Au 27 juillet au soir, l’incendie monstre qui ravage la Gironde depuis le mercredi 22 juillet (départ à Saumos) reste l’un des plus importants feux de forêt de l’histoire récente de la France. Avec 42 000 hectares brûlés – l’équivalent de près de quatre fois la superficie de Paris –, il a forcé l’évacuation préventive de 220 000 personnes, notamment autour du bassin d’Arcachon, de la presqu’île du Cap-Ferret, de Lacanau et jusqu’aux abords de la métropole bordelaise. En plus du désastre environnemental, c’est un choc economique terrible. Quelles sont les mesures qui ont été prises par l’Etat et les assurances pour tous les sinistrés et les entreprises qui ont pour certains tout perdu. ? Le Président était sur place ce lundi 27 juillet.
La situation est restée « globalement stable » au cours de la nuit selon la préfecture de Gironde. Le feu est désormais qualifié de « stabilisé » par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, mais « pas fixé ». Il n’a pas progressé de manière significative, compte cependant encore des foyers actifs et demeure imprévisible, capable de repartir à tout moment. Il se trouve à une quinzaine de kilomètres de l’agglomération de Bordeaux et continue de menacer des sites stratégiques.
Plus de 240 bâtiments ont été détruits. Environ 84 à 88 sapeurs-pompiers ont été blessés (dont une dizaine évacués). Des milliers de pompiers, militaires, gendarmes et policiers restent mobilisés, soutenus par des moyens aériens. La préfète Sophie Brocas a vivement incité les touristes à ne pas venir en Gironde à l’approche d’août et a exclu tout retour des évacués tant que le feu n’est pas fixé. Une vague de chaleur est redoutée à partir de ce mardi, susceptible de compliquer encore la lutte. Un incendie parallèle dans les Landes (environ 3 600 hectares) a été annoncé comme « fixé ».
Un « coup de tonnerre économique » pour la Gironde
Les conséquences économiques sont déjà considérables. Selon le ministre de l’Économie Roland Lescure et la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) Bordeaux Gironde, plus de 13 000 entreprises (voire près de 14 500 selon certaines estimations) ont été évacuées ou ne peuvent plus fonctionner normalement : environ 7 000 artisanales et 6 300 commerciales.
Cela concerne près de 130 000 personnes qui ne peuvent travailler. Le tourisme, cœur de l’économie estivale du bassin d’Arcachon et du littoral, est particulièrement touché : de nombreuses structures risquent une « saison à zéro ». Le commerce de proximité, l’industrie (notamment logistique avec la fermeture de l’A63 et des plateformes à Cestas et Marcheprime, impactant Cdiscount, La Poste, Lidl, Leclerc, Decathlon…), la filière bois et même une centrale solaire ont été affectés.
La CCI parle de « problèmes de survie d’entreprises » et d’une situation « du jamais-vu depuis le Covid ». Roland Lescure a qualifié l’événement de « catastrophe écologique et sociale » qui constitue aussi « un coup de tonnerre économique qui affecte une région qui n’en avait pas besoin ».
Mesures de l’État pour les entreprises et les salariés
L’État et les acteurs locaux ont rapidement activé plusieurs dispositifs :
- Activité partielle (chômage partiel) : les entreprises contraintes de réduire ou suspendre leur activité (zones évacuées, interdictions d’accès ou impactées indirectement) peuvent y recourir au motif « toute autre circonstance de caractère exceptionnel ». L’indemnité salariale suit les règles de droit commun (environ 60 % du brut antérieur, avec planchers et plafonds). Les demandes se font auprès de la DDETS ; l’urgence permet de déposer avant l’avis du CSE.
- Cellule de crise économique : activée par la CCI Bordeaux Gironde (numéro unique 3006) pour orienter les entreprises vers les aides. Une cellule de crise plus large a également été demandée et mise en place au niveau gouvernemental, avec une réunion d’urgence à Bercy le 27 juillet.
- Accompagnement fiscal, financier et Urssaf : reports de paiement des cotisations sociales sans pénalités ni majorations pour les employeurs et indépendants touchés. Le CPSTI propose une aide d’urgence pouvant aller jusqu’à 2 000 € pour les travailleurs indépendants victimes. Des dispositifs Codefi pour les entreprises en difficulté sont également mobilisables. `
- Des discussions se poursuivent pour d’éventuels fonds de solidarité locaux ou aides complémentaires adaptées aux filières (tourisme, bois…). Emmanuel Macron a présidé une cellule interministérielle de crise et s’est rendu sur place ce lundi.
Mesures exceptionnelles des assurances
En coordination avec France Assureurs, les assureurs ont annoncé des mesures exceptionnelles le 27 juillet :
- Prise en charge des frais de relogement des personnes évacuées (Gironde, Landes et Var), même si le logement n’est pas endommagé, pour une durée allant jusqu’à trois semaines (durée de l’interdiction d’accès à la résidence principale), sur justificatifs et dans les limites des contrats.
- Prolongation exceptionnelle du délai de déclaration de sinistre jusqu’au 31 août 2026 (au lieu des 5 jours habituels).
Ces mesures visent à soulager les sinistrés et les évacués dans l’immédiat.La situation reste critique : le feu n’est pas encore maîtrisé et les prochains jours, avec la chaleur annoncée, seront décisifs. Les autorités insistent sur le respect strict des consignes d’évacuation et de sécurité. Les impacts économiques se feront sentir sur le long terme, notamment pour le tourisme et les petites structures, malgré le déploiement rapide des aides.
La mobilisation collective – pompiers, forces de l’ordre, État, assureurs et acteurs économiques – se poursuit pour limiter les dégâts humains, écologiques et économiques de ce mégafeu.

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