Il est clair que toutes les dernières décisions montrent que la capitale régionale du Languedoc Roussillon pèse de peu de poids face à Toulouse. Mais au final, faut-il vraiment s’en étonner ?
La mémoire révèle parfois quelques surprises comme seule l’histoire peut en réserver. Il n’y a pas si longtemps, juste quelques décennies, le Languedoc (qui n’était pas encore région administrative) possédait deux pépites : Béziers et sa puissance viticole et Nîmes pour son héritage industriel. Montpellier n’était alors qu’une modeste cité dont l’unique richesse était constituée par son université.
La décentralisation des grandes administrations de l’Etat et l’avènement du territoire régional ont fait de Montpellier le nouveau phare administrativo-économique, au détriment des deux autres villes. La lumière venait de la nouvelle capitale régionale poussée par Georges Frêche. Nîmes et Béziers amorçant alors un repli qui ne cesse de durer depuis.
Est-ce ce même scénario que Montpellier est entrain de vivre à la faveur d’une tournure identique de l’histoire, avec l’avènement de la nouvelle grande région ?
Il est hélas fort probable. Montpellier s’habillera-t-elle des mêmes habits nîmois et biterrois face à Toulouse ? C’est le chemin qui semble, encore hélas, être pris.
Même si on nous dit que rien n’est encore officiel, les premiers signes donnés par le Gouvernement tendent à le confirmer. Il suffit de prendre acte de toutes les nominations. Même si celles-ci relève officiellement du provisoire, du transitoire, elles n’en donnent pas moins une sérieuse indication sur les tendances à venir.
Qui a été désigné pour assurer la transition administrative de l’Etat ? Pascal Mailhos, le préfet de la Région Midi-Pyrénées. Qui, le ministère de l’Education nationale a désigné pour gérer la transition en matière d’éducation ? La rectrice de l’académie de Toulouse, Hélène Bernard. Qui, le ministère de la Santé a choisi pour assurer la même mission de « préfiguration » de la future grande région dans son domaine de prédilection ? Monique Cavalier, la directrice de l’Agence régionale de santé de Midi-Pyrénées. Qui sera le directeur régional de Pole Emploi ? Le directeur de Pole Emploi Midi-Pyrénées.
Mais même, au niveau des Partis politiques et des candidats choisis, ceux du Languedoc-Roussillon n’ont pas pesé lourd. Pour le PS, c’est Carole Delga qui a été choisi et Dominique Reynié pour l’UMP-UDI face à Stephan Rossignol le Maire de La Grande Motte.
Et attention, au niveau des CCI, c’est une certitude, ce sera la CCI Midi-Pyrénées qui sera la CCIR et son président sera Alain Di Crescenzo, président aussi de la CCI de Toulouse. La messe est dite.
Et si l’on porte un regard logique et honnête, c’est la justesse du jugement qui semble l’emporter. Car, en effet, que pèse Montpellier vis-à-vis de Toulouse ?
La puissance économique de cette dernière peut-elle être contrariée par le paysage économique de la première ? Certes, non. Toulouse et son empire aéronautique ont le dessus de manière incontestable. Certes, Montpellier se découvre des pépites dans le domaine du numérique.
Mais quel poids peut prétendre ce secteur, dans une agglomération qui, depuis quatre ou cinq décennies n’a pas su de construire une véritable identité sur le plan économique forte et lisible ? Certes, la croissance démographique et l’hédonisme constituent une richesse. Mais que pèsent-ils face à Toulouse ?
Puisqu’il est l’heure de faire les bilans, faisons-le.
Qu’ont fait les élus politiques successifs pour développer le Languedoc Roussillon ? A vrai dire pas grand-chose. On s’en rend compte aujourd’hui, leurs querelles incessantes, leurs volontés à vouloir préserver à tout prix leur pré carré de pouvoir, ont empêché la région de décoller. Les élus régionaux sont tous allés de leur petite musique sur la place que devra avoir le Languedoc-Roussillon, demain.
Mais le problème reste toujours le même : chaque partition est jouée en solo. A-t-on vu les élus régionaux de tous bords politiques monter au créneau comme un seul homme ? Non. Tout simplement parce que la culture politique développée avec la régionalisation n’a jamais inscrit ce type de comportement dans ses gènes.
