En 2026, une promesse tenue après douze ans d'effort. Le Roy René, confiseur emblématique d'Aix-en-Provence et premier fabricant de Calissons d'Aix, passe à 100 % d'amandes de Provence dans toute sa gamme Calisson d'Aix Tradition. Derrière ce jalon symbolique, un chiffre qui dit tout : la production française d'amandes a été multipliée par quatre en douze ans. Le récit d'une renaissance agricole hors du commun.
Une filière qui avait presque disparu
Il fut un temps où la Provence comptait jusqu’à 12 000 hectares d’amandiers. Puis vint le déclin, amorcé dans les années 1950-1960, au rythme de l’industrialisation de l’agriculture et de la concurrence des amandes californiennes. Résultat : aujourd’hui encore, seulement 3 % des amandes consommées en France sont françaises. Un paradoxe criant pour un pays qui a fait de la gastronomie un art de vivre — et pour une spécialité comme le Calisson d’Aix, dont l’amande est l’ingrédient central.
C’est ce constat qui a conduit Le Roy René à prendre les choses en main dès 2015. Avec l’appui de la Chambre Régionale d’Agriculture PACA, la manufacture aixoise s’est engagée dans un plan de relance ambitieux, devenant membre fondateur du Comité de Pilotage sur le projet de relance de l’amande en Provence, puis administrateur du Syndicat des Producteurs d’Amandes de Provence et de l’association interprofessionnelle France Amande.
15 %, 30 %, 50 %… 100 % : onze ans de progression !
L’histoire de cette remontée se lit comme une série de paliers gagnés saison après saison. Avant septembre 2015, la recette du Calisson d’Aix Tradition du Roy René ne contenait pas une seule amande de Provence. Dès la première saison du plan de relance, la confiserie en intégrait 15 %. En 2022, cette proportion atteignait 30 %, puis 50 % en 2024-2025. En 2026, le cap des 100 % est franchi : toutes les amandes utilisées pour la confection du Calisson d’Aix Tradition sont désormais provençales.
«Atteindre les 100 % d’amandes de Provence dans notre Calisson d’Aix Tradition, c’est l’aboutissement d’un engagement collectif que nous avons pris il y a douze ans, avec nos producteurs partenaires, les acteurs de la filière et l’ensemble de nos équipes. C’est une promesse tenue», déclare Laure Pierrisnard, directrice générale de la Confiserie du Roy René, présidente de l’Union des Fabricants du Calisson d’Aix et administratrice de France Amande.
La plantation de 1 000 hectares d’amandiers supplémentaires sur le territoire régional
Le résultat de cet engagement collectif est saisissant. En douze ans, la production française d’amandes a été multipliée par quatre, portée par la plantation de 1 000 hectares d’amandiers supplémentaires sur le territoire régional. Un effort sans précédent qui transforme en profondeur le tissu agricole provençal et réduit mécaniquement la dépendance aux importations.
Les bénéfices vont bien au-delà du symbole. Les émissions liées au transport sont réduites, les approvisionnements sécurisés, et l’économie agricole régionale renforcée à prix juste. L’argument environnemental est également de poids : un amandier provençal consomme quatre à cinq fois moins d’eau que son équivalent californien, dans un contexte où la ressource hydrique est une préoccupation croissante pour tous les acteurs agricoles méditerranéens.
De l’arbre à l’atelier : la récolte, un moment de l’année à part entière
La récolte des amandes de Provence s’étend de la mi-août à la mi-octobre. Le signal du bon moment, c’est la “gove” — l’enveloppe verte entourant la coque — qui sèche et s’ouvre naturellement, révélant que l’amandon est à maturité.
Sur le terrain, la technique du soubresaut est aujourd’hui la référence : un tracteur déploie une corolle vibrante autour du tronc, les vibrations font tomber les coques dans une toile tendue. Une fois ramassées, les amandes sont séchées pour garantir leur conservation, puis vient l’étape de la “casse” : les coques sont ouvertes mécaniquement dans un cassoir. Les amandons sont ensuite calibrés et triés électroniquement avant de rejoindre les ateliers du Roy René à Aix-en-Provence, où la recette ancestrale leur donne leur forme définitive.
Une recette inchangée depuis 1920, des amandes enfin locales
La composition du Calisson d’Aix Tradition n’a pas bougé d’un iota depuis 1920 : amandes de Provence, melon confit d’Apt cultivé en plein champ autour de Cavaillon et confit dans la capitale mondiale du fruit confit depuis le XIVe siècle, écorces d’orange confites, le tout reposant sur un lit d’hostie et recouvert d’un glaçage royal. C’est la provenance des amandes — et seulement elle — qui change désormais pour l’ensemble de la gamme. Une évolution discrète mais profonde, qui referme une boucle ouverte il y a douze ans.
«Acteur du goût en Provence depuis 1920, nous avons toujours eu la conviction que la qualité de nos calissons reposait avant tout sur la qualité des amandes qui les composent», rappelle Laure Pierrisnard. Une conviction qui a guidé plus d’une décennie de travail en commun avec les producteurs locaux pour que le terroir soit, enfin, pleinement au cœur du produit.
Une leçon de souveraineté alimentaire
L’aventure du Roy René et des amandes de Provence n’est pas qu’une belle histoire de confiseur. Elle illustre ce que peut accomplir une filière lorsqu’elle se dote d’une vision de long terme, s’organise collectivement et accepte de construire patiemment, saison après saison, les conditions de son indépendance. Dans un contexte où la souveraineté alimentaire est devenue un enjeu stratégique national, ce modèle mérite d’être regardé — et imité.
La récolte 2026 n’est pas une fin. C’est un point de départ pour une filière qui, après avoir failli disparaître, a toutes les cartes en main pour devenir un exemple de relocalisation agricole réussie.