À l'occasion de ses vœux à la presse, vendredi 9 janvier, le président de la Région Nouvelle-Aquitaine a dressé le bilan des dix ans de la fusion régionale. Entre colère face au désengagement de l'État et fierté des réussites locales, Alain Rousset défend une véritable décentralisation et place la fraternité au cœur de son action politique. Interview vidéo.
Dix ans après la création de la Région Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset ne cache pas sa frustration. “J’ai un peu la tête dans le guidon. J’essaye de la lever le plus souvent possible. Avec les conseillers régionaux, nous avons fait notre possible”, confie le président de Région.
Sauver les lycées et les lignes ferroviaires : un combat quotidien
Alain Rousset revendique une action de proximité. “Nous avons répondu parfois à des petites attentes. Comment fait-on pour qu’un lycée ne soit pas fermé ? Ou une voie ferroviaire ?”, interroge-t-il, citant les exemples des lignes Limoges-Poitiers et Niort-Saintes actuellement préservées.
Le cas du lycée de Felletin, en Creuse, illustre cette bataille. “Le lycée Felletin devait fermer s’il était resté limousin. Nous l’avons sauvé.”, souligne-t-il, pour démontrer l’utilité de la grande région dans la lutte contre la déprise territoriale.
Une colère face à l’État qui “met la main dans les poches” des collectivités
Le ton monte lorsqu’Alain Rousset évoque les relations avec l’État. “Je suis furieux devant la main dans les poches des collectivités territoriales que pratique l’État alors qu’il s’est complètement planté, pardonnez-moi l’expression, sur la gestion du budget de l’État. Nous sommes dans un modèle qui n’est plus viable”, lance-t-il sans détour.
Pour lui, la solution réside dans une vraie décentralisation. “J’apprécie la position du Premier ministre de dire : faisons un acte de décentralisation. Mais comme c’est repris par l’administration centrale qui ne veut pas perdre un seul de ses pouvoirs, cela devient un acte de déconcentration. »
Sa demande est claire : “Il faut responsabiliser, sécuriser les collectivités locales parce qu’à la fois, nous réparons, par exemple, la déprise médicale, le risque de fermeture d’une usine à la campagne, la déprise éducative.” Alain Rousset prévoit d’ailleurs de porter ce message directement auprès de l’équipe du Premier ministre la semaine prochaine.
La fraternité comme boussole politique
Au-delà de la gestion territoriale, le président de Région défend une vision humaniste de la politique. “Le plus beau mot et dont les autres découlent de la devise de la République, c’est la fraternité. Cela signifie qu’on se respecte, qu’on s’occupe de l’autre. Et c’est un mot qui fait du bien en plus. Cela suppose aussi la liberté, et l’égalité ou tendre vers l’égalité”, explique-t-il.
“L’explosion des inégalités qui produit l’explosion des guerres, aujourd’hui, ne correspond pas à cet objectif-là”, avertit-il.
La Nouvelle-Aquitaine, deuxième région pour la création d’usines
Sur le plan économique, le bilan dressé par Alain Rousset se veut encourageant. “Nous sommes la deuxième région à créer des usines.”, se félicite-t-il, soulignant le positionnement de la Région comme “chef d’orchestre, en appui, en écoute des entrepreneurs et des entreprises de cette réindustrialisation.”
Parmi les projets porteurs, le président cite l’investissement de Solvay à La Rochelle : “qui va investir 140 millions d’euros sur les terres rares récupérées dans les aimants.”
L’économie circulaire figure également en bonne place, avec des initiatives sur le bassin de Lacq où “nous déconstruisons avec l’entreprise solidaire Envie des cellules photovoltaïques pour récupérer les métaux rares qui sont dedans en essayant de les réutiliser dans la production de cellules photovoltaïques ou d’autres activités.”
Reconstruire le monde ouvrier et industriel
Pour Alain Rousset, la réindustrialisation ne répond pas qu’à un enjeu économique. “Ce qu’on a oublié, c’est que la crise sociale, morale, que nous connaissons aujourd’hui, provient du fait que nous avons perdu le monde ouvrier, et le monde industriel”, analyse-t-il.
Le président a également annoncé la création d’un fond d’investissement dédié aux entreprises du secteur de la défense avec la Région Bretagne et peut-être l’Occitanie.
“La situation de nos PME aujourd’hui, c’est qu’elles ont des capitaux propres, des fonds propres faibles. Donc, la Région les accompagne quand elles ont un projet d’investissement, mais si elles ont besoin d’un crédit auprès des banques, la banque regarde capitaux propres et niveau d’endettement. Et là, il y a un déséquilibre en France malgré la création de la BPI, à laquelle j’ai contribué en 2012. Nous n’avons pas réglé ce problème.”
Sa solution ? “Il faut que nous ayons des structures et j’espère que cette structure sera accompagnée par les grands groupes qui ont besoin de cette sous-traitance pour assembler un avion, un véhicule de combat, que sais-je encore, et pour faire en sorte que nos PME soient capables de répondre à la demande de sous-traitance.”
Festival d’Angoulême : une année de transition
Interrogé sur le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, Alain Rousset évoque une période de reconstruction. “Il a fallu convaincre notamment le monde des auteurs et des éditeurs ou des autrices, de ne pas saborder l’opération. Ils seront présents cette année”, annonce-t-il.
Une nouvelle gouvernance est en cours de mise en place. “Nous avons créé une structure où nous aurons notre mot à dire en tant que pouvoir public, parce que nous finançons beaucoup, entre la Région, la Ville d’Angoulême, le Département, l’État. Et donc, nous allons pouvoir lancer un appel d’offres pour 2027.”
En attendant, le festival 2026 prendra une tournure particulière : “Cette année, il y aura un événement un peu fou, un peu off, comme on dit en Avignon”, promet le président, qui mise sur “une discussion artistique avec les maisons d’édition et les auteurs et les autrices de BD.”