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Denys Bédarride
Hier Dernière mise à jour le Dimanche 1 Novembre 2026 à 10:04

Dans le nord de l’Hérault, autour de Lodève, du lac du Salagou et du Grand Site de France Salagou-Mourèze, un projet de recherche de lithium suscite depuis plus de deux ans un débat intense. Porté par la société norvégienne Transition Elements AS, il vise un permis exclusif de recherches (PER) dit « Permis de Lodève », sur un périmètre de 218 km² couvrant une vingtaine de communes des secteurs du Lodévois-Larzac, du Clermontais et du Grand Orb.

Un permis de recherche, pas d’exploitation

La demande a été déposée le 26 octobre 2023. Elle porte sur une durée de cinq ans (renouvelable une fois) et un engagement financier minimal de 130 000 euros. Les communes concernées incluent notamment Lodève, Clermont-l’Hérault, Bédarieux, Mourèze, Octon, Cabrières, Le Bosc, Saint-Jean-de-la-Blaquière, Lunas (ou Lunas-les-Châteaux après fusion), Mérifons et d’autres. 

Le périmètre englobe des zones sensibles : le lac du Salagou, des espaces Natura 2000, des terres agricoles et viticoles, et des paysages emblématiques qui aspirent aussi à un label de Géoparc UNESCO.

À ce stade à octobre 2026, le permis n’est pas encore accordé. 

Une mise en concurrence a eu lieu sans concurrent déclaré. L’instruction est désormais au niveau national (Direction générale de l’énergie et du climat). Une consultation publique dématérialisée est prévue du 2 novembre au 2 décembre 2026 (ou dates proches selon les avis officiels) sur le site du ministère de l’Économie. 

D’autres étapes restent à venir, notamment l’avis de l’Autorité environnementale.

lac salagou

Une extraction envisagée via des saumures profondes

Transition Elements insiste sur le caractère exploratoire et « à faible impact » du projet. Il ne s’agit pas d’une mine à ciel ouvert ni de carrières classiques. L’hypothèse étudiée est celle de lithium contenu dans des saumures géothermales très profondes (plusieurs milliers de mètres, bien en dessous des aquifères utilisés pour l’eau potable ou l’agriculture). 

La saumure serait pompée, le lithium extrait, puis réinjectée en profondeur – une approche comparable à certains projets géothermiques en Alsace.

La première phase, une fois le permis obtenu, se limiterait à de la cartographie et des prélèvements de surface, sans impact majeur. Des forages exploratoires éventuels nécessiteraient des autorisations supplémentaires et de nouvelles consultations. 

L’entreprise rappelle qu’il n’y a aucune garantie de découverte d’un gisement économiquement viable et que le projet pourrait s’arrêter sans suite.

lithium2

Inquiétudes locales et demandes de transparence

Depuis la révélation du dossier, élus, habitants, Confédération paysanne et collectifs (Délit-thium, De Lithium) expriment de vives réserves. Les principales craintes portent sur :

  • le manque de transparence et d’information en amont (plusieurs mobilisations ont eu lieu à Lodève, notamment en juillet 2025 et août 2026) ;
  • les ressources en eau et la sensibilité des aquifères du secteur ;
  • les impacts potentiels sur le tourisme, l’agriculture, les paysages protégés et le cadre de vie 
  • le risque que la recherche ouvre la voie, à plus long terme, à une exploitation plus intrusive.

Le préfet avait rappelé en juin 2025 que le permis n’était pas accordé et ne permettrait que de la recherche. Des élus locaux se disent « vigilants », notamment sur la question de l’eau, tout en reconnaissant l’intérêt national du lithium pour la transition énergétique et la souveraineté industrielle.

moureze

Un enjeu national dans un contexte européen

Le lithium est un métal critique pour les batteries des véhicules électriques et le stockage d’énergie. La demande mondiale devrait exploser dans les prochaines décennies. La France et l’Europe cherchent à réduire leur dépendance aux importations. `

D’autres projets existent ou sont en cours d’instruction (géothermie-lithium en Alsace, projet EMILI/Imerys dans l’Allier pour du lithium hard-rock, etc.).

Dans le Lodévois-Larzac et autour du Salagou, le débat illustre la tension classique entre impératifs de la transition énergétique et préservation des territoires, de l’eau et des paysages. 

La procédure reste longue : même en cas d’octroi du PER, toute exploitation future exigerait de nouvelles autorisations, études d’impact et enquêtes publiques. La consultation publique de fin 2026 constituera une étape importante pour faire entendre les voix locales.

Le dossier reste en évolution. Les décisions définitives appartiennent aux autorités compétentes après examen complet des enjeux techniques, environnementaux et sociétaux.

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