Au Château de Marsillargues, le PETR Vidourle Camargue a remis officiellement son inventaire du patrimoine, fruit de deux décennies de travail de terrain et point de départ d'une nouvelle aventure culturelle. Reportage vidéo.
Il aura fallu vingt ans, quatre-vingts correspondants bénévoles, cinquante communes et une chargée de mission passionnée pour en arriver là. Le 15 septembre 2026, dans le cadre majestueux du Château de Marsillargues, le PETR Vidourle Camargue a remis officiellement son inventaire du patrimoine — un ouvrage de plus de 300 pages qui recense pour la première fois, et de manière exhaustive, les patrimoines bâtis, immatériels et mémoriels d’un territoire situé entre Nîmes et Montpellier.
Une œuvre collective, un outil pour les élus, les professionnels du tourisme, les scolaires et les habitants. Et surtout, un point de départ.
Vingt ans de terrain condensés en 300 pages
Tout a commencé en 2007, quand le PETR Vidourle Camargue crée sa mission Patrimoine pour répondre à une urgence : la pression immobilière liée à la mission Racine sur le littoral languedocien menaçait de faire disparaître les patrimoines d’un territoire pourtant exceptionnel, de la garrigue à la baie d’Aigues-Mortes. Depuis des millénaires, l’eau, la faune, la flore et la diversité des matériaux de construction avaient façonné ici une civilisation particulière, dont les traces — viticulture, élevage, pêche, traditions — risquaient d’être englouties par les nouveaux modes de vie.
La réponse de la mission Patrimoine a été méthodique et innovante : dès 2008, un réseau de correspondants bénévoles est constitué avec au moins un représentant par commune. En deux ans, un recensement large est opéré. Une chaîne patrimoine en quatre étapes — inventaire, conservation, valorisation, labellisation — structure le travail sur le long terme. Et en 2025, la consécration : le Ministère de la Culture attribue le label Pays d’art et d’histoire au PETR, qui devient le trentième membre du réseau des Villes et Pays d’art et d’histoire d’Occitanie.
La publication de l’inventaire, le 15 septembre 2026, est la traduction concrète de ce travail de longue haleine.
« C’est son œuvre, c’est sa vie »
Derrière cet inventaire, il y a une femme. Patricia Carlier, docteure en archéologie médiévale et méditerranéenne et anthropologue, a piloté la mission Patrimoine de 2007 à 2026. C’est elle qui a rédigé cet ouvrage, coordonné le réseau des correspondants, défini les approches pluridisciplinaires mêlant histoire, ethnologie et anthropologie.
« Je suis très contente que mon inventaire ait pu être publié juste avant mon départ à la retraite. Je pense que le label Pays d’art et d’histoire que nous avons obtenu va permettre l’utilisation et l’épanouissement de cet inventaire dans une action culturelle majeure, puisque c’est le rôle du Pays d’art et d’histoire. Ce n’est ni une fin, ni quelque chose d’exhaustif. C’est quelque chose qui doit être utilisé maintenant et poursuivi dans certains domaines. »
Thierry Agnel, président du PETR Vidourle Camargue, lui a rendu un hommage appuyé : « Patricia Carlier a fait un formidable travail depuis vingt ans. On peut dire que c’est son œuvre, c’est sa vie. »
Du château au taureau de Camargue, un patrimoine sans hiérarchie
Ce qui distingue cet inventaire de la plupart des démarches similaires, c’est son refus de la hiérarchie patrimoniale. Nicolas De Craene, vice-président du PETR en charge de la Culture et du Patrimoine, explique : « Pour la plupart de nos administrés, le patrimoine se limite souvent à un patrimoine bâti. Mais il occupe aujourd’hui une multiplicité tellement importante que jusqu’à aujourd’hui, il n’y avait eu aucun recensement des pratiques, d’un patrimoine immatériel, de vécus, de traditions.
L’avantage de ce document, c’est que tous les éléments sont positionnés sur un pied d’égalité. Sa qualité première, c’est de ne pas faire de hiérarchie dans le patrimoine et de donner la chance à chaque élément patrimonial d’exister. »
Patricia Carlier précise la part du patrimoine immatériel dans l’ouvrage : environ 30 % du contenu. « Le patrimoine immatériel, c’est principalement la bouvine, tout ce qui tourne autour du taureau et de l’élevage. Les jeux taurins, c’est juste un phénomène lié à une pratique d’élevage connue dans les archives antérieurement au XVe siècle. »
Aux côtés du patrimoine bâti classique figurent également le patrimoine industriel et le patrimoine de réseau — autant de traces d’une société qui s’est construite au rythme de l’eau et des terroirs.
Un outil pour les communes, les touristes et les scolaires
L’inventaire n’est pas un ouvrage de bibliothèque destiné à vieillir sur une étagère. Thierry Agnel insiste sur sa vocation opérationnelle : « Il répond à plusieurs enjeux. Le mettre à disposition des bibliothèques, médiathèques, correspondants du patrimoine et élus aux affaires culturelles. Proposer aux professionnels du tourisme de nouveaux sites et visites thématiques. Et aussi aider les communes dans leur Plan local d’urbanisme, pour améliorer leur patrimoine, leur architecture, les aider à trouver des financements. »
Nicolas De Craene y voit même un potentiel de rayonnement qui dépasse largement les frontières du territoire : « Chaque commune est désormais en capacité, en utilisant ce document, d’avoir des éléments de fond qui permettraient de valoriser le patrimoine local, mais à l’échelle régionale, nationale, voire internationale. Ce document constitue aujourd’hui un modèle pour d’autres territoires et d’autres pays qui s’en inspirent pour créer le leur. Aujourd’hui, toutes les portes sont ouvertes. »
Un nouveau chapitre commence : le relais est passé à Sébastien Balestrieri
Si Patricia Carlier passe le flambeau, le travail continue. Depuis le 1er avril 2026, Sébastien Balestrieri a pris le poste de chef de projet Pays d’art et d’histoire au PETR. Sa mission : faire vivre le label sur les dix ans qui viennent, animer le réseau des quatre-vingts correspondants, créer une programmation culturelle et accompagner les élus dans leurs projets territoriaux.
« Cela consiste à mettre en œuvre la politique du label patrimonial pour rendre le patrimoine accessible au plus grand nombre et à accompagner les élus dans la mise en œuvre de leurs projets. Cela passe par la création d’expositions itinérantes, des conférences, des ateliers et des visites guidées en partenariat avec nos partenaires institutionnels, musées, monuments historiques et offices du tourisme. C’est un travail hyper prenant — mais c’est une passion avant tout », confie-t-il avec enthousiasme.
Les premières actions concrètes sont déjà au programme. « Maintenant, nous sommes labellisés pour dix ans. Il faut le faire vivre, ce label. C’est ce que nous allons faire avec les communes, les associations, les scolaires. C’est tout un travail qui commence », conclut Thierry Agnel.

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