Le baromètre semestriel de la CCI Auvergne-Rhône-Alpes, publié en septembre 2026, confirme un climat des affaires très dégradé pour les TPE et PME de la région. Enquête réalisée du 25 juin au 25 juillet 2026 auprès de 367 entreprises représentatives de l’industrie, du BTP, du commerce et des services, elle dresse le portrait d’un tissu économique fragilisé : activité peu dynamique, coûts en hausse, marges en recul et trésoreries sous pression.
Le chiffre le plus marquant est celui des difficultés de trésorerie : 39 % des TPE-PME en rencontrent, soit 9 points de plus en six mois. Parmi elles, 11 % se disent en situation très difficile. « 2026 est plus compliquée que prévu pour nos petites PME », résume une TPE du transport de fret en Isère.
Philippe Guerand, président de la CCI de région, ne s’étonne pas de ces résultats. « Sans surprise, notre baromètre semestriel confirme le contexte très difficile qu’affrontent nos entreprises, tout particulièrement nos TPE et PME. Leur activité manque toujours de vigueur alors même qu’elles enregistrent une hausse de leurs coûts. La conséquence mécanique se traduit par une baisse des marges et une dégradation des trésoreries. »
La guerre au Moyen-Orient apparaît comme un facteur déclenchant majeur. Les quelques signaux d’apaisement de la première phase du conflit n’ont pas duré. Le cours du baril, autour de 60 dollars en début d’année, a oscillé entre 80 et 100 dollars, voire 120 dollars après le déclenchement des hostilités. En France, les prix à la pompe ont souvent dépassé 2 euros le litre. Mais le président de la CCI insiste : ces chocs externes frappent d’autant plus fort un tissu déjà affaibli par une croissance faible et par les conséquences concrètes du réchauffement climatique.
Un bilan d’activité nettement défavorable
Au premier semestre 2026, 43 % des TPE-PME déclarent un chiffre d’affaires en baisse sur un an. Pour 16 % d’entre elles, le recul dépasse 10 %. Près d’un tiers des entreprises affichent une stabilité et seulement un quart une progression. Le solde d’opinion (part en hausse moins part en baisse) s’établit à -18, plus dégradé qu’il y a un an (-11).
La taille de l’entreprise joue un rôle déterminant. Le solde atteint -28 pour les TPE, -19 pour les structures de 10 à 49 salariés et seulement -2 pour les PME de 50 salariés et plus.
Les écarts sectoriels sont marqués. Les soldes les plus négatifs concernent le tertiaire supérieur hors numérique (-42), l’hébergement touristique et la restauration (-33) et le BTP (-29). Dans les deux premiers secteurs, une majorité d’entreprises enregistrent une baisse de CA. Le commerce de détail (-19) et l’industrie (-12) se situent dans la moyenne. Les situations les moins défavorables concernent les entreprises exportatrices (-3), le commerce de gros (équilibre), le transport-logistique et le numérique.
Marges en berne, pression sur les prix
Les marges subissent une pression encore plus forte. Parmi les entreprises en mesure de se prononcer, 71 % déclarent une baisse de marge au premier semestre. Le solde d’opinion atteint -42. L’hébergement-restauration et le commerce de détail sont les plus touchés. La remontée des prix des carburants n’est pas le seul facteur : matières premières, composants et prestations de services pèsent également. « C’est compliqué de travailler quand le prix de la matière première a doublé », témoigne une PME de la plasturgie dans l’Ain.
Dans ce contexte, une TPE-PME sur deux prévoit une hausse de ses prix de vente en 2026, dont 30 % une augmentation supérieure à 2 % (contre 25 % un an plus tôt). Selon les projections de la Banque de France de juin 2026, l’inflation totale en France devrait s’établir à 2,5 % cette année. L’industrie se distingue : près des trois quarts des entreprises du secteur prévoient une hausse, dont 43 % au-delà de 2 %. Les entreprises exportatrices sont 56 % à envisager une hausse tarifaire. À l’inverse, le tertiaire supérieur hors numérique et l’hébergement-restauration restent plus prudents.
