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Olivia Oreggia
3 août 2016 Dernière mise à jour le Mercredi 3 Août 2016 à 12:08

Future maman au repos forcé, elle ne trouve rien à acheter sur un internet encore balbutiant, pour préparer l’arrivée de son premier bébé. Nous sommes en 2002, le e-commerce n’existe pas vraiment et dans le secteur de la puériculture en ligne, tout e

 

– Quel est votre parcours ?

Assez classique, je dirais. Après une prépa HEC à Paris, j’ai intégré l’école de commerce qui s’appelle désormais Skema Business School à Sophia Antipolis, orientation marketing international. Puis j’ai vécu ma 1ère expérience professionnelle dans une startup, toujours à Sophia, devenue une filiale d’EADS. J’ai ensuite suivi mon mari muté à Marseille. J’ai trouvé un emploi à Gemplus (alors leader mondial de la carte à puce, ndlr). 2.000 personnes sont embauchées en 2000. J’ai eu du mal à y trouver ma place. Je suis tombée enceinte en 2002. A mon retour, il y a eu un grand plan social avec départs volontaires. L’entreprise était très aidante pour ceux qui avaient un projet de création d’entreprise. 

 

– C’était votre cas ? 

En fait, non. Je ne voulais surtout pas créer ma boîte ! Ce n’était pas du tout mon plan, au départ. C’est un gros concours de circonstances. Pendant ma grossesse, j’ai été mise au repos forcé. J’ai donc eu plein de temps pour surfer sur internet et comme , je n’avais encore rien préparé pour l’arrivée du bébé, j’ai passé beaucoup de temps à regarder ce qui se faisait, c’est-à-dire pas grand-chose au début des années 2000. C’était un peu la préhistoire d’internet ! Je cherchais toute la journée des choses pour ce bébé à naître. Donc, j’ai procédé comme ça à une étude de marché et rapidement comparé des produits pour moi-même. Je me suis très vite dit que c’était un super secteur. Une découverte.

En reprenant chez GemPlus, j’ai demandé à intégrer ce plan social pour me lancer. Si ça marchait, c’était super, j’aurais créé mon emploi. Sinon, j’aurais quand même testé mes compétences marketing sur le terrain.

 

– Vous ne preniez donc pas de risques en créant votre entreprise en ligne ?

Non, parce qu’avec ce plan social, je partais avec un an de salaire et je percevais le chômage. Le petit financement dont j’avais besoin, il est donc tombé du ciel ! J’ai eu des conditions royales pour créer quelque chose. Mais ce n’était vraiment pas l’idée au départ !

 

– Il vous a fallu quel budget pour vous lancer ?

A l’époque, j’ai mis 10.000 € et j’ai emprunté 5.000€ de prêt d’honneur (que j’ai obtenu sur une plateforme d’initiative), et c’est tout. D’ailleurs, depuis, il n’y a eu aucun autre financement pour l’entreprise. Seules dépenses : faire faire le site par une toute petite entreprise de développeurs, créer un logo et avoir un ordinateur digne de ce nom. J’ai travaillé ainsi de chez moi, pendant toute la durée du business plan. Ce qui a pris 9 mois. Une coïncidence !

Et en avril 2004, on a lancé berceaumagique.com. A l’époque, en fait, « on » c’était moi toute seule. Les gens n’y croyaient pas trop. L’e-commerce n’existant pas encore vraiment. 

 

– Quand est-ce que le site a vraiment commencé à avoir du succès ?

Dès les premiers jours on a eu des commandes et après c’est allé crescendo… On a une croissance régulière. On a été rentables dès la première année et on continue d’être rentables. L’année dernière, on a fait plus 25%, c’est quand même conséquent vu le chiffre d’affaires qui est à 4,5M€.
Donc on a fait presque 1 million de plus. La première année, ça devait être quelque chose comme 50.000 euros.

 

 

– Comment avez-vous étoffé votre offre ?

Dès que j’ai mis en ligne, il y avait déjà 1000 produits, c’était beaucoup pour l’époque. 

