2025 aura été l’année de la stabilité pour Euroméditerranée. L’établissement public chargé depuis 30 ans de déployer l’Opération d’intérêt national du même nom bénéficie de la sécurisation de 249 M€ de financements jusqu’en 2040. Isabelle Campagnola-Savon, présidente d’Euroméditerranée depuis novembre dernier a présenté sa feuille de route. 2026 sera l’année de l’accélération avec, au programme, de la communication, la création d’une foncière et du verdissement des zones urbaines.
« 2025, a été l’année de la stabilité », a affirmé, d’emblée, Isabelle Campagnola-Savon, lors de la conférence de presse du 11 février. Une stabilité qu’elle juge indispensable « malgré le contexte actuel, national, politique et économique », afin de sécuriser la trajectoire d’un projet qu’elle qualifie de « transformation de Marseille en action ».
La signature, à l’été 2025, du nouveau protocole d’accord avec l’État et les collectivités territoriales constitue, selon elle, le socle de cette stabilité. « Nous avons un cap et nous allons le tenir », a-t-elle insisté, rappelant que ce protocole engage les partenaires jusqu’en 2040 et mobilise 249 millions d’euros. La présidente souligne également la dimension partenariale de cette étape : « C’est un protocole qui est partagé, puisque c’est une gouvernance partagée. (…) Montrer qu’ensemble, on était plus efficaces. ». Dans un établissement où siègent État, Ville, Métropole, Département et Région, l’affichage d’une gouvernance unifiée vise à rassurer investisseurs et opérateurs.
Une feuille de route en 2026 autour de trois priorités
Isabelle Campagnola-Savon entend faire de 2026 l’année de la mise en application de sa feuille de route. Son action sera structurée autour de la création d’une foncière, de la rencontre avec les acteurs du territoire et par l’affirmation d’un « Euromed vert ».
La création d’un outil foncier dédié aux rez-de-chaussée commerciaux est présentée comme un levier stratégique. « Nous ne voulons pas des quartiers vitrines. Nous voulons des quartiers qui vivent, des quartiers qui travaillent, des quartiers qui accueillent », a-t-elle déclaré en expliquant la nécessité d’attirer les commerces de proximité (boucherie, pharmacie, café…)
Structurée depuis 2025, dotée d’un plan d’affaires consolidé, la future foncière entre désormais en phase de discussion avec des investisseurs. Euroméditerranée devrait être majoritaire au sein de celle-ci afin de sécuriser la vitalité commerciale des nouveaux îlots livrés, soutenir l’artisanat et favoriser des services durables. L’enjeu consiste à ancrer l’économie locale et garantir une mixité d’usages dès la livraison des programmes. Ce projet sera présenté au prochain Conseil d’administration de l’établissement.
Aller au-devant des investisseurs… et des habitants
Deuxième axe fort, l’attractivité économique. « Euroméditerranée, c’est un quartier d’affaires reconnu, attractif, qui attire les talents », rappelle la présidente. Mais elle estime nécessaire d’intensifier la communication, au-delà des seuls salons professionnels comme le SIMI ou le prochain MIPIM en mars.
Un grand rendez-vous, baptisé provisoirement « Euromed Pulse », pourrait ainsi être organisé à l’été, autour du thème « de l’économie à la rencontre de la ville ».
L’ambition de l’événement étant de démontrer les synergies entre développement urbain, formation, emploi et logement. « Nous ne construisons pas uniquement des logements, nous construisons des parcours de vie », affirme-t-elle. Formation publique et privée (école des Fabriques, Cité scolaire internationale, collège Loyola, La Plateforme, Omnes), nouvelle offre de mobilité douce (tramway nord-sud mis en service début 2026, métro, pistes cyclables, gare d’Arenc) : la nouvelle présidente déroule un argumentaire territorial destiné à convaincre industriels et entreprises.
Élue au Conseil régional Isabelle Campagnola Savon, siège également au conseil de surveillance du port de Marseille-Fos. Elle est convaincue du rôle d’Euroméditerranée dans l’accueil des familles en lien avec les futurs investissements à venir sur le môle central de la zone de Fos-Berre. « Nous sommes reliés en une demi-heure par le train de la Côte Bleue », assure-t-elle.
