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Calypso Reconneille
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Mardi 15 Septembre 2026 à 10:12

Le président de la Région Nouvelle-Aquitaine a tenu, ce vendredi 11 septembre 2026, sa traditionnelle conférence de presse de rentrée à l’EREA Le Corbusier, à Pessac. Entre bâtiment-démonstrateur, bilan d’un été de mégafeux et appel à accélérer l’adaptation, le message est politique autant que technique. Interview vidéo d’Alain Rousset.

Ce n’est pas un hasard si Alain Rousset a choisi l’Établissement régional d’enseignement adapté (EREA) Le Corbusier, à Pessac, en bordure de Bordeaux Métropole. 

La Région y a financé, à hauteur de deux millions d’euros, un atelier des métiers des espaces verts inauguré le 1er septembre : structure et bardage en bois néo-aquitain, cloisons en paille essentiellement charentaise, enduits à la chaux de Dordogne. 

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Seule la dalle est en béton. « On peut s’en servir de démonstrateur », avait déjà glissé le président de Région lors de l’inauguration. Ce vendredi, il a repris le même fil. 

« Un bâtiment bioclimatique a été construit, avec de la paille, de la chaux et du bois. Les températures restent confortables à l’intérieur, même en cas de forte canicule. C’est ce qu’on essaie d’expérimenter avec la commande publique. Ce sont des constructions adaptées au réchauffement climatique. » 

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Le propos dépasse le chantier pessacais. 

Pour Alain Rousset, la climatisation « règle un problème interne, mais aggrave ce qu’il se passe à l’extérieur ». Et d’ajouter, sans détour : « la France est en retard ». Il faut, selon lui, raisonner désormais à l’aune de ce qui « va se répéter dans les années à venir ».« Retarder les transitions, c’est demain mettre en péril la vie future »

La formule résume la ligne de cette rentrée. La veille encore, jeudi 10 septembre, la Région lançait Néo Terra Adapt, dans le cadre du projet européen Pathways2Resilience, à l’occasion d’un séminaire consacré à l’adaptation des bâtiments. 

L’atelier de l’EREA sert d’illustration concrète : matériaux biosourcés locaux, inertie thermique, commande publique utilisée comme levier d’expérimentation. Le diagnostic n’est pas seulement régional. 

Alain Rousset

La Cour des comptes a récemment souligné le « retard préoccupant » de la France en matière d’adaptation, estimant que le coût de l’inaction dépasse largement celui de la transition. Alain Rousset inscrit sa collectivité dans cette brèche : construire autrement, former autrement, et cesser de traiter la canicule comme une parenthèse. 

Après l’été des feux, l’économie et le tourisme sous tension

Cette rentrée s’ouvre aussi sur le bilan d’un été hors norme. À partir du 22 juillet, une série d’incendies a parcouru le massif des Landes de Gascogne, principalement en Gironde et dans les Landes. Au total, environ 47 000 hectares de forêt ont brûlé, dont quelque 42 000 hectares en Gironde. 

Plus de 220 000 personnes ont été évacuées côté girondin ; des centaines de bâtiments ont été détruits. Aucun civil n’est mort, mais des dizaines de sapeurs-pompiers ont été blessés. Les conséquences économiques dépassent le périmètre des flammes. L’État a recensé environ 15 000 entreprises évacuées en Gironde, et près de 4 000 dans les Landes. 

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France Assureurs évoque quelque 25 000 sinistres et un coût de l’ordre de 500 millions d’euros pour les seuls incendies de Gironde, des Landes et du Var. Le tourisme a payé un tribut immédiat : annulations massives, y compris hors zones brûlées, après les consignes de ne pas se rendre en Gironde au plus fort de la crise. Alain Rousset avait déjà plaidé, début août, pour que « les touristes continuent de venir ». 

Mi-août, à Mérignac, il avait aussi demandé au Premier ministre Sébastien Lecornu une base permanente de bombardiers d’eau en Nouvelle-Aquitaine, estimant que les moyens aériens ne peuvent plus reposer sur des renforts ponctuels. La rentrée de vendredi prolonge cette exigence : la Région ne veut plus gérer les feux uniquement dans l’urgence, mais comme un risque structurel. 

Vers une demande de solidarité européenneFace à l’ampleur des pertes, l’exécutif régional travaille à un dossier pour le Fonds de solidarité de l’Union européenne (FSUE). Pour l’activer, il faut démontrer que les dommages atteignent un seuil élevé — dans les calculs avancés par la Région, autour de 1,93 milliard d’euros, soit l’équivalent d’environ 1,5 % du revenu national brut considéré à l’échelle du territoire. Le chiffrage n’est pas clos. 

Il agrège forêts, entreprises, tourisme, infrastructures et pertes d’exploitation.Le gouvernement a déjà annoncé des aides d’urgence aux collectivités sinistrées, du chômage partiel, des assouplissements fiscaux et une campagne de reconquête touristique cofinancée. Alain Rousset, lui, insiste sur un autre étage : l’Europe, et surtout un changement de doctrine nationale. 

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Retarder l’adaptation des bâtiments, de la forêt, de l’eau et de l’appareil productif reviendrait, selon sa formule, à « mettre en péril la vie future ».Une rentrée sous contrainte budgétaireLe décor politique n’est pas anodin. La Région, plus vaste de France, navigue depuis deux exercices dans un budget contraint, après des prélèvements de l’État sur les recettes régionales. 

Alain Rousset continue de se définir comme un « Sisyphe de la décentralisation » : selon lui, la centralisation « produit du désordre et de la colère, non du progrès », alors que l’adaptation climatique se joue d’abord dans les territoires. 

En choisissant un lycée adapté plutôt que l’hôtel de Région, le président socialiste a voulu montrer un geste plutôt qu’un discours. Un atelier en paille, en chaux et en bois, occupé par des élèves en difficulté, devient l’argument : la commande publique peut déjà construire pour un climat qui n’est plus celui d’hier. 

Reste à savoir si l’État, et l’Europe, suivront au rythme que la Nouvelle-Aquitaine dit désormais imposer par les faits — ceux de l’été 2026.

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