Saint-Étienne a donc basculé à gauche ce dimanche 22 mars 2026. À l’issue d’un second tour quadrangulaire très suivi, Régis Juanico, 53 ans, ancien député socialiste, a été élu maire de la ville avec 44,13 % des voix. Il devance nettement le candidat du Rassemblement national Corentin Jousserand (26,68 %), l’ancien député LR Dino Cinieri (18,75 %) et la candidate LFI Valentine Mercier (10,44 %).
La préfecture de la Loire tourne ainsi définitivement la page des deux mandats de Gaël Perdriau, marqués par des scandales à répétition (dont l’affaire de la « sextape ») et un sentiment de déclin ressenti par de nombreux Stéphanois.
À la tête de la liste d’union « Rassembler Saint-Étienne » (PS, EELV, PCF, Génération.s, Place publique et divers gauche, sans LFI), Régis Juanico a réussi là où beaucoup d’observateurs doutaient : rassembler une gauche divisée nationalement tout en refusant tout accord avec La France insoumise.
Son pari a payé. Dès le soir de l’élection, sur les marches de l’hôtel de ville, il a déclaré : « Ce sont les Stéphanois qui ont gagné. Nous avons tourné la page de ces années qui ont privé nos concitoyens de la fierté. »
Mais qui est Régis Juanico ?
Né le 5 février 1972 à Saint-Rémy (Saône-et-Loire), Régis Juanico est un pur produit de la social-démocratie stéphanoise. Député de la 2e circonscription de la Loire de 2007 à 2022 (PS puis Génération.s), conseiller départemental depuis 2021, il a aussi exercé comme consultant en politiques publiques sportives et lutte contre la sédentarité.
Son profil d’élu de terrain, proche des milieux associatifs et sportifs, et son refus constant des extrêmes lui ont permis de incarner un « nouveau pacte républicain » face à la montée du RN.
Le programme qui a fait la différence : « Mieux vivre à Saint-Étienne »
Le programme de la liste « Rassembler Saint-Étienne », chiffré et réaliste, s’articule autour de quatre axes structurants : sécurité et tranquillité publique, mobilités et cadre de vie, pouvoir d’achat et solidarité, et dynamisme économique et environnemental.
Contrairement à des promesses incantatoires, Juanico a misé sur des mesures concrètes, financées, et directement perceptibles au quotidien.
Trois thèmes ont particulièrement marqué les esprits et expliqué sa victoire :
La gratuité des transports STAS le week-end, mesure emblématique
Pour redynamiser un centre-ville qui a perdu 20 % de ses visiteurs en un an, Juanico propose la gratuité totale des transports en commun le samedi, puis potentiellement tout le week-end (coût estimé entre 3 et 5,68 millions d’euros selon les scénarios).
Cette mesure s’étendrait aussi aux moins de 18 ans, aux bénéficiaires de minima sociaux, aux usagers Handi’STAS, aux pics de pollution/canicule et aux grands événements.
Objectif affiché : « Ramener les gens en centre-ville » et lutter contre la désertification commerciale. Complété par un plan vélo ambitieux (réseau complet nord-sud-est-ouest, 500 Véliverts supplémentaires) et la généralisation de la zone 30, ce volet mobilités a séduit les électeurs lassés des embouteillages et de la voiture-roi.
Pouvoir d’achat et solidarité au quotidien
Le programme multiplie les gestes concrets :
- Gratuité des fournitures scolaires et des sorties pédagogiques en primaire ;
- Repas à 0,50 € dans les cantines scolaires ;
- Mutuelle communale ;
- Tarifs progressifs de l’eau ;
- Tiers payant énergétique pour accélérer la rénovation des logements modestes.
Ces mesures ont touché les familles et les classes moyennes, frappées par l’inflation et le sentiment d’abandon.
Sécurité, environnement et fierté retrouvée
Régis Juanico place la sécurité en tête de ses priorités : renforcement de la présence policière municipale dans les quartiers, médiation renforcée, brigade environnementale, et évaluation universitaire de la vidéosurveillance (350 caméras déjà en place).
Sur l’environnement, il promet 10 000 arbres plantés, la règle « 3-30-300 » (3 arbres visibles de chaque logement, 30 % de canopée, espace vert à 300 m maximum) et la réouverture des déchèteries le dimanche.
Enfin, pour le commerce et l’animation : animations populaires mensuelles (inspirées de la Sainte-Barbe), bons d’achat pour les 3 500 agents municipaux à dépenser en centre-ville, et opposition ferme à tout nouveau centre commercial en périphérie.
Pourquoi ce programme a convaincu ?
Après douze ans de gestion Perdriau perçue comme chaotique et clivante, les Stéphanois ont plébiscité un projet de rassemblement, de pragmatisme et de proximité.
Régis Juanico a su incarner à la fois la rupture (fin des scandales) et la continuité républicaine (refus du RN et de LFI). Son discours sur la « fierté stéphanoise » retrouvée – via le sport, la culture, le centre-ville vivant et une ville plus verte et accessible – a fait mouche dans une cité ouvrière marquée par la désindustrialisation.
Avec une opposition forte (RN en tête de l’opposition), le nouveau maire sait que le mandat sera exigeant. Mais dès son discours de victoire, il a posé le cap : « Nous allons travailler pour tous les Stéphanois, sans exception. »
Saint-Étienne entre dans une nouvelle ère. Celle d’un maire socialiste qui mise sur le concret plutôt que sur les postures. Les premiers arbitrages budgétaires et la mise en place de la gratuité des transports seront scrutés avec attention. Le « Chaudron » a choisi l’espoir et l’union.
Reste désormais à transformer l’essai.
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