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Comment le Plan de Relance pourra accélérer le développement des entreprises à l’export ?
Par Denys Bédarride publié le 13 NOV 2020 à 09:14
La crise sanitaire a bouleversé les pratiques à l’export. Mais elle crée aussi des opportunités pour les entreprises françaises. Le lancement d’un Plan de relance Export, doté d’un budget de 250 M€, entend permettre aux entreprises françaises d’accélérer à l’international. Franck Riester, ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l'attractivité, et Alain Di Crescenzo, président de la CCI Occitanie et 1er vice-président de CCI France, croisent leurs visions de ce plan et de ses enjeux.

L’OMC a revu drastiquement à la baisse ses prévisions de croissance du commerce mondial pour 2021 (de +21,3 % estimées en avril à +7,2 % estimées aujourd’hui). Dans ce contexte, comment l’export peut-il demeurer un levier de croissance ?

Franck Riester : Nous traversons une période de crise qui affecte durement nos entreprises exportatrices : nos échanges ont subi un choc sans précédent du fait notamment de la baisse de l’activité économique dans le monde entier. Nous devrons déployer collectivement une énergie extraordinaire pour nous en remettre.

Nous pourrons nous appuyer sur l’esprit de conquête de nos entrepreneurs pour y parvenir : 66 % des TPE-PME exportatrices considèrent que l’export est l’une des premières sources de croissance pour sortir de la crise. Je vois deux raisons à cela.

D’abord, les entreprises savent que la crise ne durera pas éternellement. Les premiers signaux de la reprise sont apparus dès le déconfinement. Entre juin et juillet, nos exportations ont bondi de près de 10 %. Avec le plan France Relance, nous investissons des moyens massifs pour accélérer le rebond et consolider nos fondamentaux.

Ensuite, tous les pays ont été également touchés par le repli des échanges : il n’y a pas de fatalité qui nous conduirait à perdre des parts de marché. Au contraire, la crise peut être une opportunité de consolider nos positions, alors que certains de nos concurrents hésitent, diffèrent voire annulent certains de leurs projets, en Afrique notamment.

Alain Di Crescenzo : Attention toutefois à ne pas tenir trop vite pour acquis des chiffres qui, depuis le début de la crise de la Covid-19, sont souvent revus finalement à la hausse. La situation est simple à comprendre et tient en deux chiffres. L’économie de la France représente 3 % du PIB mondial. Cela signifie qu’il y a plus de 30 fois plus à faire à l’extérieur de nos frontières !

Pour les entreprises, l’international ouvre donc clairement des perspectives de croissance d’une toute autre échelle. Deuxième chiffre, le FMI vient de publier une étude indiquant que la reprise se confirme en Chine où l'activité s'est normalisée plus rapidement qu'attendue après la réouverture de la majeure partie du pays début avril.

Relevant sa prévision, le Fonds monétaire table désormais sur une croissance de 1,9 % cette année (contre 1 % en juin), suivi d'un rebond de 8,2 % en 2021. Confirmation de la reprise économique chinoise, les importations ont bondi de 13,2 % en septembre, plus forte hausse depuis le début de l'année. Au vu de la capacité de traction économique du géant asiatique, on mesure les opportunités que cela peut représenter. Mais, plus près de chez nous, l’Afrique et notamment le Maghreb sont également porteurs de potentialités.

La Team France Export est au cœur du plan de relance export présenté par le gouvernement. Quels sont les principaux points que vous retenez de ce plan ?

Franck Riester : Si je devais résumer en trois mots le plan export que nous avons conçu, je dirais : proximité, accompagnement, financements. Proximité avec les entreprises et avec les territoires, grâce à l’implantation de terrain de la Team France Export et de ses partenaires publics et privés, sous l’égide des Régions.

Accompagnement, car avec le plan export, nous voulons apporter un soutien aussi personnalisé que possible à nos exportateurs. Nous avons fait du sur-mesure, avec des programmes d’action spécifiques par filière, avec aussi de l’information ciblée selon le profil des exportateurs via le Compte personnalisé auquel ils auront accès sur le site de la Team France Export.

Financements, avec le Chèque Relance export qui prend en charge 50 % des dépenses de projection des TPE-PME, avec l’assurance-prospection dont nous renforçons les moyens, et avec toute la gamme de financements publics que nous mobilisons à plein régime, des prêts du Trésor au Fonds d’étude et aide au secteur privé (FASEP) dont l’enveloppe est doublée.

