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Provence Alpes Côte d’Azur : Quelle est la situation économique et celle de l’emploi ? Analyse
Par Denys Bédarride publié le 02 NOV 2020 à 08:52
Après la chute brutale d’activité liée au confinement, l’économie régionale s’est rétablie progressivement dès le mois de mai, sans pour autant retrouver à la fin septembre le niveau d’avant-crise. Certains services marchands, surreprésentés en Provence-Alpes-Côte d’Azur, restent largement en deçà de leur niveau habituel d’activité en septembre. L’activité régionale serait encore en retrait de 4,5 % par rapport à la normale. Les déclarations préalables à l’embauche indiquent une reprise progressive des embauches hors intérim mais en août elles restent moins nombreuses que l’année précédente. Analyse avec l’INSEE.

Fin juin, les mesures d’activité partielle bénéficient encore à plus de 7 % des salariés, ce qui limite la baisse de l’emploi. Cette baisse est un peu moins importante que lors du trimestre précédent, avec un rebond de l’emploi intérimaire. Elle reste marquée sur les activités dépendant de la fréquentation touristique .

En dépit de la reprise post-confinement, le niveau d’activité reste à –5 % en septembre

Suite à la crise sanitaire due à l’épidémie de Covid-19, l’économie française s’est brutalement repliée durant la période de confinement. En avril 2020, l’activité économique dans la région était inférieure d’environ 30 % par rapport à une situation « normale », en faisant l’hypothèse que les branches d’activité ont été affectées avec la même intensité qu’au niveau national. Cette perte d’activité était encore estimée à 18 % en mai, puis s’est progressivement réduite et serait revenue à environ 5 % en septembre.

À partir de juin, l’industrie, la construction et les services marchands se sont redressés. Au mois de septembre, la baisse d’activité par rapport à la normale y est inférieure à 5 % au niveau national. Toutefois, certains secteurs restent en difficulté : dans l’hébergement-restauration, la perte d’activité serait encore de 23 % au mois de septembre. Dans les transports et les services aux particuliers, les niveaux d’activité nationaux restent très diminués (respectivement –20 % et –17 % en septembre).

Les dépenses par carte bancaire revenues rapidement à leur niveau de 2019

Après avoir fortement baissé pendant le confinement, les montants des transactions par carte bancaire en Provence-Alpes-Côte d’Azur dépassent ceux de 2019 dès la semaine du 1er juin, puis tout au long de l’été. Cela reflète en partie le rebond des achats, mais également des changements de comportement, liés à l’augmentation du plafond des montants autorisés pour le paiement sans contact ou encore à l’application de « mesures barrières ».

Depuis la fin du deuxième trimestre, la croissance des transactions par carte bancaire par rapport à 2019 est légèrement supérieure dans la région par rapport au niveau national, en particulier dans les départements alpins.

Les embauches reviennent à une situation normale

Premier levier d’ajustement de l’emploi pour les employeurs, la réduction des embauches s’atténue au cours de l’été. Les embauches dans la région, au plus bas au mois d’avril, se rapprochent peu à peu du niveau de l’an dernier sans encore l’atteindre. Au mois d’août, le nombre de déclarations préalables à l’embauche est encore inférieur à celui d’août 2019 (–11 %).

La situation est encore plus défavorable dans les Alpes-Maritimes, où le nombre de déclarations était encore inférieur de 47 % en juin, habituellement période de fortes embauches saisonnières, par rapport à leur niveau de 2019. À l’inverse, dans les Hautes-Alpes, la situation est proche de celle de l’an dernier depuis le début de l’été.

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A fin juin, l’activité partielle amortit encore les effets du choc sur l’emploi

Le dispositif de l’activité partielle a permis de limiter les destructions d’emplois. Le recours à ce dispositif diminue toutefois à partir du 1er juin. Cette date marque la fin du financement complet des indemnités par l’État et l’Unédic dans la majorité des secteurs.

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, 7 % des salariés sont en activité partielle et 2 % en arrêt maladie à la fin du mois du juin, tous secteurs confondus. Le recours à l’activité partielle est plus fréquent dans les services marchands, plus touchés par la baisse d’activité (près de 10 % fin juin).

En particulier, le secteur de l’hébergement-restauration est particulièrement touché et bénéficie du prolongement des mesures de soutien. En juin, près de la moitié des entreprises ont recours à ces mesures, et 25 % des salariés de ce secteur sont encore au chômage partiel.

Dans les Alpes-Maritimes, un salarié sur dix est en situation d’activité partielle à la fin du mois de juin, part plus importante que dans les autres départements de la région.

L’emploi baisse moins qu’au premier trimestre, grâce au rebond de l’intérim

La très forte baisse de l’activité ne s’est pas traduite par un repli de même ampleur de l’emploi. Au deuxième trimestre 2020, l’emploi salarié recule de 1,4 % en Provence-Alpes-Côte d’Azur, contre –0,9 % au niveau national.

La région perd 25 000 postes ce trimestre (après 38 000 au trimestre précédent) et atteint son niveau d’emploi le plus bas depuis la fin 2016. L’emploi salarié privé se replie moins fortement qu’au premier trimestre (–1,5 % après –2,6 %). À l’inverse, l’emploi est en net recul dans le secteur public (–1,1 % après –0,2 %).

