Ce n'est pas un simple déménagement de bureaux. En posant la première pierre de son futur siège social à la Mosson en ce mois de juillet 2026, le groupe Altemed concrétise un projet à 34 millions d'euros qui mêle audace architecturale, révolution des espaces de travail et revitalisation d'un quartier populaire. Derrière le béton et les façades de verre teinté, c'est toute une vision de la ville qui prend forme. Reportage vidéo au coeur de la Mosson.
“S’installer à la Mosson” : la promesse du maire de Montpellier
Tout commence en 2021, dans le bureau du directeur général d’Altémed. Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président du groupe, tranche : « Nous allons quitter le quartier Port-Marianne et venir ici à la Mosson. »
Pour Michaël Delafosse, il faut rééquilibrer la ville à l’ouest, et ne jamais abandonner un quartier à lui-même. « La Paillade, c’est Montpellier. Le stade, la piscine Neptune, le parc Sophie Desmaret… Ce quartier a accueilli les rapatriés, les diasporas, les anciens d’IBM. Il est très présent dans l’imaginaire de la ville. »
« Avec le volontarisme qui est le mien, nous nous sommes attaqués à tous les sujets », rappelle le maire. Tour d’Assas démolie, marchands de sommeil condamnés en justice, commissariat mixte installé, piscine Neptune rénovée, école Hypatie construite avec un périscolaire en anglais — une première en France. Et aujourd’hui, ce siège.
Une “Folie” signée Jacques Ferrier
« On s’est dit : si on le fait, il faut faire un très beau bâtiment. Et on a demandé à l’un des plus grands architectes de notre pays, Jacques Ferrier, de le faire », raconte Michaël Delafosse.
Lauréat du concours des “Folies architecturales” relancé par la municipalité en 2022, le groupement Ferrier Marchetti Studio et Tautem Architecture a relevé le défi avec une proposition audacieuse.
Pour Jacques Ferrier, l’enjeu dépassait largement la fonction : « C’est une folie particulièrement légitime et bienvenue dans ce quartier en pleine transformation, qui a une histoire que nous connaissons tous ici. Il était important de donner une fierté aux habitants, de donner un signe très tangible et optimiste de cette métamorphose. »
Le bâtiment se veut à l’image de la ville qui l’accueille : en mouvement, vivant, méditerranéen. « Nous avons fait un bâtiment qui danse, avec des façades légèrement incurvées. Ce bâtiment prend une robe de vert légèrement teinté de bleu — une façon de dire : ici, c’est la Méditerranée, c’est le bleu, c’est le ciel, c’est la mer », explique l’architecte.
Il ajoute, non sans une pointe de symbolisme institutionnel : « C’est aussi un écho à l’hôtel de ville de Jean Nouvel, qui joue lui aussi sur le bleu pour signifier la présence de l’institution publique dans la ville.»
Concrètement, le siège se déploiera sur 10 269 m² répartis en trois bâtiments complémentaires : des plateaux de bureaux ouverts à la location et à la vente pour le bâtiment A, le cœur du siège d’Altémed pour le bâtiment B — partagé dans ses premiers niveaux avec des partenaires comme la CPAM et la Caisse d’Épargne — et les espaces de travail des équipes ainsi que le futur LAB Innovation pour le bâtiment C. Le tout relié par des passerelles, des terrasses et un cœur d’îlot végétalisé.
Altemed : « Ceux qui fabriquent la ville vont y vivre »
Pour Cédric Grail, directeur général d’Altémed, ce siège est d’abord le symbole d’une fusion réussie.
Le groupe, né du rapprochement d’ACM Habitat, de la SERM et de la SA3M, fêtera ici la concrétisation de cinq ans de travail commun.
Mais au-delà de la symbolique de la fusion, c’est une philosophie de fond que défend Cédric Grail : celle des bâtisseurs qui habitent ce qu’ils construisent. « Ce qui est intéressant, c’est que ce sont ceux qui fabriquent la ville qui viennent vivre la ville qu’ils ont construite. »
Pour accompagner cette transformation intérieure, 40 ambassadeurs issus des rangs d’Altémed travaillent depuis les prémices du projet, via des ateliers trimestriels, sur leurs futurs usages professionnels et leurs mobilités. Le bâtiment se construit avec ses futurs occupants.
Un signal économique fort pour la Mosson
Le siège d’Altémed n’est pas pensé comme un îlot tertiaire replié sur lui-même. Les 3 000 m² de surfaces locatives du bâtiment A sont explicitement destinés à attirer des entreprises dans le quartier. « Nous allons commencer à voir des entreprises venir ici. Puis les promoteurs, les notaires… Tout cela va dynamiser le commerce, créer du lien », anticipe Michaël Delafosse.
Le maire inscrit d’ailleurs ce projet dans une stratégie de rééquilibrage plus large et méthodique : l’Hôtel des Sécurités avec 450 emplois à Celleneuve, et au sud de la Mosson, les services des impôts avec 240 emplois prévus pour 2029, ainsi que la venue annoncée de l’Agence régionale de santé…
« Promettre de rééquilibrer la ville peut apparaître abstrait. Mais il faut mettre de grands services publics à l’ouest de Montpellier », affirme-t-il.
Sur le site même, les travaux s’inscrivent dans la continuité d’un chantier de renouvellement urbain déjà bien engagé : chaufferie biomasse construite, tour d’Assas et arche Mercure démolies, 59 foyers de la résidence Neptune relogés. Les 159 logements restants de l’îlot bénéficieront quant à eux d’une réhabilitation massive de 8 millions d’euros entre 2026 et 2027.
Et Michaël Delafosse voit encore plus loin. Le collège des Garrigues sera rénové par le Département pour 20 millions d’euros. La toute première filière des industries culturelles et créatives dans un collège de France y sera implantée.
« Il faut préparer les futurs studios de tournage, les jeux vidéo. C’est ici aussi que ça se joue ».
Rendez-vous à l’été 2028
Le gros œuvre débutera en septembre 2026, pour une livraison prévue à l’été 2028. 330 collaborateurs prendront alors possession de leurs nouveaux espaces, dans un quartier dont ils auront, pour beaucoup, contribué à écrire la transformation.
Altemed maintiendra ses sept agences de quartier ainsi que l’ensemble de ses points de contact de proximité — la mission Grand Cœur, l’espace Gisèle Halimi, l’agence Accessiom et l’espace information logement d’Antigone. La centralisation des fonctions supports ne signifie pas la fin du lien avec les habitants.
Pour Michaël Delafosse, la conclusion s’impose d’elle-même : « Il ne faut jamais abandonner un quartier dans une ville. Ici, il faut que la République soit là. Et quand on prend soin de la Paillade, on prend soin de Celleneuve, d’Alco, de toute la ville. »