CCI Aix marseille Attractiv industries
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Nathalie Bureau du Colombier
Hier Dernière mise à jour le Lundi 26 Octobre 2026 à 10:00

Le 22 octobre, industriels, institutionnels et acteurs de l’emploi et de la formation se sont réunis au Palais de la Bourse pour « Attractiv’Industrie ». La matinée de keynotes et de tables rondes, organisée par la CCI métropolitaine Aix-Marseille-Provence, portait sur les compétences dont auront besoin les nouvelles usines décarbonées de la zone industrialo-portuaire de Fos. Ces projets sont autant d’opportunités d’emplois, à condition de former, de recruter et d’accompagner les reconversions.

De l’énergie, de l’eau et des compétences…

Sur le môle central de Fos-sur-Mer, où se multiplient les projets d’usines décarbonées, la formation et le recrutement d’experts des nouveaux procédés deviennent un enjeu central pour le territoire. « La décarbonation, c’est la plus grande chance qui nous soit offerte depuis la création de la zone industrialo-portuaire de Fos », lance Jean-Luc Chauvin, président de la CCI métropolitaine Aix-Marseille-Provence, à l’initiative de cette matinée réunissant une centaine d’experts. 

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L’objectif : trouver des solutions au choc démographique. Dans les dix prochaines années, 500 000 personnes partiront à la retraite en Provence-Alpes-Côte d’Azur, soit un emploi sur quatre, dont 200 000 dans les Bouches-du-Rhône. Dans le même temps, les jeunes seront de moins en moins nombreux. « Plus d’un million de départs auront lieu en France d’ici 2030, liés à la démographie et à la dénatalité », souligne Emmanuelle Germani, vice-présidente nationale de l’ANDRH et DRH RSE du groupe KP1.

« Le verdissement des emplois existants »

Les entreprises de la chimie investiront entre 4 et 6 milliards d’euros d’ici 2030, dont une part importante sur le pourtour méditerranéen et à Fos-Berre. INEOS table ainsi sur 300 M€ pour moderniser son site de Lavéra et réduire ses émissions de 331 000 tonnes de CO2 par an. « Cette transformation aura un impact fort sur les métiers, puisqu’elle touche les installations, les procédés de production, le pilotage et la maintenance », souligne Stéphane Bergamini, délégué général de France Chimie Méditerranée. Il parle d’ailleurs moins de révolution que de « verdissement des emplois existants ».

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Ces métiers techniques, soumis à de forts enjeux de sécurité, exigent des formations spécifiques et suscitent de nombreuses interrogations chez les riverains. L’hydrogène et l’électricité étant au cœur de la décarbonation de l’industrie, il faut adapter les formations existantes en y ajoutant des modules spécifiques, par exemple pour la maintenance des électrolyseurs. « Les nouveaux procédés appellent de nouvelles compétences. Les métiers de l’industrie doivent s’adapter, c’est une opportunité pour Aix-Marseille de former », souligne Arthur Leroux, président fondateur d’Enogia. 

Marcegaglia prévoit ainsi de recruter près de 800 personnes à Fos pour son projet Mistral, une aciérie électrique produisant de l’acier vert à partir de ferrailles. « Nous allons embaucher beaucoup en sortie de BTS et assurer une formation initiale et continue. Nous prévoyons de recruter également du personnel expérimenté », précise Jacques-Yves Floch, directeur général et CEO de Marcegaglia Fos-sur-Mer. Lauréate de l’Innovation Fund européen, GravitHy créera 500 emplois et exploitera environ 720 MW d’électrolyseurs pour produire 2 millions de tonnes par an de fer réduit à l’hydrogène. 

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« Les métiers qu’on aura dans l’usine sont sensiblement les mêmes que ceux qu’on trouve aujourd’hui dans la chimie et la pétrochimie », ajoute Aude Humbert, directrice du développement de H4 Marseille Fos, qui produira du kérosène de synthèse.

« Une section de bac pro qui ferme, c’est le BTS qui suit qui est impacté »

La pénurie touche d’abord des métiers bien connus, de niveau bac pro à bac+2 : techniciens de maintenance, électromécaniciens, automaticiens, tuyauteurs, soudeurs, frigoristes. Dans les Bouches-du-Rhône, la tension de recrutement atteint 75 à 100 % sur certains postes. Le paradoxe est criant : fin août, le département comptait 117 000 demandeurs d’emploi sans activité, alors que 5 400 offres industrie et maintenance étaient en ligne sur France Travail. « 47 % des projets de recrutement industriels sont jugés difficiles, 66 % sur les métiers en tension », détaille Guillaume Sagot, directeur France Travail Provence. 

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Financée par le Fonds de transition juste, la préparation opérationnelle à l’emploi a concerné près de 1 000 personnes depuis janvier, avec 87 % de retour à l’emploi à six mois, contre 69 % en moyenne régionale.

À la rentrée, une section de bac pro maintenance va pourtant fermer. « Non pas faute de candidats, mais parce qu’on n’a pas les industriels en face » pour accueillir les apprentis, déplore Sébastien Ricci, délégué général de l’UIMM Alpes-Méditerranée. L’accessibilité des sites aggrave encore la situation. Lors de la micro-certification organisée à Port-de-Bouc, certains salariés sans voiture ont dû renoncer, faute de mieux que trois heures de bus.

« La micro-certification n’est pas une fin en soi »

Pour gagner en réactivité, la CCI a expérimenté du 5 au 9 octobre une micro-certification en maintenance hydrogène bas carbone. Cette formation de 35 heures s’est déroulée sur le plateau technique de l’Institut des Talents de John Cockerill. Les quatre ingénieurs stagiaires ont validé les six compétences visées, et GravitHy y a envoyé deux collaborateurs en vue de la mise en service de son site en 2028-2029. « C’est un complément à la qualification, pas un substitut », précisent les animateurs de la démarche, cofinancée par l’Union européenne. 

La Région Sud revendique de son côté 800 places de formation « colorées » avec des entreprises. « Si toutes nos formations étaient pleines et tous les diplômés embauchés, il n’y aurait pas de tension », nuance Philippe Delhoume, directeur de projet compétences stratégiques. Selon les secteurs, 8 % à 46 % des personnes formées ne rejoignent pas l’industrie.

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« Il a fallu attendre 14 ans pour que l’industrie locale se penche sur notre technologie »

Installée sur le territoire depuis 2012, Enogia a livré plus de 200 machines dans plus de 30 pays. La PME, qui valorise la chaleur fatale des usines, ne réalise pourtant que cette année sa première démonstration locale, chez INEOS. « Ouvrez vos portes. Si on n’est pas capable de montrer une machine qui fonctionne chez soi, on doit redoubler d’efforts pour convaincre les clients étrangers », lance Arthur Leroux aux donneurs d’ordre.

Côté puissance publique, le projet partenarial d’aménagement de Fos-Berre mobilise 680 M€ sur 2026-2030 pour une trentaine d’actions, dont 70 % déjà engagées. Il couvre les transports, les équipements publics et la formation dans un territoire « où aucune grande usine n’a ouvert depuis 40 ans », rappelle Pierre Franc, délégué à la transformation industrielle de la zone auprès du préfet de région. 

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Le préfet Jacques Witkowski espère d’ici la fin de l’année voir publier le décret d’une opération d’intérêt national autour de l’étang de Berre, pour réserver le foncier à l’industrie. Il juge « absolument indispensable » la ligne très haute tension de Fos, dont le rapport d’enquête publique est attendu en janvier. « Un investisseur qui hésite, c’est une usine qui se construit ailleurs », a pour sa part averti Jean-Luc Chauvin.

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