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Alain Juppé interview exclusive : "Si je suis président, je n'oublierai pas Bordeaux"
Par Denys Bédarride publié le 17 FEVR 2016 à 18:11
Ecomnews poursuit ses rencontres exclusives avec les grands élus du Sud de France, et leurs projets pour les grandes métropoles et régions. Après Jean-Luc Moudenc et Toulouse, Ecomnews a été reçue par Alain Juppé, maire de Bordeaux et président de Bordeaux-Métropole, et depuis plusieurs mois homme politique préféré des français en vue de la présidentielle de 2017.

Ecomnews: Depuis votre premier mandat de maire de Bordeaux, la ville a énormément changé. Elle était "la belle endormie", elle est aujourd'hui une des villes les plus dynamiques de France, dans les premières places de nombreux classement nationaux et internationaux. Quels sont les chantiers qui restent à mener?

Alain Juppé: La ville s'est effectivement transformée. Un plan d'envergure lancé dès 1995, le tramway, la reconquête des quais reconnue par l'Unesco, la ville réassise autour du fleuve, les grands projets urbains... Mais il reste beaucoup à faire dans de nombreux domaines: mobilité, logement, qualité de vie, la prise en compte des problématiques environnementales dans toutes leurs dimensions...

Il faut surtout renforcer l'attractivité économique de Bordeaux. La population croît: nous avons gagné 30.000 habitants depuis 1999. Mais il faut attirer non seulement pour la qualité de vie, mais aussi pour l'activité économique. Je vais d'ailleurs lancer une "Mission attractivité".

Ecomnews: Quels sont les points forts et les points faibles de Bordeaux?

Alain Juppé: Ses points forts, c'est une bonne image, une réputation de très bonne qualité de vie, la notoriété internationale due notamment au vin, une université puissante.

Ses points faibles: notre image est encore trop connotée vin et nous n'avons pas suffisamment d'investissements internationaux.

Or la métropole bordelaise peut s'appuyer sur son pôle aéronautique, sur le Laser Mégajoule... Pour l'aéronautique, on dit souvent "c'est Toulouse". Non, c'est aussi Bordeaux! On a Dassault, Dassaut Falcone Services qui s'installe, un pôle de maintenance aéronautique, Thalès qui investit 200 millions d'euros !

Nous avons fortement progressé pour l'industrie touristique: nous avions 2 millions de visiteurs en 2000, 6 millions aujourd'hui. C'est lié au changement de la ville, à l'oenotourisme, au tourisme fluvial. La Cité du Vin qui va ouvrir en mai, va renforcer l'attractivité et l'image internationale.

Avec le quartier Euratlantique qui va accompagner l'arrivée de la LGV en 2017, un pôle tertiaire supérieur va se développer autour de la cité d'affaires.

Sur le numérique, nous avons le label French tech, des leaders comme Cdiscount, beaucoup de start-ups ! Bordeaux connaît une dynamique forte aussi dans ce domaine.

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Ecomnews: la métropole est toujours confrontée au problème de la mobilité ?

Alain Juppé: Nous venons de lancer à Bordeaux-Métropole le plan de mobilité, avec 2 milliards d'investissements prévus. C'est ce qui a été dépensé sur la première phase. C'est tout à fait réaliste car Bordeaux-Métropole a une bonne gestion et est trés peu endettée.

Ecomnews: Existe-t-il une concurrence entre les métropoles?

Alain Juppé: Nous sommes en plein dans la concurrence ! Si nous parlons à Bordeaux de la métropole millionnaire, avec un million d'habitants d'ici 2030, c'est parce que cela permettra de se mettre au niveau des grandes métropoles européennes: Lyon et Marseille...

Nous sommes à la limite de la dimension européenne avec Nantes et Toulouse, ou avec des voisines internationales comme Bilbao... Nous souhaitons passer à la marche supérieure.

Ecomnews: Vous avez été ministre des affaires étrangères. Comment se place Bordeaux dans ses relations internationales, et que représentent pour vous les pays de la Méditerranée?

Alain Juppé: Nous sommes une des villes françaises à la plus forte attractivité internationale. Nous avons des relations avec le Québec, dont la ville de Québec, Los Angeles, la Chine, notamment avec Wuhan...

Pour les pays de la Méditerranée, je rappelle que " l'Union pour la Méditerranée" a été lancée sous Nicolas Sarkozy, il est vrai pas toujours avec la subtilité qui aurait été nécessaire. La Méditerranée aujourd'hui est un lieu de conflits, avec un flux trop important de migrants. Je participe à l'Institut pour la Méditerranée, présidé par le mari d'Elisabeth Guigou.

Nous avons destin lié avec le sud de la Méditerranée et l'Afrique. Il y aura 2 milliards d'habitants en Afrique en 2025. C 'est un enjeu économique majeur. L'Algérie, d'où je reviens d'une visite à Oran, est par exemple un pays où il faut investir ! C'est un pays qui a besoin de se diversifier, qui a besoin de l'ingénierie française. Renault va s'installer près d'Oran, Peugeot va suivre. Il y a des marchés considérables à nos portes. Il faut y aller ! Il y a des capacités de développement extraordinaire. Cap au sud est un objectif !

Ecomnews: Certains bordelais s'inquiètent de votre départ de Bordeaux si vous êtes élu président l'an prochain ?

Alain Juppé: Si je suis président, je n'oublierai pas Bordeaux.

Interview réalisée par Denys Bedarride et Pierre Sauvey

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