Au deuxième trimestre, l’intérim est le seul secteur à rebondir significativement. L’emploi se redresse nettement (+35 %), sans toutefois rattraper la chute historique du trimestre précédent (–41,4 %). On compte toujours 10 000 intérimaires de moins qu’avant la crise sanitaire.

La construction fait également figure d’exception : les effectifs augmentent un peu au deuxième trimestre (+0,6 %), effaçant la faible baisse du premier trimestre (–0,6 %). Cela s’explique par le recours très important aux intérimaires dans ce secteur, qui ont largement absorbé le choc d’activité dans le bâtiment. Les destructions d’emplois en CDD ou CDI ont été limitées par les dispositifs d’activité partielle.

Dans tous les autres secteurs, la crise sanitaire produit pleinement ses effets sur l’emploi et la baisse des effectifs accélère au deuxième trimestre.

Aussi, dans le tertiaire marchand (hors intérim), près de 28 000 postes sont supprimés (−3,1 %), une baisse beaucoup plus marquée qu’au niveau national (−1,9 %). Ce décrochage s’amplifie par rapport au premier trimestre (–1,6 %), notamment en raison de la forte diminution des effectifs dans l’hébergement-restauration (–12 500 emplois, soit –11,4 %).

Outre l’hébergement-restauration, la baisse des effectifs s’accentue dans la plupart des activités tertiaires (hors intérim). Le reflux atteint 4 500 postes dans le commerce, 3 700 postes dans les autres activités de service, 3 300 postes dans les activités scientifiques, techniques et les services administratifs et de soutien, ou encore 2 400 dans le transport- entreposage.

Dans l’industrie hors intérim, les destructions nettes d’emplois se poursuivent également (–0,8 % après –0,4 % au trimestre précédent), dans les mêmes proportions qu’au niveau national. Ce recul varie selon les activités industrielles. C’est dans la fabrication de denrées, boissons et tabacs qu’il est le plus fort (–2,0 %).

Le secteur non marchand, qui avait relativement bien résisté au premier trimestre (−0,1 %), réduit ses effectifs de façon beaucoup plus marquée (–1,0 %). Seul l’emploi dans le secteur des activités pour la santé humaine augmente (+0,8 %).

Au niveau départemental, les situations sont assez diverses. Dans le Var et le Vaucluse, la baisse est similaire à celle du premier trimestre, alors que l’emploi diminue moins rapidement dans les Bouches-du-Rhône (–0,7 % après –1,9 %) et les Hautes-Alpes (–1,3 % après –2,2 %).

En revanche, dans les Alpes-Maritimes, la situation de l’emploi reste dégradée (–2,7 % après –2,4 %). C’est notamment le fait de l’emploi intérimaire, qui avait fortement chuté au premier trimestre (–47,2 %), et qui se rétablit beaucoup moins vite que dans les autres départements (+20,2 %, contre +34,9 % au niveau régional).

De même, l’emploi tertiaire marchand est en baisse plus marquée qu’au niveau régional. En particulier, les effectifs dans l’hébergement-restauration se réduisent de 15 % au second trimestre, soit 5 100 postes en moins.

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Forte hausse de la demande d’emploi au deuxième trimestre

Dans ce contexte, le nombre de demandeurs d’emploi s’accroît vivement en Provence-Alpes-Côte d’Azur. En moyenne, 520 350 personnes étaient inscrites chaque mois à Pôle emploi dans les catégories A, B ou C, en hausse de 8,1 % par rapport au trimestre précédent. En juillet, le nombre d’inscrits fléchit toutefois légèrement (–1,4 % sur un mois, figure 10).

Le nombre d’inscrits dans la catégorie A, qui regroupe les demandeurs n’ayant pas travaillé dans le mois, reflue depuis la fin du mois d’avril. Toutefois les inscrits en catégories B et C, qui ont travaillé dans le mois, sont plus nombreux depuis la fin du confinement. Entre avril et juillet, la baisse du nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A correspond exactement à la hausse des catégories B et C (54 000) .

Les départements des Alpes-Maritimes et du Var ont été particulièrement touchés par la hausse du nombre de demandeurs d’emploi depuis le début de la crise sanitaire : respectivement +16 % et +11 % d’inscrits à fin juin par rapport à fin février, contre +9,9 % au niveau régional. La tendance s’inverse en juillet : dans ces deux départements, la baisse est plus marquée (–1,9 % dans les Alpes-Maritimes pour les catégories A, B et C par rapport à fin juin et –2,3 % dans le Var).

En France métropolitaine, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits dans les catégories A, B et C augmente de 6,7 % au deuxième trimestre. Ce nombre commence à diminuer fin juillet (–0,9 % par rapport à fin juin).

Baisse continue des créations d’entreprises

Le nombre de créations d’entreprises diminue encore au deuxième trimestre, dans la région comme en France. Depuis un an, 15 940 entreprises ont commencé une activité en Provence-Alpes-Côte d’Azur, une baisse de 15 % au deuxième trimestre et de 27 % par rapport à fin 2019.

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