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Denys Bédarride
Hier Dernière mise à jour le Dimanche 11 Octobre 2026 à 09:56

Réélu en avril 2026 à la tête de la communauté d’agglomération du Pays de Grasse, Jérôme Viaud place son troisième mandat sous le signe de l’industrie, de l’attractivité et de l’emploi des jeunes. L’agglomération s’appuie sur un socle déjà très concentré : la parfumerie, les arômes, la cosmétique et les biotechnologies, filière que son président présente comme la « locomotive » du territoire.

Une industrie qui pèse bien au-delà de son nombre d’entreprises

Selon la communauté d’agglomération, le Pays de Grasse compte environ 11 000 entreprises et 22 000 salariés. L’industrie y représente près de la moitié de la valeur ajoutée, alors qu’elle ne pèse qu’une part plus limitée des effectifs. Dans le zoom « arômes, parfums et cosmétique », 4 % des entreprises et 15 % des effectifs généreraient 49 % de la valeur ajoutée. Le territoire assure environ la moitié de la production française d’ingrédients aromatiques.

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La conjoncture récente reste favorable. 

Au premier trimestre 2026, les entreprises contributrices au syndicat Prodarom affichaient un chiffre d’affaires de 452 millions d’euros, en hausse de 2,3 %, et des exportations de 381 millions d’euros (+2,8 %). Les matières premières naturelles progressaient de 22,9 %. Localement, les effectifs de la filière étaient estimés à un peu plus de 4 000 salariés, en légère hausse sur un an. D’autres comptes, plus larges, situent l’emploi de l’industrie du parfum autour de 4 600 à plus de 5 000 personnes dans le bassin.

Les grands groupes confirment cet ancrage. 

Mane a posé en septembre 2026 la première pierre d’un Fragrance Design Centre au Bar-sur-Loup : 45 millions d’euros, 8 900 m², ouverture prévue en 2028, environ 250 collaborateurs. Givaudan s’installe sur l’ancienne friche Biolandes, inoccupée depuis plus de vingt ans, avec le projet « Campus 52 », orienté ingrédients naturels et R&D. DSM-Firmenich et IFF ont aussi renforcé leurs sites grassois ces dernières années.

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Le foncier et la formation, leviers assumés de Jérome Viaud 

Jérôme Viaud rappelle souvent le manque historique de terrains industriels. La réponse de l’agglomération passe par la requalification de friches, dont AromaGrasse et le site Biolandes. Le Pays de Grasse est par ailleurs labellisé Territoire d’industrie et engagé dans l’opération d’intérêt régional Naturalité. L’accompagnement des jeunes pousses s’appuie sur InnovaGrasse et Grasse Biotech, pépinières tournées vers l’innovation et les sciences du vivant.

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La formation est l’autre pilier. 

Avec le lycée Chiris, un bac professionnel et un BTS en alternance ont été construits pour les industries arômes-parfums-cosmétiques. Une chaire « Patrimoine, arômes, parfums et cosmétiques » est portée avec l’Université Côte d’Azur. À l’échelle de la ville, Grasse Campus comptait environ 1 150 étudiants à la rentrée 2026 ; le président vise 3 000 étudiants, avec un Campus 2 annoncé pour janvier 2027. Il estime qu’un étudiant injecte environ 950 euros par mois dans l’économie locale.

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Patrimoine, agriculture et tourisme : l’autre face de la même filière

Les savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse sont inscrits au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco depuis 2018. Cette reconnaissance sert d’argument d’attractivité, même si la culture florale reste une niche : quelques dizaines d’hectares et une production très loin des volumes du début du XXe siècle, face à la concurrence égyptienne et indienne. Jérome Viaud met en avant le soutien aux producteurs, notamment avec le Département des Alpes-Maritimes, et la sanctuarisation de terres pour les plantes à parfum.

Côté tourisme, les European Hotel Awards lui ont décerné en septembre 2026 la distinction Territorial Tourism Leadership, pour une politique qui relie parfum, villages, paysages entre mer et Préalpes, et économie productive. L’économie sociale et solidaire est aussi revendiquée comme un pan à part entière : près de 300 entreprises, un peu plus de 2 500 salariés et environ 11 % des emplois du privé, avec une hausse d’emplois sur dix ans là où le département reculait, selon une étude menée avec la CRESS.

Parfums grasse patrimoine

Un rôle qui dépasse l’agglomération

Au-delà de la CAPG, Jérôme Viaud préside l’Association des maires des Alpes-Maritimes. Le 15 octobre 2026, le 9e Salon des communes et intercommunalités du département se tient à Mandelieu sous cette enseigne : 163 communes, sept intercommunalités, plus de 85 exposants. Il y présente le rendez-vous comme un outil de travail pour les élus, dans un contexte où mobilité, foncier économique et formation restent les conditions de l’implantation des entreprises, y compris au Plan de Grasse.

Le pari est donc cohérent : conserver la place mondiale de Grasse dans les arômes et le parfum, libérer du foncier, former sur place et relier ce socle industriel au tourisme et à l’agriculture de niche. Les investissements annoncés par Mane et Givaudan en donnent une traduction concrète ; la remontée durable de la production florale, elle, reste un défi distinct de la composition aromatique.

Photos : Côte d’Azur Tourisme, Ville de Grasse, Fragonard, Galimard

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