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Denys Bédarride
4 septembre 2020 Dernière mise à jour le Vendredi 4 Septembre 2020 à 07:09

A l'occasion de l'ouverture du procès des attentats de janvier 2015, Charlie Hebdo a commandé à l'Ifop une grande enquête afin de mieux cerner l'état de l'opinion sur les combats menés par le journal satirique ces dernières années (ex : liberté d'exp

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Pour cela, l’Ifop a mis en place un dispositif d’étude permettant d’observer la manière dont la position des Français sur ces sujets a évolué au cours des quinze dernières années tout en donnant pour la première fois un aperçu de l’opinion des Français de religion musulmane sur les attentats de 2015 et les sujets de société ayant émaillé l’actualité du journal depuis l’éclatement de l’affaire des caricatures en 2006.

Afin d’avoir des données fiables sur cette catégorie de la population particulièrement concernée par ces sujets, l’Ifop a donc non seulement sondé un échantillon « classique » de 1 000 Français mais aussi un échantillon représentatif de 500 Français musulmans, soit dix fois plus que leur nombre habituellement interrogés dans un échantillon national représentatif.

Publiés en partie dans le numéro spécial de Charlie Hebdo consacré au procès des attentats de janvier 2015, les résultats de cette enquête sont exposés dans leur intégralité par la Fondation Jean Jaurès avec une note présentant ses principaux enseignements.

 

Voici ce qu’il faut en retenir :

 

1) En une quinzaine d’années, l’opinion des Français sur le droit à caricaturer les personnages religieux a évolué aux dépens des positions tenues par les organisations musulmanes qui avaient à l’époque poursuivi les médias ayant publié des caricatures du prophète musulman : 59% des Français estiment que les journaux avaient « raison » de publier ce type de caricatures « au nom de la liberté d’expression », alors qu’en février 2006, seule une minorité de Français partageaient cette opinion (38%).

Cependant, l’idée selon laquelle les journaux avaient « tort » reste largement répandue chez les musulmans (69%) et surtout chez l’ensemble des jeunes de moins de 25 ans (47%), ce qui pourrait à long terme faire encore évoluer l’opinion sur le sujet.

2) Les Français s’avèrent de moins en moins compréhensifs à l’égard de l’indignation suscitée par ce type de publications : seuls 29% d’entre eux partagent cette indignation, contre 36% en février 2006.

Mais là aussi, les jeunes se distinguent du reste de la population par une position beaucoup plus « compréhensive » à l’égard de l’indignation suscitée par ce type de dessins : la moitié des moins de 25 ans (47%, contre 23% des plus de 35 ans) partage cette indignation.

3) Si la grande majorité des Français de religion musulmane condamnent fermement ces attentats (72%), cette condamnation y fait moins l’unanimité que chez l’ensemble des Français (88%).

Cependant, force est de constater que cette désapprobation fait moins l’unanimité dans leurs rangs : 10% des musulmans « condamnent [les frères Kouachi] mais partagent certaines de leurs motivations » et 5% déclarent qu’ils « ne les condamnent pas ».

Par ailleurs, 13 % des musulmans se disent indifférents à l’égard des terroristes ayant assassiné les 12 personnes lors de cet attentat. Au total, la proportion de Français musulmans n’exprimant de condamnation à l’égard des assassins de Charlie hebdo est donc deux fois supérieure (18%) à la moyenne nationale (8%).

4) Un quart des jeunes musulmans (26%) de moins de 25 ans ne condamnent pas explicitement les auteurs des attentats du 7 janvier 2015 et 12% les condamnent tout en admettant partager certaines de leurs motivations, sans doute parce qu’ils voient dans l’irrévérence envers l’Islam une forme inacceptable d’irrespect envers eux.

5) Invités à s’imaginer au lendemain de l’attentat commis contre le journal, 41% des musulmans déclarent qu’ils n’auraient pas participé à la minute de silence organisée en hommage aux journalistes victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo, soit une proportion deux fois supérieure à celle mesurée chez l’ensemble des Français (20%).

