Lancée en 2014, la start-up lyonnaise Elistair, qui a mis au point une station d'alimentation pour drones filaires, profite du fort développement du marché des drones et prévoit une forte croissance pour les années à venir.
L’aventure a débuté dans un Fablab lyonnais. « On y travaillait sur notre prototype jours et nuits », se souvient Guilhem de Marliave, co-fondateur d’Elistair. C’était en 2014. Deux ans plus tard, la start-up a bien grandi. L’entreprise de sept personnes s’apprête à recruter deux nouvelles têtes et les perspectives de croissances sont prometteuses.
Les drones : un marché porteur
Le secteur de l’entreprise, les drones civils, est, il est vrai, en plein essor. Selon une étude de Pwc, publiée en mai dernier, le marché mondial pourrait peser 127 milliards de dollars à l’horizon 2020.
Mais Guilhem de Marliave et Timothée Penet ne se sont pas lancés sur le secteur par hasard.
Les deux diplômés de l’École Centrale de Lyon et d’HEC ont fait leurs armes dans des entreprises spécialisées dans les drones.
« C’est d’ailleurs à cette occasion que nous avons pu constaté les limites que pouvaient présenter l’utilisation des drones, détaille Guilhem :
– une autonomie restreinte (entre 15 et 30 minutes environ)
– des vols pas toujours assez sécurisés (risque de perte de contrôle, échappées de drones, interférences, hacking, chutes pour fin de batterie, etc.)
– une difficulté à avoir des données en haut débit, de manière instantanée ».
Elistair accroche les drones à des fils
C’est en partant de ce constat que les deux associés ont eu l’idée de travailler sur le segment des drones filaires et de mettre au point une station d’alimentation filaire pour drones civils.
« Contrairement à ce que l’on peut penser, le câble ne présente pas une contrainte pour l’utilisation des drones, qui peuvent être déployés jusqu’à 100 mètres d’altitude, précise le co-fondateur. Et les applications que nous visons concernent des drones qui s’utilisent de façon plutôt stationnaire. »
D’autre part, le fil permet de résoudre les trois limites des drones. Il permet, d’une part, d’alimenter l’appareil, qui peut donc voler pour une durée illimitée. D’autre part, le fil, renforcé en kevlar, sécurise le vol du drone, qui reste sur une demi-sphère d’opération fixe. Enfin, le câble sert aussi au transfert de données, rapide et sécurisé.
Le gros point fort de la station développée par Elistair est sa compatibilité avec 95 % des robots aériens présents sur le marché. Il suffit de la connecter aux drones.
Télécommunication et surveillance aérienne
Mais dans quels cas sont utilisées ces stations d’alimentation, qui pèsent tout même 10 à 30 kg ?
« Nos systèmes sont employés pour des applications de surveillance aérienne et de télécommunication », explique Guilhem de Marliave. Pour le volet surveillance aérienne, Elistair a par exemple conclu un accord, cet été, avec le groupe Aéroport de Paris, pour intervenir sur les aéroports de Paris-Charles de Gaulle et de Paris-Le Bourget.
Fait rare, puisque le survol des aéroports par des drones est habituellement interdit par la loi. Mais la start-up a obtenu une dérogation de la direction générale de l’aviation civile, pour pouvoir inspecter les passerelles hautes et pour calibrer des instruments d’aide à la navigation aérienne. « Le secteur aéroportuaire offre des perspectives intéressantes aux drones », affirme Guilhem de Marliave.
Mais les applications de la station d’Elistair ne se limitent pas aux aéroports. Elle peut être utilisée par les pompiers ou les forces de l’ordre, lors de manifestations ou aux frontières, pour mieux appréhender la situation. Le système est également utile pour l’inspection d’éoliennes, ce qui permet de réduire les temps d’arrêt nécessaires à la maintenance.
Il est également utilisé dans l’ingénierie urbaine : en déployant un drone au-dessus d’un rond-point, on peut, pendant plusieurs heures, lire les trajectoires des véhicules, leur vitesse, leurs accélérations, les points de congestion et ainsi améliorer la gestion du trafic routier.
« Nous avons aussi une croissance intéressante sur la partie industrielle, explique le Pdg de l’entreprise. Nos clients ont besoin de montrer qu’ils peuvent sécuriser leurs opérations pour passer des contrats récurrents avec de grands comptes. Nous sommes l’accessoire idéal pour apporter ces garanties. »
Elistair mise sur la croissance
Sur le volet « télécommunication », le drone n’est pas utilisé comme caméra, mais comme balise 4G ou relais radio.
« On créé une antenne temporaire, pour avoir un réseau local sécurisé dans des zones sans couverture, ou dans le cas de réseaux saturés. » Un dispositif pratique dans l’événementiel par exemple, lorsque le réseau est surchargé. Mais aussi en cas de panne totale.
Elistair a notamment travaillé sur un projet en Italie, à la suite du séisme d’août dernier. « Ajouter une antenne supplémentaire, peut permettre aux pompiers et à la police de communiquer avec le centre de gestion de crise alors même que le réseau est inopérant à cause d’obstacle comme la végétation. »
L’entreprise, qui dispose d’une grosse partie R&D, vise continuellement l’amélioration de ses systèmes. Après une incubation d’une année au sein de l’EM Lyon et une levée de fonds de 700 000 euros en août 2015, Elistair intensifie actuellement son développement commercial et la phase de production.
Et si elle garde pour le moment ses chiffres de croissance et le nombre de ses clients secrets, la start-up assure avoir le vent en poupe.

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