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Esso Fos-sur-Mer contracte sa production de 30% et diffère ses investissements
Par Nathalie Bureau du Colombier publié le 07 MAI 2020 à 09:04
Avec près de 7 millions de T, Esso Fos-sur-Mer représente 10% des approvisionnements de la France. Dès l’annonce du confinement mi-mars, la raffinerie Esso a dû adapter son outil de production à la chute de la demande nationale en produits pétroliers en réduisant ses capacités de raffinage de l’ordre de 30%. En raison des grèves sur le port de Marseille puis de la réduction des effectifs de la société de manutention Fluxel, le temps d’attente des pétroliers s’est considérablement rallongé. De janvier à mars, Esso a dû verser 9 millions de $.

Depuis un mois et demi les voitures dorment au garage, le trafic aérien s’est effondré de 85%, seuls les camions et les navires circulent et les usines tournent à 50% …

La France confinée a fait chuter la consommation de produits pétroliers de 30% en mars.

Le phénomène que personne n’a vu arriver a pris de court également l’industrie du raffinage, confrontée simultanément à la baisse historique du prix du baril et à la hausse des coûts fixes en raison de la désorganisation de la chaîne logistique depuis décembre 2019.

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« Une baisse de la demande d’essence de 90% en avril c’est inédit »

En trente ans de métier, Sefaan Van Severen, directeur de la raffinerie Esso de Fos-sur-Mer, n’avait jamais vu pareil scénario catastrophe :

« Au lendemain des attentats terroristes aux États-Unis, le jet avait baissé fortement mais cela concernait une seule catégorie de produit. Actuellement, tous les produits sont impactés au même moment. Le kérosène, l’essence, le diesel chutent. C’est du jamais vu, une baisse de la demande d’essence de 90% en avril c’est inédit ».

Immédiatement, l’industrie a réagi en arrêtant les achats de pétrole brut et en réduisant la production de raffinés.

Compte tenu de l’inertie de la chaîne d’approvisionnement mondiale et des distances entre les champs pétrolifères et les bassins de consommation, les achats de brut effectués il y a quelques mois sont sur l’eau, concentrés en ce moment même en rade de Fos.

Les tankers chargés de brut partis des États-Unis, d’Afrique ou du Kazakhstan attendent désespérément l’attribution un poste à quai chez Fluxel.

Cet opérateur qui exploite une vingtaine d’appontements répartis entre Fos et Lavéra joue un rôle stratégique alimentant à la fois Esso, Petroineos localement et les raffineries Total à Feyzin et Varo Energy en Suisse via le pipeline (SPSE).

Les compagnies maritimes facturent à l’affréteur le coût d’attente journalier en mer qui varie selon la demande. Depuis janvier, les surestaries s’accumulent à Fos.

Les raffineurs ont payé au prix fort les conséquences de l’opération ports morts lancée le 5 décembre par la Fédération nationale des ports et Docks CGT, vent debout contre le projet de réforme des retraites.

Ainsi, depuis des mois, les raffineurs du pourtour de l’Étang de Berre subissent des difficultés et des surcoût d’exploitation faramineux.

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9 millions de dollars jetés à la mer

« Chaque journée d’attente sur rade représente un coût de 50 000 dollars. De janvier à fin mars 2020, j’ai dû payer 9 millions de dollars de surestaries contre 1million habituellement maximum pour un trimestre.

Ce sont 8 millions de perdus que je ne pourrai pas investir dans l’outil de raffinage. Une perte pour l’économie française, ces navires étant immatriculés à l’étranger », déplore, ce 28 avril, le directeur de la raffinerie de Fos-sur-Mer, Stefaan Van Severen, qui va devoir différer ses travaux de maintenance sur un grand bac.

Chaque année, Esso effectue 80 millions d'€ de dépenses locales en moyenne dans la maintenance de son site.

Esso Fos-sur-Mer qui dispose d’une capacité annuelle de raffinage de 6,9 MT, soit 10% de la capacité nationale, a immédiatement ralenti les cadences tout en maintenant un savant équilibre afin de réduire la production sans que cela n’ait d’impact sur le bon fonctionnement des unités.

« Nous avons continué à tourner en baissant les débits, la production d’essence et nous devons voir comment nous pouvons stocker notre production, c’est notre point critique. Globalement, la raffinerie a baissé sa production de diesel de 30% et nous avons réduit la capacité de 60% sur les unités chargées de produire de l’essence », explique Sefaan Van Severen.

Pour faire tourner cette raffinerie de Fos qui sort 50 à 60% de diesel et 30% d’essence à hauteur de 30%, les effectifs (300 salariés et 300 cotraitants) sont demeurés identiques depuis le 17 mars.

Pas d’activité partielle, seulement 30% des salariés confinés à domicile en télétravail. Les effectifs se relaient en quart pour faire tourner la raffinerie quel que soit son débit.

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Classé opérateur d’importance vitale, Esso s’entretient quotidiennement avec la Direction Générale de l’Énergie et du Climat au sujet des approvisionnements. En France, le groupe Exxon Mobil exploite également la raffinerie de Notre-Dame de Gravenchon. Esso Fos alimente par voie ferroviaire les dépôts pétroliers de Dijon et de Toulouse.

Après être tombée au plus bas, la demande pourrait se ressaisir à la lueur des annonces du premier ministre Édouard Philippe le 28 avril.

« A compter du 11 mai, la demande devrait reprendre. Après une chute de 90% de la demande en avril, nous espérons ramener la baisse à 60% en mai puis 40% en juin. Le groupe Exxon Mobil a les moyens de soutenir la raffinerie de Fos et nous espérons que le marché va se redresser assez vite », confie Sefaan Van Severen.

Mais après la gestion de crise viendra la crise… « Le Pdg d’Exxon Mobil a annoncé une coupe dans les investissements prévus en 2020 et 2021 et une réduction des coûts fixes », prévient-il.

Esso représente tout de même 30% des vracs liquides du port de Marseille-Fos.

Photo : Sefaan Van Severen, directeur de la raffinerie de Fos-sur-Mer. ©Esso

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