6) Signe de leur difficulté à se solidariser avec une rédaction dont les satires sur l’Islam ont été présentés comme « islamophobes », les musulmans sont également une majorité à dire qu’ils n’auraient pas participé aux marches républicaines organisées sous le slogan « Je suis Charlie » : 61%, soit une proportion sensiblement supérieure à celle mesurée sur l’ensemble des Français (47%).

7) Un musulman sur quatre (25%) admet même que s’il se retrouvait dans cette situation, il aurait proféré des injures lors des cérémonies en l’honneur des victimes : cette proportion montant même jusqu’à 34% chez ceux vivant dans des banlieues populaires.

8) Interrogés plus largement sur leur rapport à la religion, les musulmans sont ainsi deux fois plus nombreux (40%) que l’ensemble des Français (17%) à faire passer leurs convictions religieuses avant les valeurs de la République, sachant que cette proportion est très largement majoritaire chez les jeunes musulmans de moins de 25 ans (74%)

9) De même, l’idée selon laquelle « L’islam est la seule vraie religion » est partagée par de plus en plus de musulmans : 61 %, soit une proportion en hausse de six points par rapport à ce que l’IFOP avait pu mesurer en 2016 (IFOP/Montaigne).

10) Enfin, l’idée selon laquelle « l’islam est incompatible avec les valeurs de la société française » est loin d’être approuvée que par la population non-musulmane : 61% des Français partageant cette idée d’après un récent sondage de l’Ifop pour le JDD (octobre 2019). Si l’enquête montre que ce sentiment recueille l’approbation de 29% des musulmans, il est aussi partagé par près d’un jeune musulman sur deux (45%).

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Enfin, trois résultats importants ressortent de l’enquête et qui font réfléchir :

1) Attentat contre Charlie Hebdo : une condamnation des terroristes qui fait moins l’unanimité chez les jeunes et les musulmans

En 2015, la perturbation des minutes de silence organisées dans des établissements scolaires en l’honneur des victimes Charlie Hebdo etla faible mobilisation de certaines villes lors de la marche du 11 janvier ont suscité débats et polémiques sur l’indifférence, voire le caractère ambigu des Français musulmans à l’égard des attaques terroristes sans qu’aucune donnée fiable n’appuie ces assertions. Seuls les travaux pionniers d’Anne Muxel et d’Olivier Galland (cf La Tentation Radicale, 2018) ont eu le mérite de mesurer l’ampleur des formes de désolidarisation à l’égard des victimes et des « émotions collectives » partagées par la plupart des Français mais ils sont restés limités aux lycéens et/ou quartiers populaires.

Ainsi, le grand intérêt de cette étude est de donner pour la première fois un aperçu de l’opinion des Français musulmans sur ces attentats à partir d’un échantillon national représentatif de musulmans. Or, il en ressort que si la grande majorité des Français de religion musulmane condamnent fermement ces attentats, cette condamnation y fait moins l’unanimité que chez l’ensemble des Français.

En effet, les musulmans sont loin d’être en porte-à-faux avec le reste de la population hexagonale sur l’épineuse question de la condamnation des terroristes : 72% d’entre eux condamnent totalement les auteurs de l’attentat, ce qui est une proportion nettement inférieure à la moyenne nationale (88%) mais qui reste largement majoritaire.

Cependant, force est de constater que cette désapprobation radicale du terrorisme fait moins l’unanimité dans leurs rangs : 10% des musulmans « condamnent [les frères Kouachi] mais partagent certaines de leurs motivations », soit une proportion trois fois supérieure aux non-musulmans (3%) et 5% déclarent qu’ils « ne les condamnent pas », contre à peine 3% des non-musulmans. Par ailleurs, 13 % des musulmans se disent indifférents à l’égard des terroristes ayant assassiné les 12 personnes lors de cet attentat, soit une proportion trois fois supérieure à ce que l’on observe chez les non-musulmans (4 %).

Au total, la proportion de Français musulmans n’exprimant de condamnation à l’égard des assassins de Charlie hebdo est donc deux fois supérieure (18%) à la moyenne nationale (8%).

