Le 3 juillet 2026 a marqué un tournant pour la Communauté de communes Vallée de l’Hérault (CCVH) avec la réouverture officielle de la chapelle de l'ancien pénitencier de l'abbaye d'Aniane, restaurée après deux ans de travaux. Pour inaugurer ce nouvel écrin, la collectivité accueille jusqu'au 1er novembre 2026 l'exposition « Le bonheur est dans l'image » du célèbre photographe Raymond Depardon. Reportage vidéo.
L’Abbaye d’Aniane : Un investissement public d’envergure ancré dans l’économie locale
Fondée au VIIIe siècle par saint Benoît d’Aniane, l’abbaye d’Aniane porte en ses pierres douze siècles d’histoire. Le site a traversé les âges, se transformant en manufacture textile après la Révolution, avant de devenir au XIXe siècle une maison centrale, puis un pénitencier pour mineurs actif jusqu’en 1994. Le site ouvre désormais un tout nouveau chapitre.
Pour financer l’achat initial du site (1,3 million d’euros) et la rénovation complète de la chapelle (2,2 millions d’euros), l’intercommunalité a mobilisé un large tour de table impliquant l’État, la Région, le Département, la DRAC, la Fondation du Patrimoine et l’Europe.
Loin d’y voir un coût pour la collectivité, Jean-François Soto, président de la CCVH, défend un choix politique fort : « Ce sont de véritables investissements et non des dépenses. Personne ne nous en voudra d’avoir concrétisé des ambitions de cette nature. C’est un moment suspendu et d’exception pour notre territoire, le fruit d’un engagement responsable d’élus qui ont à cœur de préserver et de transmettre nos savoir-faire. »
Cette dynamique s’incarne notamment dans la création des nouveaux vitraux de l’édifice, confiée à un atelier artisanal basé à Aniane, valorisant ainsi directement le tissu économique local.
Le regard de Depardon sur la Vallée de l’Hérault
Pour donner vie à ce monument historique, l’exposition, conçue en partenariat avec l’agence Magnum, dévoile une sélection de plus de 90 photographies. Raymond Depardon pose un œil particulièrement attentif sur la Vallée de l’Hérault, séduit par la singularité des paysages.
« Je trouve ce territoire extrêmement photogénique. On y retrouve tous les marqueurs de l’agriculture française. C’est un honneur pour moi d’exposer au cœur d’un site aussi magnifiquement restauré, d’où se dégage une véritable fraternité. »
Fils d’agriculteurs, le photographe a profité de l’occasion pour dresser un parallèle entre son art et le travail de la terre : « Il existe un point commun fondamental entre le photographe et le paysan : nous avançons tous les deux sans savoir si notre travail va fonctionner. Le paysan sème sans certitude, conscient qu’il peut subir la sécheresse ou le manque de pluie. Avec un appareil photo, c’est un peu la même chose. Même avec beaucoup d’expérience, on ne sait jamais à l’avance si l’on a réussi une bonne photo ».
Un écosystème culturel pour faire rayonner le territoire
Cet ancrage culturel s’inscrit dans un maillage territorial beaucoup plus vaste, incluant le Grand Site de France (gorges de l’Hérault et Saint-Guilhem-le-Désert), le pôle céramique Argileum et la scène nationale des musiques actuelles du Somnambule à Gignac.
À terme, la CCVH souhaite valoriser les 15 000 m² de l’abbaye en y créant un grand centre polyculturel doté de studios d’enregistrement et d’un conservatoire intercommunal.
Pour Jean-François Soto, cette feuille de route est essentielle pour exister aux côtés de la métropole montpelliéraine et du littoral : « Nous prouvons qu’un territoire modeste possède une richesse fondamentale, forgée par douze siècles d’existence. Nous partageons la même ambition que Montpellier, Sète ou Lunel. Aujourd’hui, tout est réuni pour que la créativité et l’innovation émergent chez nous et se connectent à ce grand réseau régional. »