Corsica Linea 10 ans
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Nathalie Bureau du Colombier
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Mardi 16 Juin 2026 à 09:00

Dix ans déjà que des entrepreneurs corses ont racheté l’ancienne compagnie publique SNCM. Corsica Linea a célébré simultanément ce 11 juin à Marseille son dixième anniversaire et l’entrée en flotte du Capu Rossu, neuvième navire de la flotte construit pour plus de 150 M€.

Corsica linea a célébré, ce 11 juin à Marseille, simultanément son dixième anniversaire et l’arrivée en flotte du Capu Rossu, nouveau navire amiral. Parmi les 600 invités rassemblés sur le pont garage flambant neuf, des armateurs, des représentants des services aux navires, des députés, des élus locaux. En 2016, des entrepreneurs corses, dont certains transporteurs routiers, anciens clients de la SNCM, rachetaient l’ancienne compagnie pour fonder Corsica linea. 

En dix ans, la flotte est passée de 6 à 9 navires et le chiffre d’affaires a doublé pour atteindre 350 millions d’euros, et l’entreprise a créé 430 emplois. Aujourd’hui, l’armateur transporte 900 000 passagers par an et traite 85% du fret destiné à la Corse

Corsica Linea Capp Rossu

Pascal Trojani, président de Corsica linea, est revenu sur les débuts difficiles de l’aventure, marqués par des enjeux sociaux et juridiques complexes liés à la notion de discontinuité lors de la reprise de la SNCM, ainsi que par la nécessité d’apprendre à négocier avec la Commission européenne sur le fonctionnement des délégations de service public.

Le Capu Rossu, deuxième navire au GNL

Livré en mars dernier par les chantiers navals chinois CMI Jinling à Weihai, construit pour plus de 150 millions d’euros, le Capu Rossu a été béni dans la matinée par l’aumônier du port de Marseille. Ce ro-pax mesure 203 m de long pour une capacité d’accueil de 100 passagers et 135 remorques. 

Conçu par le suédois Stena RoRo, il devient le deuxième navire de la flotte propulsé au GNL après l’A Galeotta, entré en service en janvier 2023. Il desservira Bastia et Ajaccio depuis Marseille, avec une première traversée commerciale prévue ce 15 juin. Sa marraine, Anna Maria Mey, est la veuve d’un bosco (Vocabulaire maritime qui désigne un maître d’équipage) de la compagnie décédé en janvier 2025. Très émue, elle a tenu à remercier la compagnie pour cet hommage rendu à son mari et à l’ensemble des marins.

Le Capu Rossu et l’A Galeotta en BioGNL : vers un corridor maritime vert entre la Corse et le continent

Le GNL fossile, déjà utilisé sur l’A Galeotta et désormais sur le Capu Rossu, n’est qu’une étape : les deux navires sont conçus pour être compatibles, sans modification majeure, avec le BioGNL produit à partir de biomasse et avec l’e-GNL issu d’électricité renouvelable et de CO2 capturé. 

Dès le 1er juillet et jusqu’au 30 août, l’A Galeotta naviguera ainsi au BioGNL certifié, issu de déchets organiques, sur la ligne Marseille-Bastia. Pierre-Antoine Villanova, directeur général de Corsica linea, a souligné qu’il s’agit d’une première en France: la desserte sera décarbonée à 90 % pendant l’été, avec une réduction de 80 % des émissions de CO2 sur le cycle de vie complet par rapport au GNL fossile. Questionné sur l’impact de la flambée des prix de l’énergie, il a expliqué avoir contracté une couverture énergétique. « Sans couverture, nous aurions eu à payer 18 M€ de surcoût carburant », a-t-il indiqué. 

Hervé Martel, président du directoire du Grand Port Maritime de Marseille, a évoqué les projets de carburants de synthèse en développement sur la zone des Fos et a également annoncé la construction prochaine d’une nouvelle gare maritime à la Joliette pour les lignes de Corse.

Corsica Linea Capp Rossu

Le pavillon français, un engagement non négociable

Sur le plan social, Corsica linea revendique fièrement son statut de deuxième employeur de marins français, et premier en Méditerranée. La compagnie a noué des partenariats avec le lycée maritime de Bastia, où une filière d’officiers vient d’ouvrir ses portes. Pascal Trojani a insisté sur l’attachement de la compagnie au pavillon français premier registre, qu’il présente à la fois comme un engagement social fondateur et un gage de sécurité pour les passagers, les marins français étant selon lui parfaitement formés à toutes les situations.

Une concurrence jugée déloyale sur le Maghreb

Interrogé sur la situation des dessertes vers le Maghreb, Pascal Trojani a pointé du doigt la concurrence de l’armateur GNV sur la desserte de l’Algérie. Il appelle l’État français à intervenir pour réguler la situation, notamment via une régulation portuaire, le port de Sète étant déjà, selon lui, en difficulté pour faire face à la multiplication des escales. 

Sur le terrain financier, il reconnaît ne pas pouvoir rivaliser avec la puissance de MSC, actionnaire de GNV, mais mise sur la défense du pavillon français comme argument de souveraineté. Une réunion doit se tenir dans quelques jours sur le sujet à Montpellier en présence des médiateurs François Lambert et Bernard Mazuel qui devraient présenter des propositions au ministère des transports. 

Concernant l’Algérie, qui représente la moitié de l’activité de la compagnie sur le Maghreb et où Corsica linea revendique la position de numéro un, les dirigeants reconnaissent que la dégradation des relations diplomatiques entre Paris et Alger complique la donne, sans remettre en cause leur stratégie de présence sur cette desserte.

Cap sur les dix prochaines années

La compagnie ambitionne de devenir, d’ici 2030, l’acteur maritime le plus moderne de Méditerranée, en s’appuyant sur ses trois piliers : transition environnementale, satisfaction client et ambition sociétale. Avec 90 % de satisfaction passagers contre 75 % en 2016, Corsica linea se classe aujourd’hui troisième compagnie maritime européenne sur 25 dans ce domaine.

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