Il y a moins de 200 souffleurs de verre en France. Thibaut Nussbaumer est l'un d'eux. Depuis son atelier toulousain fondé en 2017, il a bâti une réputation d'excellence sur ce qu'aucune machine ne saura jamais reproduire : le souffle, le geste, la pièce unique.
Vous les avez peut-être déjà croisés, regardés, admirés sans savoir qui se trouvait derrière. Un luminaire suspendu dans un restaurant étoilé, une carafe posée sur une table de prestige, une sculpture qui capte la lumière dans un hall d’hôtel. Ces œuvres en verre soufflé ont un auteur : Thibaut Nussbaumer, artisan verrier et fondateur de l’atelier Tipii à Toulouse.
Un choix radical : tourner le dos à l’industrie
« Je suis déjà à 10 fois le prix d’IKEA », la formule de Thibaut Nussbaumer est directe et assumée. IKEA France affiche 3,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires et a investi près de 200 millions d’euros pour baisser les prix de près de 2 000 produits.
Face aux géants de l’industrie qui inondent le marché de produits standardisés à prix cassés, l’atelier Tipii a donc fait un choix radical : ne jamais les concurrencer. « Toute mon intelligence et mon expertise sont à l’exact opposé de ce que l’industrie ne sait pas faire », tranche-t-il. Ce que l’industrie ne sait pas faire, c’est précisément ce que Thibaut maîtrise : la création artistique, la fabrication sur-mesure, la pièce unique.
« Au-delà d’être souffleur de verre et designer, artiste, je suis avant tout entrepreneur », affirme-t-il. C’est cette double identité, portée par l’envie de défendre un métier-passion, qui a guidé chacun de ses choix.
Le verre soufflé sur-mesure, un marché que l’industrie ne peut pas toucher
Ce positionnement a naturellement orienté l’atelier vers une clientèle professionnelle haut de gamme. Si les deux premières années ont été consacrées à construire une base locale, la réalité économique s’est vite imposée.
« Ne s’adresser qu’aux particuliers locaux en faisant des petits objets, ce n’était pas pérenne. » Le marché des particuliers, par ailleurs, montre ses limites. « Les collections et le particulier, c’est un peu en perte de vitesse, en perte de potentiel », reconnaît-il sans détour.
Architectes, designers, restaurateurs étoilés : ce sont eux, désormais, qui constituent le cœur de l’activité. Résultat : 80 % du chiffre d’affaires est réalisé avec des professionnels, et le marché international représente entre 20 et 30 % des revenus selon les années.
Un vent nouveau souffle sur l’artisanat
En 2025, le retour des jeunes vers les métiers manuels est devenu une véritable tendance de fond. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2023, 203 000 jeunes ont suivi une formation en apprentissage dans l’artisanat, soit 36 % de plus en cinq ans.
Une étude OpinionWay de janvier 2025 révèle que 84 % des jeunes ont déjà pensé à faire d’une passion leur métier, et 50 % envisagent de se reconvertir vers un métier de l’artisanat. Une progression de 25 points par rapport à 2021.
Dans le milieu du verre soufflé, Thibaut Nussbaumer observe cette tendance depuis son atelier toulousain, avec un regard nuancé.
« J’ai eu cette sensibilité très tôt, ça fait bientôt 20 ans que j’ai appris ce métier. Donc je sens qu’il y a une tendance et une appétence pour tout ça. » Les demandes de stages se multiplient, et les ateliers d’initiation du samedi attirent des profils très variés : ingénieurs, cadres, personnes éloignées du monde manuel.
Thibaut y voit une mission autant qu’une opportunité. « Pour protéger, il faut aimer et pour aimer, il faut comprendre. » Faire entrer le public dans l’atelier, c’est sa façon à lui de garantir que ce savoir-faire ne disparaîtra pas en silence, transformant, semaine après semaine, des curieux en ambassadeurs d’un art qui ne demande qu’à survivre.
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