Ce lundi 14 septembre 2026, à l’aéroport Montpellier Méditerranée, les élus de la Métropole et du Pays de l’Or ont signé un protocole d’intention pour lancer les études d’une desserte ferrée de la plateforme. Un geste politique autant que technique : le tramway doit, pour la première fois, sortir du périmètre métropolitain.
« C’est un moment historique. »
La formule, répétée ce lundi sur le tarmac de Mauguio, résume l’ambiance de la conférence de presse. Michaël Delafosse, président de Montpellier Méditerranée Métropole et maire de Montpellier, Stéphan Rossignol, président de l’agglomération du Pays de l’Or et maire de La Grande-Motte, et Pierre-Martin Chazot, maire de Mauguio-Carnon, ont officialisé le lancement des études relatives à la desserte de l’aéroport.
Le protocole d’intention ne construit pas encore de rails. Il acte toutefois une volonté commune après des années de divergences : relier la plateforme aéroportuaire au réseau de tramway d’ici la fin des mandats, soit à l’horizon 2032-2033.
Une première : le tram hors des frontières métropolitaines
Situé à Mauguio, l’aéroport Montpellier Méditerranée n’appartient pas au territoire de la Métropole. Toute extension du tram y constitue donc une rupture. « La signature de ce protocole d’intention marque la fin de décennies de désaccords politiques », ont souligné les trois élus.
Le projet vise d’abord les voyageurs, aujourd’hui dépendants de la voiture ou de la navette depuis Place de l’Europe. Il concerne aussi les milliers de salariés de la zone économique voisine, dans un secteur déjà sous tension avec Piom, Cambacérès et les programmes de logements à Pérols et Lattes.
L’accessibilité routière du sud de l’agglomération se dégrade année après année. L’option privilégiée est le prolongement de la ligne 3. Relier directement la gare Montpellier-Sud-de-France via un allongement de la ligne 1 séduit sur le papier, mais le coût serait trop élevé : 120 à 150 millions d’euros, contre environ 70 millions pour la ligne 3. Dans ce scénario, la gare Saint-Roch serait reliée à l’aéroport en moins de 30 minutes.
Le tracé exact, le mode de transport définitif, le financement et le calendrier restent à préciser dans le cadre du Service express régional métropolitain (SERM). « Une étude dans le cadre du SERM doit déterminer quelle solution sera la meilleure », a indiqué Michaël Delafosse.
Pas de tramway jusqu’à la mer
Le choix de l’aéroport ferme, pour l’instant, un autre dossier souvent agité : la desserte du littoral. Pierre-Martin Chazot l’a répété : « Il n’y aura pas de tramway jusqu’à la mer, il n’y aura pas de tramway au centre-ville de Mauguio, il n’y aura pas d’intégration à la Métropole. » Le protocole n’est donc pas un premier pas vers une fusion institutionnelle. Il s’agit d’un accord de projet, borné à l’accessibilité de la plateforme et de sa zone d’activités. Stéphan Rossignol parle d’une « échéance raisonnable » et affirme que « tout sera mis en œuvre pour que cela soit réalisé avant la fin du mandat ». Comprendre : avant 2032-2033.
Les enjeux d’une desserte trop longtemps reportée
Derrière le symbole politique, le dossier est d’abord un enjeu d’attractivité. L’aéroport développe son réseau : base Volotea prévue dès novembre 2026, nouvelles lignes, ambition de croissance du trafic. Sans accès fiable hors voiture, cette montée en puissance se heurte à un goulet d’étranglement.
Les enjeux se déclinent en plusieurs plans :
- Mobilité des passagers. Remplacer une navette tributaire des bouchons de la D66 et de la route des plages par une liaison cadencée, prévisible, connectée au cœur de Montpellier.
- Emploi et zone économique. Desservir non seulement le terminal, mais les salariés des parcs d’activités qui se densifient autour de la plateforme.
- Cohérence territoriale. Articuler Métropole et Pays de l’Or sans brouiller les compétences, dans le cadre plus large du SERM labellisé par l’État.
- Transition. Offrir une alternative à l’autosolisme sur un axe saturé, alors que le sud de l’agglomération concentre une part croissante du développement urbain et économique.
- Compétitivité aéroportuaire. Un aéroport mal connecté au sol perd en lisibilité face à Toulouse ou Marseille, même si son offre aérienne s’étoffe.
Dès janvier, Emmanuel Brehmer, président du directoire de l’aéroport, jugeait une telle extension « attendue de longue date » et « un accélérateur de mobilités ».
Ce 14 septembre, les collectivités franchissent le cap politique qui manquait.
Ce que le protocole engage… et ce qu’il ne règle pas
Le document signé ce lundi ouvre les études. Il ne fige ni le kilomètre de voie, ni la clé de financement entre Métropole, Pays de l’Or, État et, le cas échéant, Région.
Le montant de 70 millions d’euros n’est qu’une enveloppe de référence, liée à l’hypothèse ligne 3. Reste aussi à associer pleinement Mauguio-Carnon au travail technique, point sur lequel Pierre-Martin Chazot a insisté. La commune accueille l’infrastructure ; elle n’entend pas pour autant devenir une simple extension du réseau métropolitain.
En six ans, le tramway de Montpellier aura dû démontrer qu’il peut franchir une frontière administrative aussi bien qu’un carrefour. Si les études confirment le scénario privilégié, Saint-Roch et l’aéroport ne seront plus séparés que par une ligne, et non plus par des décennies de malentendus.