Certaines entreprises se trouvent dans une impasse : 13 % de celles qui ont vu leur marge reculer prévoient malgré tout une baisse de leurs tarifs, notamment dans le BTP et le commerce de détail.
Les difficultés de trésorerie sont particulièrement fréquentes dans le commerce de détail (51 %) et l’hébergement-restauration (49 %), ainsi que chez les TPE (45 %). Les trois premières causes identifiées sont l’insuffisance de chiffre d’affaires, l’augmentation des charges courantes et une marge insuffisante. L’industrie, le commerce de gros, le transport et le numérique sont davantage confrontés aux retards de paiement.
Perspectives du second semestre : peu d’optimisme
Les prévisions personnelles d’activité restent moroses. La situation la plus fréquente est une baisse attendue par rapport au second semestre 2025 (38 % des entreprises), devant la stabilité (31 %) et la hausse (20 %). Le solde d’opinion demeure à -18.
L’industrie (-8) et le BTP (-13) affichent toutefois un redressement relatif. Le commerce de gros et le transport-logistique présentent un solde légèrement positif. Les entreprises exportatrices voient leur solde quasiment à l’équilibre, même si leurs perspectives globales sont meilleures que leurs seules perspectives à l’export.
Là encore, la taille compte : le solde atteint -33 pour les TPE, -14 pour les 10-49 salariés et +3 pour les PME de 50 salariés et plus, dont un tiers prévoit une hausse d’activité.
Le manque de confiance dans la situation économique générale revient à un niveau record : 81 % des TPE-PME l’expriment (dont 54 % « plutôt pas confiantes »), en hausse de 7 points en six mois. Par ailleurs, 60 % considèrent que le risque de défaillances dans leur environnement économique est élevé. « Beaucoup de clients ont fermé », constate une PME de plus de 50 salariés du nettoyage dans la Drôme.
Les freins au développement
Seulement 10 % des TPE-PME déclarent ne rencontrer aucun frein à leur développement. Les deux obstacles les plus cités sont le manque de vigueur de l’activité (44 %) et le niveau des coûts hors salaires et taxes (41 %), ce dernier en hausse de 12 points en six mois. Ce second frein reste toutefois en deçà du pic de 2022, après le déclenchement de la guerre en Ukraine.
Le niveau des coûts pèse particulièrement dans le transport-logistique (cité par deux tiers des entreprises), le BTP (50 %) et l’hébergement-restauration (53 %). Le niveau des salaires est mentionné par 14 % des entreprises.
Les difficultés de recrutement continuent de reculer : 26 % des TPE-PME les citent, soit deux fois moins qu’au pic de 2022-2023. La complexité et l’instabilité réglementaire restent au quatrième rang (une entreprise sur cinq). Ce frein atteint 42 % dans le tertiaire supérieur, 27 % dans le BTP et 26 % chez les exportateurs.
Parmi les freins spontanément évoqués figurent la situation géopolitique, l’intensité de la concurrence et les conséquences de la canicule. « Du fait de l’augmentation de nos coûts de transport, nous avons du mal à nous projeter », explique une PME du commerce de gros dans le Rhône.
Emploi et investissement : des signaux contrastés
71% des employeurs TPE-PME annoncent une stabilité de leur effectif salarié sur la période, ceux qui l’ont réduit (18 %) sont plus nombreux que ceux qui l’ont accru (11 %). Les PME de plus de 50 salariés se distinguent avec un solde à l’équilibre.
Pour le 2e semestre, le solde pour les prévisions d’effectif salarié s’établit à + 8, avec 19 % des TPE-PME qui prévoient une croissance. Ce solde « perspectives » est en général plus optimiste que celui du bilan. Comme pour le bilan, le solde pour les prévisions est le plus favorable pour les PME de plus de 50 salariés.

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