Mais la démarche ne se limite pas au monde économique. « Transformer une ville sans y associer ses habitants est un véritable non-sens », prévient-elle. Une série de rencontres avec associations, commerçants et riverains est programmée, en complément des concertations réglementaires.
Troisième priorité : la transition écologique. « Je veux un Euromed bleu, un Euromed vert », a résumé Isabelle Campagnola-Savon. Les opérations déjà engagées sont mises en avant : 400 arbres plantés le long de l’avenue Cap Pinède, 800 supplémentaires dans la deuxième phase du parc Bougainville, renaturation du ruisseau des Aygalades.
Le grand parc des Aygalades poursuit ses études, tandis qu’un jardin d’expérimentation sur les sols doit voir le jour en 2026-2027. Cette plateforme testera différentes compositions de terres et matériaux afin de réduire les apports extérieurs et la décarbonation liée aux transports. Autre projet annoncé pour 2026 : une plateforme de réemploi des matériaux au Canet, inscrite dans une logique d’économie circulaire appliquée à la construction.
Un contexte immobilier encore fragile
La directrice générale d’Euroméditerranée Aurélie Cousi a livré, pour sa part, une analyse détaillée de la conjoncture. « On est dans un contexte compliqué », a-t-elle reconnu, évoquant un marché du logement « qui tend à s’améliorer, mais qui est encore fragile ». Les taux d’intérêt, stabilisés autour de 3,10 % au niveau national, et la remontée du pouvoir d’achat redonnent des marges de manœuvre aux ménages.
Toutefois, les mises en chantier restent en deçà des niveaux de 2017-2019. En 2025, 100 logements ont été livrés, 250 autorisés et 400 fonciers cédés à des opérateurs. « On remonte progressivement vers notre cible (…) autour de 400 à 500 logements par an », précise la directrice générale.
Sur le plan qualitatif, elle observe entre 80 et 90 % de résidences principales parmi les logements libres, majoritairement acquis par des habitants de Marseille ou des Bouches-du-Rhône, avec une part croissante de primo-accédants de moins de 30 ans.
Début des travaux des J0 et J1 sur le port
Aurélie Cousi a également détaillé l’avancement des opérations sur les deux périmètres. À Saint-Charles, un pôle étudiant de près de 7 500 étudiants se structure autour d’AMU, de l’IMVT et de nouvelles écoles.
Sur la façade portuaire, les projets du J0 (La Passerelle) et du J1 (Le Phare) portés par le Grand Port maritime doivent transformer en profondeur le rapport entre la ville et son port. Les premiers coups de pioche doivent avoir lieu dans le courant de cet été avec une livraison des deux équipements à horizon 2028/ 2030.
À Cazemajou, ancien secteur marqué par les squats et dépôts sauvages, plusieurs livraisons sont attendues en 2026 : immeubles de bureaux, logements, équipements culturels. Aux Crottes, la rénovation des espaces publics, l’ouverture d’une vélo-école et une opération programmée d’amélioration de l’habitat visent à intégrer pleinement le quartier historique à la dynamique d’ensemble.
Au nord, autour de Cap Pinède et du marché aux puces, les travaux de la future place Gèze et la montée en puissance des programmes de logements, dont 680 pour jeunes actifs, traduisent la volonté de retisser les liens avec la Cabucelle.
Isabelle Campagnola-Savon a pour ambition de « passer d’une logique de projet à une logique de ville pleinement opérationnelle ». Une formule qui traduit la volonté d’ancrer Euroméditerranée dans le quotidien des Marseillais.
Les chiffres de 2025
34 475 m2
de demande placée
4,8%
de taux de vacance
56 170
emplois localisés sur Euroméditerranée
5 000
étudiants
10 000
logements livrés et 3000 programmés
250
logements dont 69 logements sociaux ont fait l’objet d’un dépôt de dossier de permis de construire
16 ha
superficie du parc du ruisseau des Aygalades
4 ha




























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