Rentrée économique sous tension dans le Sud de la France. Les fédérations professionnelles et les syndicats patronaux de Provence Alpes Côte d’Azur se mobilisent pour la concrétisation du projet d’installation de ligne à très haute tension 400 000 volts entre Fos-sur-Mer (13) et Jonquières-Saint-Vincent (30), d’un coût de 800 M€. Entre l’enquête publique promise à l'automne et les échéances électorales de 2027, le calendrier, à la dérive, fait craindre des abandons de projets et d’investissements.
Relation à très haute tension entre le patronal régional et l’État français sur le dossier de réalisation de la ligne électrique (400 kV) de 65 km porté par RTE entre les postes de Feuillane (Fos-sur-Mer) et de Jonquières-Saint-Vincent (Gard). Une infrastructure destinée à accélérer la décarbonation de l’industrie du pourtour de l’Étang de Berre et la transition des mobilités (terrestre, maritime et aérienne) avec l’électrification des flottes et la production de carburants durables et de synthèse.
Un enjeu qui dépasse l’Ouest des Bouches-du -Rhône.
« La région Provence-Alpes Côte d’Azur va doubler sa consommation électrique d’ici 2030 », annonce Pascal Kuhn, président de l’UIMM Alpes-Méditerranée. Également dirigeant d’Airbus Helicopters à Marignane, il témoigne de la fragilité actuelle du réseau : « J’en suis à ma dixième coupure de courant depuis le début de l’année dans l’entreprise ». Ce qui manque, a-t-il résumé, « c’est l’essence dans le moteur. Et cette essence, c’est l’électricité. Sans électricité, pas de décarbonation, et donc c’est vital ».
Réunis le 9 septembre, au Club 29 à Marseille, le MEDEF Sud, l’UPE 13, Force Ouvrière 13, la CFE-CGC PACA, l’UIMM Alpes-Méditerranée et France Chimie Méditerranée ont dressé un réquisitoire commun contre l’incertitude politique.
En annonçant, le 26 mai dernier, vouloir « sacraliser » le tracé, Emmanuel Macron a ouvert la voie au lancement de la déclaration d’utilité publique (DUP) et de l’enquête publique, désormais attendu cet automne. Jean-Christophe Amarantinis, nouveau président de l’UPE 13, a donné le ton : « La tchatche, c’est bien, mais maintenant, on va avoir besoin d’engagement ferme et irrévocable de l’État, parce que les promesses n’engagent que ceux qui les formulent ».
Il a ajouté : « S’il faut on ira jusqu’à Matignon pour plaider la cause de ce territoire ». Stéphane Benhamou, président du MEDEF Sud, a recentré le débat sur le calendrier électoral : « On ne peut pas imaginer que des décisions soient suspendues à des échéances électorales, qu’elles soient sénatoriales, présidentielles ou législatives. Ce n’est pas acceptable, c’est maintenant. Le calendrier des industriels n’est pas le calendrier des politiques ».
Au nom de Force Ouvrière 13, Franck Bergamini, son secrétaire général, a justifié la mobilisation syndicale par la même urgence : « La réindustrialisation d’un pays, on ne doit pas en parler que lorsqu’on est face à un problème. On doit en parler de manière intelligente et poser les jalons en amont ». Jérôme Yvernault, délégué régional de la CFE-CGC PACA, a pour sa part, refusé « d’opposer les engagements environnementaux et l’avenir de l’emploi. Les choix doivent être faits pour garantir l’un et l’autre ».
Stéphane Bergamini, délégué général de France Chimie Méditerranée, a résumé plus sobrement l’attente de sa filière, confrontée selon lui au coût de l’énergie, à la sur-réglementation et à une concurrence internationale « déloyale » : « Il nous faut cette THT. La filière chimie a besoin de cette THT », a-t-il martelé.
80 % des entrepreneurs ne croient plus au calendrier politique
La veille, le 8 septembre, les Entrepreneurs Sud avaient donné le coup d’envoi de cette rentrée sous tension. Plus de 80 % des dirigeants interrogés par l’organisation déclarent ne plus croire aux annonces politiques, dans un climat d’instabilité continue depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024. L’opposition des riverains à la ligne aérienne explique pour partie le retard dans l’exécution du chantier. Jean-Laurent Lucchesi, porte-parole du collectif Stop THT 13/30, qui a appelé à un rassemblement le 19 septembre à 18h30 au théâtre antique d’Arles, ne conteste pas le besoin industriel mais rejette le tracé aérien :
« Faire passer une ligne très haute tension dans l’une des zones les mieux protégées d’Europe depuis cinquante ans, et dans un couloir de migration internationale majeur : ce n’est pas acceptable ».
Carole Guintoli, rizicultrice bio installée route des Saintes-Marie-de-la-Mer à Arles, a mis en avant les conséquences pour son exploitation du passage de la ligne : « Nous aussi, nous créons de la richesse, des emplois, nous investissons ».
La rizicultrice s’inquiète par ailleurs de savoir si elle pourra toujours irriguer ses parcelles avec la présence de trois pylônes sur son terrain, prévus sur le tracé. Demain, son riz sera-t-il toujours bio ? David Ausset, propriétaire du Domaine des Clos, hôtel quatre étoiles situé à environ 200 mètres du tracé envisagé, redoute un coup d’arrêt pour son activité : « Avec une ligne à haute tension dans mon environnement direct, c’est un arrêt de mort ».
Daniel Salenc, président de la chambre des métiers et de l’artisanat des Bouches-du-Rhône, vice-président des Entrepreneurs Sud et futur président de l’organisation à partir de décembre, en succession d’Alain Gargani, a plaidé pour sortir de l’opposition frontale entre aérien et enfouissement : « Il doit y avoir un pacte électrique et industriel entre Fos et Berre, un projet qui réunit l’État, RTE, les collectivités, les industriels, les chambres consulaires et les représentants des entreprises ».
Il a concédé le surcoût de l’enfouissement « oui, ça coûte plus cher d’enfouir » tout en réclamant que l’État l’assume là où c’est nécessaire, puisque c’est lui qui a désigné le site comme prioritaire. Alain Gargani a résumé l’enjeu « Ce projet dépasse les seuls territoires traversés. Il concerne l’avenir industriel, énergétique et économique de toute la région Sud ». Une situation de doute qui risque de mettre à mal les « 10 à 15 mds € de projets fléchés et 30 000 à 40 000 emplois sur la seule zone de Fos-Berre », selon Jean-Christophe Amarantinis. L’enquête publique sera lancée en octobre.
La question qui domine désormais le dossier n’est plus tant technique que politique : la DUP sera-t-elle prononcée avant l’ouverture de la séquence électorale de 2027 ?
Réponses attendues dès cet automne.

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