Quarante ans après Miles Davis aux arènes de Nîmes, le Nîmes Métropole Jazz Festival célèbre ses vingt ans avec une édition anniversaire qui regarde à la fois vers le passé et vers l'avenir. Best of des artistes qui ont marqué deux décennies de festival, concerts dans les écoles, les EHPAD et les centres pénitentiaires : le NMJF n'est pas seulement un festival de jazz. C'est un projet de territoire. Reportage vidéo !
80 ans de jazz à Nîmes
Pour comprendre ce que représente le Nîmes Métropole Jazz Festival, il faut remonter bien avant sa création en 2006. Stéphane Kochoyan, directeur artistique du NMJF, replace le festival dans une perspective historique qui donne le vertige : « Nous avons quatre-vingts ans d’histoire du jazz à Nîmes. Le jazz est parti dans les caves de la ville avec Boris Vian et le Hot Club de France. Le Hot Club s’est ensuite transformé en Jazz Club. Il y a eu un grand festival dans les arènes de Nîmes où Miles Davis est venu quatre fois — ce festival a duré treize ans. Et les élus de Nîmes Métropole ont repris le flambeau en 2006 pour instaurer le jazz sur le territoire. »
C’est dans cet héritage exceptionnel que s’inscrit cette vingtième édition. 2026 marque le centenaire de la naissance de Miles Davis — et de John Coltrane. Deux géants célébrés lors des soirées qui ouvrent et ferment le festival.
Un best of qui ne ressemble à aucun autre
Pour fêter ses vingt ans, le NMJF a choisi une programmation dite « best of » — une sélection des artistes qui ont marqué les dix-neuf éditions précédentes. « Un best of, ce n’est pas forcément de la nostalgie. Ce soir par exemple, nous avons Omar Sosa, un fidèle du festival, mais il vient avec l’immense Trilok Gurtu aux percussions et l’immense trompettiste italien Paolo Fresu. Ces deux-là n’étaient jamais venus. » expliqueStéphane Kochoyan.
Parmi les grands classiques du festival, Kenny Garrett occupe une place à part. Saxophoniste légendaire, considéré comme le plus exigeant des musiciens de la dernière période de Miles Davis, il avait clôturé le tout premier NMJF en 2006. Il était déjà venu aux arènes de Nîmes avec Miles Davis en 1986. « Nous sommes en 2026. Quarante ans d’histoire du jazz, quarante ans de Kenny Garrett — et nous lui rendons hommage en célébrant le centenaire de Miles Davis», souligne Stéphane Kochoyan.
François Mardirossian : Keith Jarrett revisité par un Montpelliérain
La tradition du NMJF veut que chaque concert soit précédé d’une première partie confiée à un musicien de la région Occitanie. Le 3 octobre à Marguerittes, c’est François Mardirossian, pianiste installé à Montpellier, qui a ouvert les festivités avec une interprétation du Köln Concert de Keith Jarrett — peut-être le disque de jazz solo le plus vendu de l’histoire.
L’exercice est périlleux. S’attaquer à un monument de l’improvisation demande autant d’humilité que d’ambition. Mardirossian l’aborde avec une méthode singulière : « J’essaie de l’interpréter sans l’imiter. Je m’approprie la partition comme je le ferais pour une œuvre de Beethoven ou Chopin, et j’y apporte ma patte personnelle. »
Le résultat a manifestement conquis le public gardois. Le pianiste ne cache pas sa satisfaction : « Le piano était magnifique, l’acoustique était bonne, le public hyper réactif, vivant, à l’écoute, silencieux — le meilleur des publics. Et quand on fait des blagues, il réagit — c’est parfait. Si on m’invite chaque année, je reviendrai avec plaisir ! »
De 7 à 77 ans : un festival pour tous
C’est peut-être là que le NMJF se distingue le plus profondément des autres grands festivals de jazz en Europe. La programmation est d’une accessibilité tarifaire revendiquée — « c’est l’un des festivals les moins chers d’Europe», selon Stéphane Kochoyan — mais surtout, le festival va là où le public ne peut pas toujours venir à lui.
Concerts dans les écoles primaires, spectacles dans les EHPAD, actions dans les centres pénitentiaires, concerts dans les quartiers prioritaires et les maisons de jeunes défavorisées : le Off du NMJF déploie un maillage social et territorial qui dépasse largement le seul cadre des salles de concert. « Nous essayons vraiment d’offrir du jazz à tout le monde», résume Stéphane Kochoyan.
Vincent Bouget, Président de Nîmes Métropole et Maire de Nîmes confirme cette vocation : « De villages en villages, le festival tisse un lien palpable avec les habitants, et incarne une culture ouverte à tous les publics. Ce maillage territorial est au cœur de notre ADN communautaire. » Un festival itinérant, qui se promène d’un village à l’autre de l’agglomération, pour amener la culture là où elle est moins présente au quotidien.
Les grandes salles, les petits villages et l’avenir
Le format de cette vingtième édition reflète cette double nature du festival. Un prologue en plein air, pour retrouver les habitants dans des espaces accessibles et festifs. Puis une phase plus dense et resserrée, jusque’au au 17 octobre, pour ceux qui veulent plonger au cœur de l’expérience musicale.
François Mardirossian, qui découvrait le festival de l’intérieur, en résume le sens : «Je trouve cela très pertinent d’amener le jazz dans des petites salles, dans des endroits qui n’ont jamais accueilli des artistes de jazz. »
Quant à l’avenir, Stéphane Kochoyan est confiant : « Les élus ont décidé de prolonger ce Nîmes Métropole Jazz Festival. On travaille. Un avenir radieux s’offre à nous. »

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