Pour répondre à cette question importante, Avis d'expert avec Lamine Gharbi, le Président de la FHP et Président du Groupe Cap Santé
» La santé est l’un des rares secteurs à échapper encore à la libre concurrence. Les gouvernements successifs gardent jalousement la mainmise sur ce dernier rempart de l’Etat-Providence. Faut-il s’en réjouir ? Peu importe, ce qui compte, n’est-ce pas l’efficacité en termes de santé au meilleur coût pour les finances publiques ?
En France, on continue d’entendre qu’on serait les mieux soignés au monde. Qu’en est-il ? Intéressons-nous à trois de nos voisins.
La Grande-Bretagne tout d’abord. Une récente chronique dans le Guardian décrivait l’enfer de la gratuité des soins au pays d’Albion. Un NHS en déficit récurrent, une pénurie chronique de médecins et de lits, un chaos sanitaire causé par un afflux croissant aux urgences de précaires et d’immigrants désorientés, un nombre d’accidents hospitaliers graves en augmentation, etc.
Résultat: une congestion inimaginable, des mois de délais pour être opéré, des médicaments non accessibles à tous du fait de leur prix… et l’éclosion d’une médecine à deux vitesses.
Une étude montre que ceux qui ont pu se payer une assurance privée meurent moins du cancer que les autres… Classée 14e au Euro Health Consumer Index 2014, la Grande-Bretagne offre un bon exemple de la chaîne implacable: gratuité = explosion de la demande = rationnement.
Au point que les Britanniques ont confié la gestion d’hôpitaux publics au privé et réfléchissent à remettre en place un paiement d’avance de certains soins par les patients.
L’Allemagne ensuite. Alors que nous enchaînons les déficits depuis 27 ans, les caisses régionales d’assurance-maladie outre-rhin ont dégagé 30 milliards d’excédent en 2013 !
Convergence tarifaire achevée en 2009, choix d’un remboursement intégral mais sur un panier de soins restreint, responsabilisation des patients via des franchises plafonnées, principe de rigueur et d’équilibre budgétaire strict à l’hôpital sous peine de réorganisation drastique. Résultat : 2.000 hôpitaux en Allemagne pour 80 millions d’habitants, contre 2.800 pour 65 millions en France, et un ratio de personnel hospitalier par lit de 1,7, contre 3,1 en France.
Est-on moins bien soigné en Allemagne, 9e au classement européen, quand la France est seulement… 11e, avec un système de soins financé par la dette ?
Les Pays-Bas enfin. Le nouveau système de santé refondé en 2006 a réussi à concilier une couverture sociale solide avec une dynamique de marché. L’Etat garantit des soins médicaux de qualité pour tous mais ce sont les assureurs privés qui sont tenus de fournir une assurance maladie de base bon marché (100 €/mois).
Obligatoire pour tous, elle protège contre les gros accidents de la vie. Le reste est laissé à des complémentaires en concurrence au profit de l’assuré (il peut changer d’assurance tous les ans) et de la qualité des soins (liberté de choix absolu de son médecin ou établissement), avec une compensation pour les plus modestes.
Au final, les Pays-Bas dépensent moins de 10% du PIB dans la santé et se classe au 1er rang pour la cinquième année consécutive sur 36 pays européens.
Et en France ? Le projet de loi santé, censé « moderniser » notre système sanitaire, ignore encore et toujours la question de l’efficience médico-économique.

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