Femme restauration
#Artisanat #Artisans #Economie #Entreprises #VieDesEntreprises #Gironde #NouvelleAquitaine
Fiona Urbain
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Vendredi 27 Février 2026 à 08:32

La Chambre de Métiers et de l'Artisanat tire la sonnette d'alarme sur un secteur de l'artisanat exsangue. Entre hausse des charges, baisse du pouvoir d'achat des clients et incertitudes économiques, 72% des artisans se déclarent en fragilité financière. Un appel aux pouvoirs publics pour éviter l'effondrement.

Le constat est sans appel. En ce début d’année 2026, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de Nouvelle-Aquitaine dresse un bilan alarmant d’un secteur à bout de souffle. Malgré une dynamique entrepreneuriale qui persiste, les fragilités s’accumulent et les incertitudes économiques pèsent lourdement sur des entreprises déjà mises à mal par les crises successives.

8 000 entreprises perdues en trois ans

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La Nouvelle-Aquitaine compte désormais 185 366 entreprises artisanales, soit 8 000 de moins qu’il y a trois ans, avec une perte moyenne de 2 650 entreprises par an. Une hémorragie qui fragilise tout un pan de l’économie régionale.

Le paysage est dominé par les micro-entreprises, qui représentent 68% des structures, tandis que seulement 20% des entreprises artisanales emploient au moins un salarié. Une atomisation qui témoigne des difficultés à se développer et à créer de l’emploi.

“Les entreprises artisanales n’ont plus de marges de manœuvre. Elles subissent les hausses de taxes, les augmentations de la cotisation foncière des entreprises, et l’absence de visibilité pour investir ou embaucher”, alerte Gérard Gomez, président de la CMA Nouvelle-Aquitaine.

Capture d’écran 2023 12 22 à 16.54.25

Des créations qui ne compensent pas les fermetures

Malgré ce contexte difficile, la région a enregistré 23 425 créations d’entreprises artisanales en 2025, un chiffre inférieur à celui de 2022 mais qui témoigne d’une certaine résilience entrepreneuriale. Les secteurs des services (49%) et du bâtiment (27%) dominent les créations.

Toutefois, cette dynamique reste fragile. 77% des immatriculations concernent des micro-entreprises, dont seulement 28% survivent après cinq ans. Un taux de mortalité élevé qui s’explique par un environnement économique instable et un manque d’accompagnement à la pérennisation.

job etudiants

L’apprentissage en chute de 5,5%

Pilier de la transmission des savoir-faire, l’apprentissage n’est pas épargné par la crise. Au 31 décembre 2025, la CMA Nouvelle-Aquitaine accueille 11 982 apprenants, soit 700 de moins qu’en 2024 (-5,5%). Une baisse comparable à la tendance nationale, partiellement compensée par une progression des publics en reconversion.

Les incertitudes sur les financements des centres de formation d’apprentis (CFA) menacent la qualité de la formation et l’accompagnement des apprentis, alors que la transmission des compétences constitue un enjeu majeur pour l’avenir du secteur.

Restaurant

72% des artisans en fragilité financière

L’étude “L’artisanat néo-aquitain face aux mutations économiques”, menée fin 2025, révèle une profonde inquiétude parmi les artisans. Les résultats sont édifiants :

  • 57% manquent de confiance dans l’avenir de leur entreprise
  • 72% se déclarent en situation de fragilité financière, dont 43% en situation critique
  • 73% citent la baisse du pouvoir d’achat des clients comme principale difficulté
  • 44% pointent le coût des matières premières
  • 40% souffrent de la baisse des carnets de commande
  • 39% peinent à vivre exclusivement de leur activité

Face à ces défis, les artisans adoptent une stratégie de survie plutôt que de développement. 83% prévoient de maintenir leurs effectifs à l’identique, seuls 5% envisagent d’embaucher, et 57% n’ont aucun projet de formation en 2026, malgré un besoin criant d’adaptation aux mutations du marché.

Capture d’écran 2023 11 09 à 15.33.38

Un attachement au métier malgré tout

Paradoxalement, malgré ces difficultés majeures, 55% des artisans recommanderaient encore leur métier. Un chiffre qui témoigne d’un attachement profond à l’artisanat et à ses valeurs, à condition que les conditions économiques s’améliorent.

Un appel aux pouvoirs publics

Face à cette situation critique, la CMA Nouvelle-Aquitaine appelle à des mesures urgentes pour soutenir les artisans :

  • Allègement des charges fiscales
  • Sécurisation des financements pour les centres de formation
  • Accompagnement renforcé à la transmission et à la création d’entreprises
  • Sensibilisation aux enjeux de la formation et de l’innovation

“L’artisanat est un pilier de notre économie locale, un vivier d’emplois non délocalisables et un vecteur de cohésion sociale”, rappelle Gérard Gomez. “Sans un soutien fort des pouvoirs publics, c’est tout un pan de notre tissu économique et social qui risque de disparaître”.

Un cri d’alarme qui intervient alors que l’année 2025 a été marquée par une succession de chocs économiques, tant nationaux qu’internationaux, qui ont profondément affecté les artisans néo-aquitains. Entre hausses de charges, baisse de la consommation et incertitudes sur l’avenir, le secteur artisanal de Nouvelle-Aquitaine traverse l’une de ses crises les plus graves. Sans réaction rapide des pouvoirs publics, c’est un modèle économique et social centenaire qui pourrait s’effondrer.

emploi gdf

Réagissez à cet article

Vos commentaires

Rejoignez la discussion

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *