Sénatoriales
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Denys Bédarride
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Lundi 28 Septembre 2026 à 10:29

Le renouvellement de 178 sièges sur 348, organisé dimanche 27 septembre 2026 au suffrage universel indirect, n’a pas bouleversé les grands équilibres du Sénat. La droite et le centre conservent la majorité dont ils disposent depuis 2014. Mais le scrutin, dernier avant la présidentielle de 2027, marque deux bascules symboliques : le Rassemblement national constitue pour la première fois un groupe parlementaire, et La France insoumise fait son entrée dans la chambre haute.

Ces élections, avec 94 000 grands électeurs (maires et conseillers municipaux à 95 %), reflètent largement les municipales de mars 2026. Elles confirment que le Sénat reste une institution ancrée dans les territoires, plus conservatrice que l’Assemblée nationale, tout en enregistrant la montée des forces jusqu’alors peu représentées.

Julie freche

Une majorité de droite et du centre qui résiste, mais s’érode légèrement

Les Républicains restent le premier groupe. Ils passent d’environ 131 sièges à un effectif estimé entre 124 et 126, soit une perte de six à sept sénateurs. L’Union centriste recule elle aussi légèrement (de 59 vers 56-58 sièges selon les projections). Ensemble, ils conservent toutefois une nette majorité. 

Gérard Larcher (LR) devrait être reconduit à la présidence de l’institution ce jeudi. Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle, a été largement réélu en Vendée. Mathieu Darnaud, président du groupe LR, l’a emporté dès le premier tour en Ardèche. De nombreux sortants ont été reconduits, notamment dans les départements moins peuplés où le scrutin majoritaire favorise les implantations locales. 

Eric Ciotti sénat

La percée de l’UDR d’Éric Ciotti, allié du RN, a toutefois coûté des sièges à LR dans le Sud-Est, notamment dans les Alpes-Maritimes.

Le RN franchit un cap historique

C’est le fait politique majeur. Le Rassemblement national, qui ne comptait que trois sénateurs, atteint avec ses alliés UDR le seuil de dix élus nécessaire pour former un groupe. Les décomptes font état d’environ 14 à 15 sièges. Marine Le Pen a salué « une victoire historique » et « une étape majeure ». Jordan Bardella a souligné que ce groupe porterait « la voix des territoires oubliés, de la ruralité et des maires trop souvent éloignés des grandes décisions prises à Paris ». 

Manon bouquin 2

Les gains se concentrent dans le Sud : deux élus dans les Bouches-du-Rhône, deux dans le Var, deux UDR dans les Alpes-Maritimes, plus des sièges dans le Gard, l’Hérault (Manon Bouquin), le Vaucluse, la Gironde (Edwige Diaz) et, plus inattendu, en Seine-Maritime. Cette percée traduit l’implantation locale du parti depuis les municipales. Un groupe au Sénat offre davantage de temps de parole, de moyens et une tribune institutionnelle à sept mois de la présidentielle. 

LFI entre au Sénat, la gauche traditionnelle limite les dégâts

La France insoumise obtient ses premiers sénateurs. Gabriel Amard, député et gendre de Jean-Luc Mélenchon, est élu dans le Rhône. Marc Péré l’est en Haute-Garonne sur une liste d’union de la gauche soutenue par LFI et les Écologistes. 

Jean-Luc Mélenchon y a vu « un heureux augure pour 2027 ». Le Parti socialiste reste globalement stable (autour de 63-65 sièges) et devrait conserver sa place de deuxième force. Les communistes tiennent leurs positions. Les Écologistes reculent légèrement, notamment là où ils ont perdu des municipalités. La gauche traditionnelle a donc limité la casse, mais l’arrivée d’élus plus radicaux diversifie son spectre.

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D’autres enseignements

Plusieurs députés ont réussi le passage à la chambre haute, dont quatre élus RN et deux Horizons. La ministre Françoise Gatel a été réélue. Renaud Muselier (Renaissance) a obtenu un siège dans les Bouches-du-Rhône. Marie-Caroline Le Pen a en revanche échoué dans la Sarthe. Le Sénat compte désormais 38 % de femmes ; le plus jeune sénateur élu a 32 ans. 

Le scrutin confirme le poids des implantations locales : les grands électeurs votent d’abord pour des élus qu’ils connaissent. Il montre aussi que le « plafond de verre » institutionnel du RN se fissure, même dans une assemblée réputée plus modérée.

Gerard larcher

Quelles leçons pour 2027 ?

Ces sénatoriales n’ont pas redistribué les cartes du pouvoir législatif. Elles illustrent néanmoins trois dynamiques : la résilience d’une droite sénatoriale traditionnelle encore majoritaire ; l’enracinement territorial du RN, qui gagne en légitimité parlementaire ; et la capacité de LFI à percer au-delà de l’Assemblée.Le Sénat reste « l’assemblée du débat apaisé », comme l’a rappelé Gérard Larcher. 

Mais l’arrivée d’un groupe RN et d’élus LFI modifiera inévitablement les équilibres de parole et les rapports de force internes. 

À sept mois de l’élection présidentielle, le Palais du Luxembourg offre désormais une nouvelle scène aux forces qui contestent le centre.

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