Cependant, le plus inquiétant pour l’avenir est que cette enquête confirme la désolidarisation d’une partie de la jeunesse – musulmane mais pas seulement – observée par Anne Muxel et Olivier Galland dans leur enquête auprès des lycéens en 2016. En effet, l’enquête montre qu’un quart des jeunes musulmans (26%) de moins de 25 ans ne condamnent pas explicitement les auteurs des attentats du 7 janvier 2015 et 12% les condamnent tout en admettant partager certaines de leurs motivations, sans doute parce qu’ils voient dans l’irrévérence envers l’Islam une forme inacceptable d’irrespect envers eux.

Cependant, il est important de signaler que cette tendance à se montrer émotionnellement indifférent à l’égard des attentats est un phénomène qui touche l’ensembles des jeunes : un jeune sur cinq (21%) de moins de 25 ans ne condamne pas explicitement les auteurs des attentats du 7 janvier 2015, soit environ un jeune non-musulman sur six.

2) Une moindre empathie des musulmans à l’égard des victimes de l’attentat

Les Français musulmans se distinguent encore plus nettement du reste de la population française dans leur réaction aux manifestations en honneur des victimes de Charlie Hebdo. En effet, invités à s’imaginer au lendemain de l’attentat commis contre le journal, ils se montreraient beaucoup moins enclins que la moyenne des Français à participer à ces céréomines.

S’ils se retrouvaient dans cette situation, 41% des musulmans déclarent qu’ils n’auraient pas participé à la minute de silence organisée en hommage aux journalistes victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo, soit une proportion deux fois supérieure à celle mesurée chez l’ensemble des Français (20%).

Signe de leur difficulté à se solidariser avec une rédaction dont les satires sur l’Islam ont été présentés comme « islamophobes », les musulmans sont également une majorité à dire qu’ils n’auraient pas participé aux marches républicaines organisées sous le slogan « Je suis Charlie » : 61%, soit une proportion sensiblement supérieure à celle mesurée sur l’ensemble des Français (47%).

Enfin, un musulman sur quatre (25%) admet même que s’il se retrouvait dans cette situation, il aurait proféré des injures lors des cérémonies en l’honneur des victimes : cette proportion montant même jusqu’à 34% chez ceux vivant dans des banlieues populaires.

3) Des Français musulmans sensiblement plus radicaux dans leur rapport à la religion

Le 7 janvier a remis sur le devant de la scène la question de la compatibilité des valeurs de l’Islam et de celles de la République française, et notamment la capacité des Français musulmans à subordonner aux lois de la République les préceptes du Coran, les hadiths et autres interprétations qui en sont faites par les docteurs de la foi musulmane.

Or, cette enquête confirme les enseignements de la dernière enquête de l’Ifop auprès de la population musulmane (2019), qui se distinguait, selon Jérôme Fourquet, par une « orthopraxie qui se renforce au fil du temps, notamment auprès des jeunes générations » (Jérôme Fourquet, « Le « tchador » n’a pas encore dit son dernier mot », Le Point, 18 septembre 2019).

En effet, la position très particulière des musulmans sur ces questions tient sans doute au rapport beaucoup plus orthodoxe qu’ils entretiennent avec la religion, le public de croyants se distinguant par sa capacité à se conformer « aux injonctions de la religion à laquelle il est rattaché spirituellement et culturellement ».

Interrogés plus largement sur leur rapport à la religion, les musulmans sont ainsi deux fois plus nombreux (40%) que l’ensemble des Français (17%) à faire passer leurs convictions religieuses avant les valeurs de la République, sachant que cette proportion est très largement majoritaire chez les jeunes musulmans de moins de 25 ans (74%). De même, l’idée selon laquelle « L’islam est la seule vraie religion » est partagée par de plus en plus de musulmans : 61 %, soit une proportion en hausse de six points par rapport à ce que l’IFOP avait pu mesurer en 2016 (IFOP/Montaigne).

Enfin, l’idée selon laquelle « l’islam est incompatible avec les valeurs de la société française » est loin d’être un indicateur « d’islamophobie » qui ne serait approuvé que par la population non-musulmane : 61% des Français partageant cette idée d’après un récent sondage de l’Ifop pour le JDD (octobre 2019). Si l’enquête montre que ce sentiment recueille l’approbation de 29% des musulmans, il est partagé par près d’un jeune musulman sur deux (45%).

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Source IFOP pour Charlie Hebdo

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