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Avec la crise, l’industrie provençale a beaucoup perdu mais prépare la reprise
Par Nathalie Bureau du Colombier publié le 12 MAI 2020 à 09:11
L’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) Alpes-Méditerranée et les organisations syndicales du Var, des Bouches-du-Rhône et des Alpes de Haute-Provence ont mis à profit ces semaines de confinement pour préparer la reprise d’activité avec une nouvelle organisation de travail et de nouveaux équipements afin de garantir la sécurité des salariés. Cependant, les carnets de commandes dans l’industrie s’amenuisent avec une perte de visibilité jusqu’en 2024.

Baisse de la consommation, chute des commandes, coup d’arrêt des investissements… L’effet domino du coronavirus se fait sentir, affectant plusieurs pans de l’industrie en Provence-Alpes Côte d’Azur.

L’automobile et l’aérien font déraper la sidérurgie et l’aéronautique provençale. Les salariés d’Arcelor-Mittal Méditerranée redoutent la mise sous cocon de l’usine de Fos qui tourne depuis un mois et demi sur un seul haut-fourneau.

« Nous assistons à une baisse considérable des commandes, de l’ordre de 50%, après le 30 juin. Le chômage partiel risque de se poursuivre. Nous avions demandé à Bruxelles d’édicter des lois anti-dumping mais tout ceci est lent à se mettre en place et il ne faudrait pas que la Chine et la Turquie profitent de la crise pour inonder le marché européen », prévient David Thourey délégué syndical FO Métaux.

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L’industrie met les gants

Inquiétude également à Marignane où les salariés d’Airbus Helicopters redoutent les conséquences de la chute d’activité de près de 30% dans l’aéronautique. Et si les grands donneurs d’ordres sont ébranlés par l’impact de la crise sanitaire, la sous-traitance l’est tout autant.

« Nous rencontrons des problèmes de visibilité sur la chaîne de production, quant à l’approvisionnement des structures. Nous continuons à recevoir des commandes », précise Laurent Lesenechal, délégué CFDT sur Aix-Marseille.

Dédié à la construction d’hélicoptères autorisés à voler pendant le confinement, Marignane est pour l’heure épargné du fracas qui s’est abattu sur l’industrie aéronautique. Mais la menace d’une restructuration plane chez le constructeur européen.

Seul le secteur de la microélectronique semble épargné en région comme l’explique Philippe Marc, patron du site STMicroélectronics de Rousset, avec une bonne tenue de son carnet de commandes.

« Nous assistons à un coup de frein dans l’industrie. Les carnets de commandes nous inquiètent selon les filières et il faut s’attendre à des difficultés jusqu’en 2024 », analyse Serge Bornarel, délégué général de l’UIMM Alpes-Méditerranée.

Le 5 mai, le puissant syndicat de l’industrie présentait aux côtés des organisations syndicales leur déclaration commune pour une reprise de l’activité dans les meilleures conditions de sécurité.

Un document qui fait suite au « Guide de Branche des Mesures de Prévention du Covid-19 en entreprise industrielle" publié le 24 mars.

Ainsi au niveau national l’UIMM a commandé 4 millions de masques et en région 30 000 masques ont déjà été distribués. Par ailleurs, l’industrie chimique locale s’est mobilisée pour approvisionner les entreprises en gel hydroalcoolique.

Plan de relance et relocalisation de l'industrie

Alors que 30% des entreprises fonctionnaient au début du confinement, elles sont aujourd’hui 95%, assurant près de 70% de leur activité, avec environ 45 % de chômage partiel.

« Pendant toute la durée du confinement, la plateforme juridique de l’UIMM Alpes-Méditerranée a tourné à plein régime, enregistrant jusqu’à 150 appels quotidiens.

Par ailleurs, la diversité des filières permettent aux entreprises industrielles de la région Provence Alpes Côte d'Azur d’afficher un taux d’activité supérieur de 10% à la moyenne nationale », commente Thierry Chaumont, président de UIMM Alpes-Méditerranée.

Selon lui, un grand nombre d’entreprises devraient affronter des difficultés au cours des prochains mois. A l’heure où la question de la relocalisation des industries en France se pose, Thierry Chaumont estime que « l’État doit être à la manœuvre » avec à la clé un « grand plan de relance axé sur des secteurs prioritaires ».

Faute de redémarrer rapidement à plein régime, l’industrie nationale pourrait se laisser distancer par des pays qui ont déjà relancé leur activité. Le syndicat professionnel compte 3000 entreprises, Pmi et grands groupes adhérents représentant 42 000 salariés.

Photo : Thierry Chaumont, président de UIMM Alpes-Méditerranée. © NBC

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