3 octobre 2015. Un samedi soir que peu d’Azuréens pourront oublier. Le ciel s’est littéralement déchainé. Il est tombé, en 2 heures, autant de pluie qu’en 2 mois. A Mandelieu, Cannes, Antibes, Biot, Vallauris, l’impensable s’est produit, faisant 20 m
Pauline LACHKAR ne se plaint pas. Dans son malheur, elle connaît sa chance. Elle est la responsable d’AGL Marine, une entreprise située à Cannes la Bocca, spécialisée dans la peinture pour bateaux. « Les bouches d’égout se sont toutes soulevées.
Il y avait de la boue partout. Il a fallu nettoyer nos 3.500m2 ! On a fait ça le dimanche avec une quinzaine de collaborateurs, quand ils n’avaient pas eux-mêmes des dégâts chez eux. 80% des ordinateurs étaient HS. Mais il fallait ouvrir dès le lundi matin.
Pas le choix. On a des clients partout, des commandes à honorer, à expédier à Marseille, dans le Languedoc… »
Au total, plusieurs centaines de milliers d’€ de dégâts. Reste encore à trier, jeter, repeindre les bureaux (refaits à neufs 2 mois plus tôt !), enlever le parquet moisi, réinstaller l’électricité… avant que tout le monde puisse réintégrer normalement son poste.
« Pendant qu’on nettoie, qu’on trie, qu’on répertorie, on ne fait pas autre chose! Il faut avancer sur nos fonds propres. Les aides sont arrivées un mois et demi après. »
Conséquences, l’entreprise a dû reporter l’ouverture d’une agence à Lorient.
A Antibes, c’est le premier centre touristique de la Côte d’Azur qui a été dévasté : Marineland (PHOTO) (1,2 millions de visiteurs annuels) sera fermé « au moins » jusqu’à fin janvier 2016.

Non loin de là, l’emblématique Verrerie de Biot a pu rouvrir sa boutique deux semaines plus tard, avec une partie du stock qui n’avait pas été endommagée. Rester accessible au public, aux touristes coûte que coûte (elle accueille 700.000 visiteurs par an), c’est une question de survie.
Mais la production, elle, ne reprendra pas avant des mois. Les fours ont été détruits par l’eau et la boue. 4,5 millions d’euros de dégâts au total. « Tout est reporté dans six mois : charges sociales, prêts bancaires, impôts», explique Anne Lechaczynski, co-gérante des lieux. « Mais dans six mois, il va falloir voir comment je peux rembourser et ce que je peux rembourser.»
Aujourd’hui encore 1.100 entreprises sont toujours sinistrées, ainsi réparties :
- 700 entreprises sur le bassin Cannes-Mandelieu-le Cannet
- 350 entreprises sur le bassin Biot-Antibes-Sophia Antipolis
- 50 entreprises sur le territoire de la Métropole Nice Côte d’Azur
Cela ne représente pas moins de 69M€ de dégâts (hors pertes d’exploitation estimées à 14M€) Ces chiffres, que nous a communiqué la CCI Côte d’Azur, ont dû être revus à la hausse… et le seront sans doute encore.
Quid des petits commerçants et des artisans ?
« Pour l’heure, on n’a pas dénombré les entreprises qui n’ont pas encore rouvert », explique Claude Tardy, directeur général de la CCI Côte d’Azur. « Tout dépend encore des expertises, des assurances, de l’âge des dirigeants plus ou moins proches de la retraite. »
« Il y a eu la période catastrophe et maintenant, c’est la période de remise en ligne droite. Mais c’est tout aussi compliqué », confirme Claude Batel, élu à la CCI et Président de la Fédération des Boulangers 06. « Il y a des procédures qui traînent. Certaines assurances et banques se montrent inflexibles. Et pendant ce temps, des salariés sont en attente et la période des fêtes est cruciale.»
Le secteur de la boulangerie a été particulièrement touché, notamment dans le centre-ville de Cannes. Les laboratoires, où est fabriquée la marchandise, sont souvent en sous-sol. Certains commerçants et artisans ne se remettront jamais de cette période d’inactivité pendant laquelle ils n’ont que leur trésorerie, quand ils en ont de côté, pour survivre.
« Les entreprises déjà fragiles n’ont pas survécu. Elles sont déjà passées devant le Tribunal de commerce pour liquidation », précise Claude Batel.
Les plus chanceux peuvent espérer rouvrir au printemps.

Appel à la solidarité
4,5M€ d’aides ont été attribués depuis ce jour d’octobre. Des aides directes de la CCI, de la Chambre des métiers, des collectivités locales, du département… Il s’agit surtout d’aides au redémarrage, surtout auprès des petites entreprises, des artisans, commerçants. Mais il faut tenir sur la durée.
De grandes entreprises comme Amadeus ou Galderma (basées à Sophia Antipolis), de même que… la Direction des Impôts ont mis la main aux porte-monnaie. 120 ordinateurs avaient ainsi pu être distribués dans les jours suivant la catastrophe.
« Le meilleur soutien aux entreprises, c’est de consommer LOCAL », insiste Claude Tardy « Nous avons lancé une campagne pour inciter les habitants et les touristes à consommer Côte d’Azur ».
Etre solidaire. Et ce, au-delà de la période stratégique des fêtes de fin d’année. Dans un contexte déjà lourd post attentats, élections, concurrence d’internet… les entreprises sinistrées se sentent oubliées. L’actualité est déjà passée à autre chose.
70% des enveloppes d’aides ont déjà été attribuées. Il reste pourtant tant à faire, à reconstruire, pour enfin redémarrer.
L’opération de Crowdfunding, PHOTO lancée par la CCI Côte d’Azur avec la Fondation Sophia Antipolis n’a permis de récolter que 14.000 euros, alors qu’ils en visaient au moins 50.OOO !
Pour faire un don (déductible des impôts pour les particuliers et les entreprises) : www.cote-azur.cci.fr jusqu’au 31 décembre.
A CANNES :
- montant des dégâts : 40 millions d’euros
- Il reste encore 32 ménages à reloger.
A MANDELIEU
- 17M€ de dégâts
- 50 familles restent à reloger
A BIOT
- 5 M€ dégâts
- 14 familles restent à reloger

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