(Blanes, Catalonia August 07, 2017) Desalination plant in view of drone
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Denys Bédarride
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Lundi 2 Mars 2026 à 10:13

La Catalogne, et particulièrement la région métropolitaine de Barcelone, vit depuis plusieurs années sous la menace permanente de la sécheresse. Après la crise historique de 2022-2025, qui a conduit à des restrictions sévères et à l’activation de mesures d’urgence, les autorités ont fait du dessalement l’un des piliers de leur stratégie pour garantir l’approvisionnement en eau potable.

En février 2026, alors que les réservoirs sont remplis grâce à un hiver 2025 généreux, les usines existantes continuent de tourner et les projets d’extension avancent, même si des retards administratifs persistent.

Deux usines déjà opérationnelles soit 80 000 000 m³ par an.

La Catalogne dispose aujourd’hui de deux grandes installations de dessalement :

  • La desalinizadora del Llobregat, située à El Prat de Llobregat, juste à côté de l’aéroport de Barcelone. D’une capacité nominale de 60 000 000 m³ par an (environ 164 000 m³/jour), elle est la plus importante d’Espagne après celles d’Almería et de Murcie. Opérée par Aigües Ter-Llobregat (ATLL), elle alimente directement le système Ter-Llobregat qui dessert plus de 5 millions d’habitants de l’aire métropolitaine de Barcelone.
  • La desalinizadora de la Tordera, à Blanes (province de Gérone), d’une capacité de 20 000 000 m³ par an. Mise en service en 2009 et doublée depuis, elle sécurise l’approvisionnement du Maresme et de la Selva.

Ensemble, ces deux usines produisent jusqu’à 80 000 000 m³ par an, soit l’équivalent du volume du réservoir de la Llosa del Caballo et d’une ville de plus de 1,4 million d’habitants sur un an ! Pendant la phase la plus critique de la sécheresse (2023-2024), elles ont fonctionné à plein régime. En janvier 2026, elles tournent encore à environ 70 % pour la Llobregat et 50 % pour la Tordera, afin de permettre la récupération des aquifères du delta du Llobregat et de la Vall Baixa, très sollicités pendant la crise.

Un investissement de 183 millions d’euros est en cours (2025-2029) pour moderniser la Llobregat : amélioration des filtres, renforcement de la désinfection et optimisation énergétique.Les grands projets d’extension : vers 160 000 000 m³ en 2029. Le Plan de gestion de l’Agència Catalana de l’Aigua (ACA) et la loi catalane 9/2023 prévoient de doubler la capacité de dessalement d’ici 2029, pour atteindre 160 000 000 m³ par an.

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Deux projets phares sont en cours :

Tordera II : extension majeure de l’usine de Blanes, qui passera de 20 à 80 000 000 m³ par an. Budget estimé : environ 287 millions d’euros.
Foix
 : nouvelle usine entre Cubelles et Cunit (province de Tarragone), d’une capacité initiale de 20 000 000 m³ (extensible à 30 000 000 m³). Elle pourra alimenter à la fois le système Ter-Llobregat et les besoins du sud de la Catalogne. Budget : environ 180 millions d’euros.

Ces deux projets ont reçu l’approbation du Conseil des ministres espagnol et une convention État-Généralité a été signée en 2025. Cependant, en février 2026, les travaux n’ont pas encore commencé : le ministère de la Transition écologique tarde à signer l’ordre de démarrage.

Le directeur de l’ACA, Josep Lluís Armenter, se veut optimiste : « Nous exerçons une pression maximale. Nous espérons une signature imminente et une mise en service entre 2029 et 2030. »

Un cinquième site est également à l’étude sur la Costa Brava nord (Alt Empordà). Les études préliminaires ont été lancées début 2026 ; l’objectif est une mise en service vers 2032.

Barcelone au cœur de la stratégie

Pour la capitale catalane, le dessalement n’est plus une solution d’urgence mais un outil structurel. La Llobregat alimente déjà une grande partie de l’agglomération. Les nouvelles infrastructures permettront de réduire drastiquement les prélèvements dans le Ter (qui traverse la Catalogne depuis les Pyrénées) et de soulager les nappes phréatiques du delta, fragilisées par des décennies de surexploitation.
Parallèlement, Barcelone accélère la régénération des eaux usées et la potabilisation du Besòs :

  • La station de la Trinitat (Barcelone) et celle de l’Estrella (Sant Feliu de Llobregat), gérées par Aigües de Barcelona, seront opérationnelles courant 2026.
  • Deux nouvelles potabilisatrices (Montcada i Reixac et Barcelone) et plusieurs régénérateurs (Granollers, La Llagosta, Mataró, etc.) sont programmés pour 2030.

L’objectif global du gouvernement catalan est clair : faire passer la part des ressources « non conventionnelles » (dessalement + réutilisation) de 33 % à 70 % d’ici fin 2027-début 2030. Un plan d’investissement de 2,3 milliards d’euros jusqu’en 2040 soutient cette ambition.

Défis et controverses

Le dessalement n’est pas sans critiques. Son coût énergétique reste élevé (même si les usines modernes récupèrent une partie de l’énergie via osmose inverse), et la gestion des saumures rejetées en mer exige une vigilance environnementale accrue. Des associations écologistes demandent que ces rejets soient dilués et surveillés, et que l’électricité provienne le plus possible de sources renouvelables.
Les retards administratifs et les incertitudes de financement entre Madrid et Barcelone rappellent aussi les difficultés de coordination entre l’État et la Généralitat.

Vers une Catalogne plus autonome face au climat

En ce début 2026, la Catalogne n’est plus seulement victime du changement climatique : elle se dote des outils pour y faire face. Grâce au dessalement, Barcelone et sa région métropolitaine disposent désormais d’une source d’eau quasi indépendante des précipitations. Si les projets Tordera II et Foix se réalisent dans les délais annoncés, la Catalogne deviendra l’un des territoires méditerranéens les plus avancés en matière de gestion de l’eau « made in sea ».

La prochaine sécheresse, inévitable, trouvera une région mieux préparée. Comme le résume Josep Lluís Armenter : « Nous avons éloigné la prochaine crise. Nous pourrions passer toute l’année 2026 sans restrictions. Mais nous ne baissons pas la garde : le dessalement est non seulement là pour rester mais aussi pour se développer.»

Le pari est lancé. Barcelone, ville méditerranéenne par excellence, mise désormais sur la mer pour étancher sa soif.

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