Le nouvel échec récent à la manne financière de l’Idex a une nouvelle foi apporté la preuve des insuffisances. Insuffisances auxquels il convient également d’inclure, parmi les responsables, les responsables universitaires, incapables, pour les mêmes raisons d’ego et de défense du pré carré que les hommes politiques, de constituer un front uni. Les querelles autour de la fusion des universités a été un très mauvais message envoyé à l’extérieur.
Et puis, comme un symbole, Toulouse s’apprête à gober toute crue Montpellier aussi dans le domaine des médias. Après avoir longtemps espéré prendre le contrôle de Midi Libre, déjà du temps de l’historique PDG Maurice Bujon, Jean-Michel Baylet, le patron de La Dépêche, arrive à ses fins. Et cette fois, il n’y plus qu’à ramasser le fruit mûr et le placer délicatement dans son escarcelle. La faiblesse de Midi Libre illustre tout simplement la faiblesse économique de la région. Et quel meilleur pied de nez que cette prise de contrôle, dans une sorte de préambule au scénario de la grande région qui se dessine.
Et qui fera de Toulouse la capitale. Il n’y a que ceux qui font semblant de ne pas le voir qui se déclareront surpris. Les trains ne repassent pas deux fois….Et c’est bien triste.
Karim Maoudj / Denys Bedarride
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1)Réaction de Jean-Paul Volle, géographe-Professeur à Paul Valery Montpellier III :
» En réaction au dernier article. Ok , d’accord sur les grandes lignes, mais c’est l’Etat qui mène la barque et a fait prévaloir sa vision des régions.
GF avait su dresser sa parole et ses actes contre l’Etat tout puissant, allant même jusqu’a provoquer le recul de celui-ci et donc affirmer la place de Montpellier.
Rappelez-vous au début des années 70, Montpellier n’est pas classée métropole d’equilibre malgré F Delmas pourtant au gouvernement. Aujourd’hui la classe politique régionale à foncé (amitié que ne fait-on en ton nom!!), fait silence ou crié dans le désert, sans grand soutien. Les Toulousains ne sont ni responsables, ni coupables.
C’est ici, chez nous qu’il faut rechercher les faiblesses politiques et les rancunes envers Montpellier expliquent peut être les silences. Car la région géographique ne perdra pas grand chose, Montpellier beaucoup.
J’ai « hurlé » au printemps dernier, mais il n’y avait pas grand monde. Je crains que l’avenir soit sombre car l’Etat a tout préparé et ce ne sont pas les voyages à Paris qui changeront la donne. Frêche est mort, Paris se venge! Toutes mes excuses pour ce cliché un peu réducteur!!
Bien cordialement «
2)Réaction de Michel Crespy, politologue, professeur à l’Université Paul Valery. Ancien directeur de Cabinet de Gerard Saumade
» Je suis tout à fait d’accord avec votre article et analyse même si je serais un peu moins sévère sur les responsabilités locales.
L’Etat veut un développement articulé autour de 5 ou 6 Metropoles et Montpellier même parfaitement unie ne faisait pas le poids de toute facon.
Et, pardon Jean-Paul Volle, Georges Frêche vivant n’y aurait rien changé. C’était la Grande Région qu’il fallait empêcher à tout prix.
Celle-ci adoptée, la messe était dite. On peut en vouloir beaucoup à nos députés qui n’ont pas été clairvoyants »
3)Réaction de Catherine Bernié-Boissard, Géographe, Conseillere municipale de Nîmes
» Et Nîmes dans la grande région ?
Les uns lancent « l’appel de Montpellier ». Les autres envisagent un partage du gâteau entre les deux métropoles. Et on laisse au seul candidat déclaré de la droite, le politologue Dominique Reynié, le soin de parler de … Nîmes.
Cette méthode est détestable. Elle reproduit les erreurs des années 1970 : la capitale languedocienne absorbant l’essentiel des institutions régionales. Les citoyens étant réduits au rôle de spectateurs. Plutôt que de placer le match entre les deux grandes villes, allons sur le terrain d’une région véritablement multipolaire. Redessinons la cartographie des services publics – santé, enseignement, transports, culture …etc – en fonction de la proximité et de l’efficacité. Comme dans une équipe sportive, jouons solidaire ! «
4)Réaction de Jean-Jacques Pons Conseiller régional UDI Languedoc-Roussillon
Les différents acteurs politiques socialistes viennent de décréter l’état d’urgence pour notre région Languedoc-Roussillon absorbée dans la future grande région.
Le départ du colloque,selon la presse, des élus de gauche démontre leur désintérêt et leur désinvolture pour le monde de l’entreprise pourtant créateur d’emploi.

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