Alain Di Crescenzo : Je retiens d’abord qu’il rappelle opportunément que, même si notre façon de faire des affaires a été transformée par la Covid-19, l’ouverture à l’international reste un levier de croissance incomparable. Ce plan sert ainsi le seul patriotisme économique d’avenir, c’est-à-dire celui qui porte une dynamique de conquête et pas seulement de défense de notre marché domestique. Prendre de nouvelles positions sur des marchés extérieurs est LA solution pour servir la croissance, l’influence et donc, in fine, la souveraineté de notre pays.

Dans le détail, je retiens de ce plan qu’il est bien articulé avec 4 volets bien distincts correspondant aux problématiques et aux questionnements des entrepreneurs : le renforcement des outils de financement, la simplification des aides à la prospection, le soutien des moyens humains via le développement du VIE (Volontariat international en entreprise) et, enfin, l’optimisation de l’information sur les marchés étrangers.

Adossé à un budget de 247 millions d’euros pour la période 2020-2022, ce plan nous donne les moyens de ramener nos PME et nos ETI vers les marchés étrangers pour que la compétitivité française reparte à la hausse.

L’idée est de permettre aux entreprises d’aller à l’export sans coût et que cela rapporte tout de suite. Enfin, ne pas oublier que la Team France Export Occitanie, c’est une équipe de 15 femmes et hommes expérimentés au service des entreprises du territoire.

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Nos entreprises ont la réputation d’être moins spontanément tournées vers l’export que certaines de leurs homologues, allemandes par exemple. Parmi les freins souvent évoqués, figurent la complexité des législations, la gestion du risque… Quelle pédagogie doit être faite pour que notre pays soit un jour une « export nation » ?

Franck Riester : Notre pays est déjà une « export nation » ! En 2019, 40 % de la croissance de notre PIB provenait directement de nos exportations. J’ai cependant la conviction que nous pouvons aller plus loin. Nous avons justement conçu les outils et financements du plan export pour répondre concrètement aux besoins dont les entreprises exportatrices nous ont fait part. Le compte personnalisé de l’exportateur intègre ainsi une offre de veille et d’analyse réglementaire sur les marchés étrangers.

Avec l’assurance-prospection et les financements export, nous voulons sécuriser les démarches export de nos entrepreneurs en les protégeant d’une partie du risque auxquels ils s’exposent.

L’enjeu, aujourd’hui, est que toutes les entreprises, en particulier les PME et ETI, se saisissent pleinement des outils et financements que nous mettons à leur disposition dans le volet export de France Relance.

C’est l’objet du Relance Export Tour que nous avons lancé avec nos opérateurs Business France et Bpifrance, en associant étroitement les Régions et les partenaires régionaux de la Team France Export pour présenter les mesures de soutien à l’export aux entreprises de chaque région et les inciter à s’en servir pour repartir à la conquête de l’international.

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Alain Di Crescenzo : Même si les choses sont en train de changer, tout ceci est exact. Le travail ne concerne pas que la pédagogie mais l’accompagnement. Et sur ce point, le plan « fait le job ». Alors oui, il faut travailler tous ensemble au « déconfinement » des exportateurs, qui est une priorité pour redonner aux entreprises envie d’international. Une envie qui existe puisque, depuis le mois de mai, le nombre d’entreprises ayant fait des demandes pour revenir en prospection à l’international a augmenté de 70 %.

La meilleure manière de voir notre pays devenir une « export nation » qui compte est de mettre ses entreprises en situation de mesurer tous les bénéfices qu’elles retireront d’une présence renforcée à l’international. Il faut néanmoins que cette présence soit pérenne, en évitant l’export en pointillés. C’est précisément l’objet de FDI, le Forum Destination International que nous avons créé en 2006, et dont nous organisons la 14e édition le 24 novembre en distanciel avec la Région Occitanie.

Ce rapprochement au service de l’efficacité est également le leitmotiv de la Team France Export qui fédère les acteurs de l’accompagnement des entreprises à l’international autour d’un seul objectif : plus d’exportateurs et plus d’exportations !

Car l’export est LE sport collectif par excellence. Au sein de cette véritable task force, à laquelle, en Occitanie, participent aussi Business France, Ad’Occ et BPI France sous l’égide du Conseil Régional, les conseillers internationaux CCI de la Team France Export sont à l’écoute des besoins des entreprises.

En Occitanie, 500 entreprises seront contactées d’ici la fin de l’année pour leur présenter l’ensemble des aides disponibles et pour leur proposer un accompagnement sur les volets préparation et projection.

Source et avec la collaboration de la CCI Occitanie

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