Aujourd’hui j’ai une grosse équipe catalogue. On n’avait pas une enseigne connue, on n’avait pas non plus de gros moyens, donc pour se différencier, pour exister, on a voulu proposer un maximum de choix. Aujourd’hui, on a plus de 36.000 références. On essaye vraiment d’être le site le plus exhaustif en terme d’offres produits. C’est ce que les clients recherchent.

Il y a des semaines où on rentre 500 ou 600 nouveautés. On est en permanence en évolution, en recherche de nouveautés, on ne s’est pas fixé de limites. Du moment que ça plait à un client, c’est bien… même si ça ne se vend pas beaucoup !

 

– Votre aventure se différencie aussi car elle n’est pas le fruit d’accélération, d’incubation,… Des moyens de grandir qui sont très en vogue aujourd’hui…

On est contents d’avoir grossi de manière organique. Comme il n’y a pas eu de levée de fonds, je n’ai jamais cherché à accélérer. J’ai voulu gérer cette boîte tout en me mariant en 2005. Après j’ai eu un autre enfant en 2006, puis encore un autre en 2013. Et entre temps, on a acheté des locaux pour faire grossir l’entreprise. Le but n’a jamais été d’être une multinationale. C’était d’en vivre déjà et de créer quelque chose d’intéressant. 

 

– L’évolution s’est faite sur un rythme que vous finalement avez donné ?

Je ne sais pas si c’est la réalité mais j’ai l’impression en tous cas de n’avoir jamais piloté dans un mode de grosse accélération. Et en même temps, c’est vrai qu’1 million de plus, c’est quand même pas mal en une année ! Ca peut être perçu comme une grosse accélération, mais on aurait pu aller beaucoup plus vite. Pour cela, il aurait fallu prendre beaucoup plus de risques. J’ai navigué à un rythme qui est le mien, je fais pas mal en fonction de moi et finalement ça marche assez bien !

 

– Quels sont vos projets ?

Poursuivre. La grande tendance c’est l’international. Notre site n’est même pas en anglais. On a déjà tellement de travail pour bien faire ce qu’on fait, qu’on n’a pas forcément envie de se développer plus que ça.
On veut toujours bien garder notre axe client. Avec un service client très disponible. On va essayer de développer des petites choses pour créer un lien avec nos visiteurs… on développe l’éditorial. On fait tout pour ne pas être du pur site marchand. On essaye de se différencier encore plus. Sinon, les visiteurs vont chez Amazon !

Le projet c’est de continuer. On a juste un problème de locaux. Il faut qu’on élargisse notre espace de stockage. Peut-être ouvrir un petit point colis pour les gens qui habitent Toulon ou dans les environs. Là encore, on a des idées pour organiser des choses avec des futures mamans, des ateliers par exemple… Toujours dans la même logique: si ça plaît à nos clients, c’est bien !

 

– Vous avez remporté le Trophée Femme Chef d’Entreprise PACA en avril dernier (parmi 87 dossiers), ça signifie quoi pour vous ?

C’est un trophée important. 2 fois j’ai postulé, 2 fois j’ai été finaliste. Je pense être quelqu’un de chanceux en général dans la vie, mais là, ça ne marchait pas ! Du coup j’ai mobilisé mes équipes ces derniers mois. Je suis assez tenace en général. Je n’aime pas rester sur un échec. J’avais ce truc en tête, inachevé. Là, on avait de bons arguments. Donc je suis très satisfaite ! C’était une très belle soirée. C’est aussi un trophée féminin. Je ne suis pas féministe mais j’aime ce qui met en avant l’entreprenariat au féminin, parce qu’on sait il y a encore beaucoup de boulot à faire dans ce domaine là. On part de loin. Donc tout ce que peut donner envie et faire savoir à des jeunes filles aujourd’hui que c’est possible, c’est important pour moi. Et pour les équipes c’est valorisant. Tout comme les 10 places que nous avons gagnées dans le classement d’e-commerce Magazine depuis l’an dernier.

On travaille dans l’ombre sur un site. Les gens ne savent pas trop ce qu’on fait. Ils n’imaginent pas en tous cas qu’il y a 30 personnes pour avoir ce site en place et traiter les milliers de commandes par mois !

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