Située dans le département du Gard, en Occitanie, au sein de la Petite Camargue, Aigues-Mortes (littéralement « eaux mortes ») tire son nom des lagunes et marais stagnants qui l’entourent. Avec environ 8 700 habitants, cette ville fortifiée incarne un patrimoine exceptionnel, un attracteur touristique majeur et un pôle économique ancré dans le sel, le tourisme et les traditions camarguaises. Fondée au XIIIe siècle par la volonté royale, elle reste l’un des ensembles d’architecture militaire médiévale les mieux conservés d’Europe.
Le port des croisades et bastion fortifié
L’occupation du site remonte à l’Antiquité : Grecs et Romains y produisaient déjà du sel, et des vestiges archéologiques en témoignent. Au Ve siècle, des moines bénédictins fondent l’abbaye de Psalmody au milieu des lagunes.
En 791, Charlemagne fait édifier la tour Matafère pour protéger pêcheurs et sauniers. Le véritable essor intervient en 1240. Louis IX (le futur Saint Louis), privé de port méditerranéen propre (la Provence relevant alors du Saint-Empire et le Languedoc des Aragonais), acquiert le territoire auprès des bénédictins. Il y fonde une ville portuaire stratégique pour ses croisades et le commerce.
La Tour de Constance est érigée dès 1241-1250 comme donjon et phare. En 1246, une charte de privilèges (exemptions fiscales, monopoles commerciaux) attire colons français et italiens. Les remparts, décidés en 1266, sont achevés sous Philippe III le Hardi et Philippe le Bel vers 1300 : une enceinte rectangulaire de 1 643 mètres, flanquée de tours et percée de portes, encore quasi intacte aujourd’hui.
Aigues-Mortes devient le premier port français sur la Méditerranée. De là partent les VIIe (1248) et VIIIe (1270) croisades de Louis IX, qui y meurt à Tunis. En 1278, la ville obtient même un monopole sur les échanges du royaume. Le déclin s’amorce au XIVe siècle avec l’ensablement du port et, après 1481, la concurrence de Marseille.
Aux XVIe-XVIIe siècles, elle devient place huguenote (édit de Beaulieu 1576, confirmé par l’édit de Nantes). Après la révocation de 1685, la Tour de Constance sert de prison pour protestants ; Marie Durand y reste 38 ans et grave le mot « Résister ». Au XIXe siècle, le massacre des ouvriers italiens des salins (août 1893) marque un épisode tragique lié aux tensions sociales et économiques.
Aujourd’hui, les remparts et la Tour de Constance, gérés par le Centre des monuments nationaux, symbolisent cette histoire royale, religieuse et maritime.
Un joyau de la Camargue
Aigues-Mortes attire plus de 3 millions de visiteurs par an, grâce à son authenticité médiévale et à son écrin naturel. Les remparts offrent un chemin de ronde unique (environ 1,6 km) avec vues panoramiques sur la ville, les salins roses et la Camargue. La visite de la Tour de Constance et des remparts est l’attraction phare (tarifs autour de 12 € en haute saison).
Au cœur de la cité : la place Saint-Louis (statue de Saint Louis par Pradier, 1849), l’église Notre-Dame-des-Sablons (XIIIe-XIVe siècles, vitraux contemporains), les chapelles des Pénitents, les rues commerçantes avec la fougasse d’Aigues-Mortes, spécialité locale. Juste aux portes de la ville, les Salins d’Aigues-Mortes (environ 8 000 hectares) constituent un paysage emblématique : bassins rose fuchsia (dues à l’algue Dunaliella salina), « camelles » de sel, flamants roses. Visites en petit train, à vélo, à pied ou en 4×4 attirent des centaines de milliers de personnes (plus de 210 000 récemment pour l’activité touristique des salins).
La Camargue environnante complète l’offre : manades de taureaux et chevaux blancs, courses camarguaises dans les arènes, balades à cheval, croisières sur les canaux, observation des oiseaux (avec La Maison du Grand Site de France Camargue Gardoise)
L’office de tourisme promeut un tourisme durable (« EcoPasseurs »). Gastronomie (gardiane de taureau, riz de Camargue, Cannelé Camarguais de Calamel) et événements renforcent l’attractivité toute l’année, avec un pic estival mais aussi un succès hors-saison.
Sel, tourisme et services
L’économie d’Aigues-Mortes repose largement sur le tourisme et le sel, avec un tissu de commerces et services. En 2023, la commune comptait environ 2 800 emplois sur son territoire, dominés par le commerce, les transports et services divers (plus de 54 %), suivis de l’industrie, de l’administration et de l’agriculture.
Les Salins du Midi (marque La Baleine) restent un pilier historique et industriel. Le site d’Aigues-Mortes produit du sel alimentaire (environ 35 000 tonnes/an) et chimique (environ 30 000 tonnes), avec un rôle dans le sel de déneigement. Il emploie près de 200 personnes et se diversifie vers le tourisme (visites mais aussi les hébergements avec des gîtes, le bien-être avec un spa), les séminaires, les tournages et les produits dérivés (cosmétiques).
Le groupe a consolidé sa position (chiffre d’affaires en croissance) et signé des contrats industriels de long terme. Le tourisme génère des retombées directes (commerces, hébergements, restauration) et indirectes (taxe de séjour passée de 50 000 € à près de 450 000 € grâce aux millions de visiteurs). L’agriculture (riz, vignoble bio avec l’AOP Vin des Sables de Camargue important à proximité) et les activités camarguaises (manades, chevaux) complètent le panorama.
La majorité des établissements sont de petite taille, dans les services, reflétant une économie résidentielle et touristique. La cité confirme d’ailleurs une nouvelle fois en 2026 son statut de destination touristique de premier plan en Occitanie, puisqu’elle à renouvelé son classement en Station Classée de Tourisme. Il s’agit du plus haut label, accordé aux communes touristiques françaises par l’État. Malgré un taux de chômage localement plus élevé que la moyenne nationale, la ville capitalise sur son patrimoine pour soutenir l’emploi et les recettes municipales, tout en réduisant sa dette sur le long terme.
Aigues-Mortes illustre donc la réussite d’un héritage médiéval préservé qui irrigue à la fois l’identité, l’attractivité et la prospérité économique. De port des croisades à destination phare de la Camargue, elle conjugue histoire vivante, paysages uniques et filières productives. Face aux enjeux climatiques (érosion, niveau de la mer) et à la saisonnalité, la cité continue de s’appuyer sur son patrimoine exceptionnel pour se projeter dans l’avenir, invitant visiteurs et habitants à découvrir un territoire où le passé dialogue constamment avec le présent.

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