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Fiona Urbain
19 December 2025 Dernière mise à jour le Friday, December 19, 2025 At 2:48 PM

Avec la réouverture du portail sud restauré du Jardin des plantes, l'Université de Montpellier lance une stratégie ambitieuse de valorisation de son patrimoine scientifique et médical. Au programme : un premier schéma directeur pour coordonner les actions, la création du parcours ForUM reliant les sites emblématiques, et une candidature au registre "Mémoire du monde" de l'UNESCO pour ses collections documentaires exceptionnelles. Plus de 20 millions d'euros d'investissements sont programmés dans le cadre du Contrat de Plan État-Région pour transformer ces lieux chargés de huit siècles d'histoire en outils pédagogiques vivants et accessibles à tous.

Le lundi 15 décembre, l’Université de Montpellier a marqué un tournant dans la valorisation de son patrimoine historique. Avec la réouverture du portail sud restauré du Jardin des plantes, l’institution a présenté sa stratégie ambitieuse pour mettre en lumière huit siècles d’histoire académique, du bâtiment historique de la Faculté de médecine à l’Institut de botanique, en passant par le plus ancien jardin botanique de France.

Un schéma directeur pour coordonner les actions

Approuvé en juillet 2025, le premier schéma directeur du patrimoine historique et des collections universitaires pose les jalons d’une vision d’ensemble cohérente. L’objectif : rendre accessible ce patrimoine exceptionnel à la communauté universitaire, aux scolaires et au grand public, tout en optimisant les ressources déjà mobilisées.

Au cœur de cette stratégie, le projet ForUM (Forum de l’Université de Montpellier) propose de créer un parcours de découverte reliant plusieurs sites emblématiques. L’Institut de botanique servira de porte d’entrée pour comprendre comment se construit la connaissance scientifique. Le Jardin des plantes illustrera les liens entre botanique, médecine et sciences naturelles. L’Intendance proposera un accueil sur-mesure des scolaires, une première pour l’Université. Enfin, le bâtiment historique de la Faculté de médecine ouvrira à la découverte du patrimoine documentaire et des collections anatomiques.

Il s’agit de faire du patrimoine de l’Université de Montpellier un bien commun, vivant et partagé”, affirme Philippe Augé, président de l’Université.

Des collections d’une richesse inouïe

Les chiffres donnent le vertige : près de 13 000 pièces anatomiques, 6 millions de planches d’herbier, 6 000 dessins et estampes au musée Atger, sans compter des millions de fossiles, spécimens de zoologie, géologie, objets de physique ou d’astronomie. Un patrimoine qui s’étend également au droguier pharmaceutique, au matériel d’éducation et aux fonds documentaires exceptionnels.

Certaines pièces sont particulièrement emblématiques, comme les cires anatomiques de Felice Fontana, les collections d’ethnologie de l’expédition Bérard, ou encore les instruments scientifiques anciens qui témoignent de l’évolution des pratiques d’enseignement.

Une candidature UNESCO pour la mémoire médicale

L’ambition la plus spectaculaire concerne la candidature au registre “Mémoire du monde” de l’UNESCO des collections documentaires de l’enseignement médical à Montpellier du XIIe au XIXe siècle. Première université à structurer juridiquement l’enseignement de la médecine, Montpellier conserve les fonds les plus anciens et les plus complets sur cette discipline en Occident.

Ces archives, dispersées entre les Archives municipales et départementales et l’Université, comprennent environ 12 000 ouvrages : 513 manuscrits datés du VIIIe au XIXe siècle, 300 incunables, plus de 3 000 thèses anciennes. Parmi les documents majeurs figurent la transcription de la charte de 1181 autorisant la liberté d’enseigner la médecine, les statuts de Conrad de 1220 (plus anciens statuts juridiques d’une université de médecine), ou encore l’inscription autographe de Rabelais.

Ces fonds témoignent d’une continuité remarquable depuis le XIIe siècle. Ancrés dans la tradition hippocratique et ouverts aux influences méditerranéennes, ils illustrent la place donnée à l’humain et à la pratique“, souligne le dossier de candidature, déposé auprès de l’UNESCO avec un retour attendu pour le printemps 2027.

Des restaurations déjà engagées

La dynamique patrimoniale est déjà à l’œuvre depuis plusieurs années. La restauration de la serre Martins (2008-2012), de l’orangerie (2018), du pavillon d’astronomie (2024) ou du monument Rabelais témoignent d’un engagement constant. Plus récemment, 2,7 millions d’euros ont été investis pour la mise en sécurité des magasins documentaires de la Faculté de médecine.

La restauration du portail sud du Jardin des plantes, inaugurée ce 15 décembre, symbolise cette volonté de réouverture vers la cité. Érigé en 1841 et fermé depuis des années en raison de sa dégradation, ce portail monumental a fait l’objet d’un travail minutieux de restauration patrimoniale de 334 000 euros, financé majoritairement par la Ville et la Métropole (260 000 euros).

L’analyse stratigraphique a révélé des couches de peinture verte masquant une teinte grise originelle, ainsi que des traces de dorure sur le lettrage. Les entreprises spécialisées dans la restauration des Monuments Historiques ont restitué l’éclat d’origine du portail, tout en aménageant une rampe pour garantir l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite.

Un financement massif dans le cadre du CPER

Le Contrat de Plan État-Région 2021-2027 prévoit plus de 20 millions d’euros d’investissements pour le patrimoine universitaire montpelliérain. Une enveloppe de 10,3 millions (État, Région, Métropole) est dédiée à la réhabilitation du bâtiment historique de médecine, de l’Intendance et du Jardin des plantes. Elle permettra notamment la restauration des toitures, de la coupole de l’amphithéâtre d’anatomie et de la noria Nord.

Une troisième opération de 9,5 millions d’euros accompagne le projet sur l’Institut de botanique, comprenant la réalisation d’un espace muséographique au rez-de-chaussée dédié aux collections universitaires.

Plus de 150 millions d’euros ont été mobilisés depuis 2016 pour soutenir l’Université de Montpellier”, rappelle Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, qui voit dans cette démarche une volonté de “féconder le passé pour engendrer l’avenir”.

Un patrimoine au service de la transmission

Au-delà de la conservation, l’enjeu est bien de transmission. Le musée et conservatoire d’anatomie de la Faculté de médecine, en cours de rénovation, devrait accueillir le grand public fin 2026. Le musée Albert Ciurana de la Faculté de pharmacie rouvre en 2026 après sa mise en sécurité. La chapelle de la Faculté de droit, acquise en 2025, deviendra un lieu de vie étudiante et d’expositions.

Cette dynamique s’inscrit aussi dans les pratiques pédagogiques. À la Faculté d’éducation, un don exceptionnel de manuels scolaires (140 mètres linéaires) fait l’objet d’un colloque en 2026, tandis qu’une frise chronologique interactive a été créée avec les étudiants.

Notre engagement est clair : faire de ce patrimoine le terreau fertile où s’épanouiront les expertises et les innovations de l’Occitanie de demain“, conclut Pierre-André Durand, préfet de la région Occitanie. Un patrimoine qui, loin d’être figé dans le passé, devient ainsi un outil vivant au service de la formation et de la recherche du XXIe siècle.

L’Université de Montpellier compte plus de 50 000 étudiants et rayonne dans les domaines de la santé, de l’environnement, de l’agriculture et du vivant.