis dans les Pyrénées et entièrement remis à neuf, a permis d’éviter 80 à 90% de consommation de matières premières pour une économie budgétaire estimée à 30%.

Serre Chevalier va plus loin encore en créant un centre de ressourcerie et une plateforme digitale de pièces de rechange, élargissant ainsi l’économie circulaire à tout l’écosystème professionnel de la montagne.

Screenshot

Cap sur la neutralité carbone 2037

Les domaines skiables français se sont fixé un objectif radical : atteindre la neutralité carbone dès 2037, avec zéro émission de CO2. Un défi colossal puisque 95% de leurs émissions de gaz à effet de serre proviennent des engins de damage fonctionnant au diesel.

La solution retenue après consultation des constructeurs et des scientifiques : l’hydrogène. Des prototypes de dameuses à hydrogène sont actuellement en développement. En attendant, plusieurs grands domaines comme Tignes, Val d’Isère, Serre Chevalier, Les Menuires ou La Clusaz ont rendu compatible leur parc de dameuses au HVO, un biocarburant de synthèse qui réduit de 90% les émissions de CO2.

Parallèlement, la formation à l’écoconduite se généralise. Objectif : former tous les conducteurs d’engins de damage d’ici cinq ans, permettant d’abaisser de 5 à 10% la consommation de carburant. Côté remontées mécaniques, l’écoconduite des télésièges et télécabines permet déjà une réduction de 10 à 20% de la consommation électrique.

L’intelligence artificielle au service des pistes

L’innovation technologique investit aussi le damage des pistes. Des algorithmes d’intelligence artificielle guident désormais les dameuses sur des trajets optimaux, en économisant du carburant et en maintenant la qualité de neige de façon optimale.

Des capteurs GPS embarqués et des capteurs de profondeur transmettent en temps réel des données sur la hauteur de neige, la géolocalisation et l’inclinaison du terrain. L’algorithme suggère alors aux conducteurs les itinéraires optimaux pour éviter d’endommager les zones à faible enneigement et minimiser les passages inutiles.

Les bénéfices mesurés sont spectaculaires : jusqu’à 15-20% de carburant économisé pour les dameuses et jusqu’à 30% de neige de culture économisée dans certaines stations. Aux Sybelles par exemple, ce système a permis de réduire de 20% la production de neige de culture et de 21% l’utilisation des engins de damage.

Screenshot

La montagne, destination quatre saisons

L’investissement dans les équipements de loisirs est en hausse constante : 24% de plus que la moyenne à cinq ans. Sur les dix dernières années, 109 millions d’euros ont été consacrés aux loisirs, contre seulement 44 millions sur la décennie précédente.

Cette tendance va de pair avec la conception des nouvelles remontées mécaniques, désormais pensées pour l’hiver et l’été afin de faciliter l’accès aux domaines pour les piétons, les vététistes et les randonneurs. En 2024, 36 tapis neufs ont été déployés pour renouveler les zones d’apprentissage, un chiffre trois fois supérieur à la moyenne décennale, répondant à l’afflux de débutants.

L’été 2025 a d’ailleurs confirmé cette stratégie avec des taux d’occupation des hébergements avoisinant ou dépassant 65%, et des villages clubs atteignant 77%. La diversification n’est plus une option mais une nécessité économique pour limiter la dépendance à la neige et fidéliser une clientèle en quête d’expériences variées.

Une solidarité financière unique au monde

Face aux aléas climatiques, la profession a structuré un dispositif de solidarité sans équivalent : Nivalliance. Cette assurance, financée à 100% par l’ensemble des domaines skiables français, a versé 455 329 euros à huit sociétés pour la saison 2024-2025.

Depuis sa création en 2001, plus de 23 millions d’euros ont été distribués, illustrant une solidarité des grandes stations envers les plus petites. Les cotisations dépendent du chiffre d’affaires de chaque exploitant, et le seuil de déclenchement des indemnités est plus bas pour les petites stations, celles-là même qui sont les plus touchées par le réchauffement climatique en raison de leur altitude.

Screenshot

Des défis qui persistent

Malgré ces investissements massifs, les défis restent immenses. Le coût des équipements augmente plus rapidement que le prix des forfaits, générant une tension sur les comptes d’exploitation. Un télésiège débrayable coûte désormais 7 millions d’euros hors taxes, un télésiège fixe 3 millions, et un engin de damage 400 000 euros.

Le nombre de remontées mécaniques construites annuellement a été divisé par deux en moins de dix ans, signe que tous les domaines ne peuvent pas suivre le rythme des investissements nécessaires. C’est pourquoi Domaines Skiables de France a créé en 2024 un pôle RSE dont l’objectif est d’aider et d’accompagner de façon solidaire les adhérents en manque de moyens humains et financiers.

Avec un modèle économique sous pression, des défis environnementaux inédits et des attentes clients en évolution constante, les stations françaises font le pari de l’innovation et de la transformation. Un pari à 568 millions d’euros qui dessinera la montagne de demain.

Les domaines skiables français emploient 18 500 salariés directs et génèrent 120 000 emplois indirects, pour un poids économique de 12 milliards d’euros par an.

Réagissez à cet article

Vos commentaires

Rejoignez la discussion

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *