En Isère, où les arrêtés sécheresse se sont multipliés ces dernières années, une PME de Saint-Sauveur a mis au point une réponse aussi simple qu'ingénieuse : des bancs et jardinières autonomes qui captent l'eau de pluie, la stockent et la redistribuent aux plantes, sans aucun raccordement au réseau.
La sécheresse de 2022 a mis en évidence la fragilité de certaines ressources en eau en Auvergne-Rhône-Alpes. L’Isère n’a pas été épargnée : en juillet 2022, la préfecture a placé les territoires de montagne en état de crise sécheresse, le niveau maximal d’alerte. Des épisodes qui se répètent. En juin 2025, 14 départements étaient encore concernés par des restrictions d’usage de l’eau. Ils étaient seulement 6 sur la même période en 2024.
C’est dans ce contexte que Julien Kressmann, dirigeant d’Alpe Polyester Composite comportant Rainbeau à Saint-Sauveur, a fait évoluer son entreprise vers une tout autre finalité. « On s’est dit qu’on pouvait stocker l’eau, on pouvait récupérer les eaux de pluie. Et on s’est rendu compte que l’un des usages intéressants, c’était l’irrigation », explique-t-il. « L’été 2023 a été particulièrement sec. On a vu pour la première fois des vols d’eau pour irriguer. C’est un constat général, pas seulement conjoncturel. »
Rainbeau, du bleu au vert : comment ça marche ?
Née il y a six ans, la marque Rainbeau propose aujourd’hui trois gammes de produits, OPSA, FLO et SÈVE, déclinées en bancs et jardinières. Tous fonctionnent sur le même principe. Capter l’eau de pluie sur la surface développée du système, la stocker dans un volume inférieur intégré, puis la restituer progressivement aux végétaux. Aucun raccordement au réseau d’eau potable, aucune intervention humaine en été.
Deux technologies coexistent. La première irrigue la pleine terre par gravité, via des vasques en terre cuite enterrées qui diffusent l’eau par porosité, développées avec le partenaire OIA Environnement. La seconde, entièrement conçue en interne, irrigue les jardinières par capillarité, grâce à un système de mèches permettant de remonter l’eau avec un débit supérieur à ce qui existe sur le marché. « Notre accroche, c’est souvent passer du bleu au vert. De l’eau au végétal », résume Julien Kressmann.
Un marché B2B, des économies mesurables
Fabriqués intégralement en France, sur deux sites. L’un en Isère, l’autre à Mâcon, les produits Rainbeau sont commercialisés entre 4 000 et 9 000 euros. Ils s’adressent aux collectivités territoriales, aux entreprises, aux établissements scolaires souhaitant végétaliser leurs espaces sans mobiliser d’équipes d’arrosage. « L’été, il y a 2 à 3 tournées d’arrosage par semaine pendant 2 à 3 mois. Le déplacement d’une personne, voire deux, avec un véhicule, le carburant, le temps passé. On estime donc que c’est environ 3 000 euros d’économies par an », chiffre le dirigeant.
En 2025, la marque Rainbeau a réalisé environ 100 000 euros de chiffre d’affaires. Consolidant ainsi une vingtaine d’emplois sur l’ensemble du groupe.
Rainbeau : des innovations en chemin pour 2026
L’entreprise ne s’arrête pas là. Deux nouveaux développements sont en cours, axés sur le pouvoir rafraîchissant et le potentiel d’évapotranspiration des végétaux. Ils seront présentés au Salon des Maires de France en novembre 2026 à Paris. « On se focalise sur le pouvoir rafraîchissant et d’ombrage que nous pouvons offrir », confie Julien Kressmann, sans en dire davantage. Dans un territoire où les villes cherchent à se rafraîchir sans consommer, Rainbeau a encore de l’eau à donner.