Loin de se limiter à sa réputation de fromage d'exception, le Beaufort AOP constitue un véritable écosystème économique en Savoie. Avec plus de 5 400 tonnes produites en 2025, cette filière structure l'agriculture de montagne, maintient l'emploi local et gère un territoire contraint par l'altitude. Décryptage d'un modèle d'affaires ancré dans son terroir.
Dans l’imaginaire collectif, la montagne est souvent réduite à son attractivité touristique. Pourtant, derrière les stations de ski et les paysages de carte postale se cache une économie réelle, tangible et particulièrement résiliente : celle de la filière Beaufort. Le célèbre fromage AOP n’est pas qu’un produit de consommation, c’est le moteur d’une économie de montagne structurée.
Les chiffres de l’exercice 2025 parlent d’eux-mêmes : 127 319 meules de Beaufort ont été produites, représentant 5 415 tonnes de fromage. Pour atteindre ce volume, la filière a transformé plus de 55 millions de kilos de lait.
Un tissu économique dense et interdépendant
Le modèle du Beaufort repose sur une chaîne de valeur complexe et une organisation collective forte. Produire ce fromage ne se résume pas à l’acte de transformation, c’est faire tourner toute une micro-économie.
En 2025, la filière mobilise directement 773 producteurs, représentant 707 équivalents temps plein. Cet écosystème s’appuie sur :
- 335 producteurs laitiers répartis sur 313 exploitations.
- 16 producteurs individuels et 6 groupements pastoraux.
- 11 ateliers permanents et 2 affineurs exclusifs.
Cette organisation implique une grande diversité de métiers, souvent invisibles mais indispensables : de la logistique à la gestion administrative, en passant par le suivi qualité, la maintenance et la valorisation des coproduits. C’est ce maillage qui permet de maintenir une activité agricole viable dans un territoire marqué par les pentes, le climat et la forte saisonnalité.
Aménagement du territoire : le rôle clé du pastoralisme
L’impact économique du Beaufort se mesure également à l’échelle de l’aménagement du territoire. La production s’appuie sur un modèle extensif qui mobilise près de 54 000 hectares de surface agricole, dont près de 40 000 hectares d’alpages pâturés.
Les 16 567 vaches laitières de la zone Beaufort jouent un rôle d’entretien naturel des paysages, composé à 100 % de prairies (dont 98 % de prairies naturelles). Comme le souligne la filière, “produire du fromage ne consiste pas seulement à transformer du lait : cela revient aussi à entretenir des paysages (…) et préserver un équilibre territorial fragile”. Sans cette économie fromagère, des vallées entières perdraient leur vocation agricole.
Le défi de la transmission
Si le modèle économique semble robuste, il n’échappe pas à la problématique majeure de l’agriculture française : le renouvellement des générations. Loin d’être un “musée à ciel ouvert”, la filière Beaufort anticipe cette transition.
Entre 2020 et 2025, 160 reprises, installations ou ajouts d’associés ont été recensés. Signe d’une volonté de former la relève, 27 apprentis ont été accueillis dans 22 exploitations en 2025. Aujourd’hui, l’âge moyen des producteurs s’établit à 47 ans (73 % d’hommes pour 27 % de femmes).
À l’heure où les consommateurs exigent davantage de traçabilité et d’ancrage local, la filière Beaufort prouve qu’il est possible de concilier production de qualité, maintien de l’emploi en altitude et préservation de l’environnement, confirmant que la montagne savoyarde ne vit pas seulement de tourisme.




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