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Nathalie Bureau du Colombier
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Jeudi 23 Juillet 2026 à 09:04

Relations tumultueuses entre la France et l'Algérie, guerres russo-ukrainienne et américano-iraniennes : le commerce international se trouve fragilisé par un contexte propice au poids croissant de la politique dans le jeu d'acteurs portuaires. Localement aussi, la politique joue un rôle central. Christophe Castaner tient la barre de cette diplomatie portuaire pour un enjeu économique crucial tant au niveau international que local. 

Pour mettre fin à la querelle de clocher entre le port et la ville de Marseille, le président Emmanuel Macron avait choisi en 2022 de placer à la tête du conseil de surveillance du plus grand port de France un fin limier de la négociation et de la diplomatie, ancien ministre de l’Intérieur. Reconduit en 2026 dans ses fonctions de président du conseil de surveillance du port de Marseille Fos pour cinq ans, Christophe Castaner déploie une stratégie aussi bien en local qu’à l’international.

À l’international, le pari du corridor IMEC

En 2026, dans un contexte de recomposition des échanges mondiaux, Marseille Fos se pose en acteur de premier plan du corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC) afin de renforcer sa connectivité et son positionnement sur les grands corridors logistiques de demain. « Au premier semestre, nous avons eu une activité internationale riche. Il est important de se positionner sur ces futurs corridors », a souligné, ce 10 juillet en conférence de presse, Hervé Martel, président du directoire du port de Marseille Fos.

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Plusieurs accords stratégiques ont été conclus, notamment avec les ports indiens de Jawaharlal Nehru Port Trust (JNPT) et Adani Ports, ouvrant de nouvelles perspectives de coopération. Marseille Fos a également impulsé le lancement du Club des ports de l’India-Middle East-Europe Corridor (IMEC), nouvelle plateforme de dialogue entre ports et acteurs économiques engagés dans ce corridor, en présence de Gérard Mestrallet, envoyé spécial du président de la République pour l’IMEC.

Parallèlement, le port a multiplié les échanges avec les grands acteurs du secteur maritime à l’occasion de missions en Inde, à Singapour ou en Égypte, tout en accueillant à Marseille plusieurs rendez-vous internationaux majeurs : l’assemblée générale de MedPorts, des groupes de travail de l’International Association of Ports and Harbors (IAPH), ainsi que de nombreuses délégations institutionnelles, économiques et portuaires. Cette présence renforcée à l’international contribue à consolider le rôle de Marseille Fos comme porte d’entrée du sud de l’Europe et acteur de référence des transitions logistiques, industrielles et énergétiques en Méditerranée. 

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L’Algérie, un dossier sensible

Christophe Castaner est en première ligne dans les relations tempétueuses avec l’Algérie, deuxième partenaire commercial du port. La réaffirmation par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental souffle sur les braises de la colonisation. Et la forte concurrence sur les lignes franco-algériennes exercée depuis Sète par l’italien GNV, filiale du premier armateur mondial de lignes maritimes conteneurisées MSC, aurait, selon des proches du dossier, pour but de fragiliser la desserte historique assurée par Corsica Linea au départ de Marseille. « Le déséquilibre du marché tient à des raisons autant diplomatiques qu’économiques. Le marché ne s’ouvre pas vite et la concurrence se développe », concède Hervé Martel.

Rappelons également le rôle du port de Marseille en juin 2025, à Nice, lors de la Conférence des Nations unies sur l’océan et la déclaration stratégique cosignée avec les ports d’Algésiras, Alexandrie et Beyrouth pour un réseau de corridors maritimes verts Europe-Méditerranée-Golfe d’ici 2030 / 2050. La diplomatie passe également par des accords avec des personnes clés.  Après la journée des Consuls en avril 2025, Marseille Fos a tenu en 2026 la première journée des ambassadeurs, signe de la porosité croissante entre politique étrangère et commerce international.

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Un ancrage local tout aussi stratégique

Que ce soit à l’échelle de la région, du département, de la métropole ou des communes dont Marseille, le port joue un rôle central avec ses 42 600 emplois directs et indirects, et 10 000 emplois supplémentaires à venir sur les sujets d’aménagement, d’économie, d’emploi, de tourisme, de décarbonation et d’industrie.

Là encore, Christophe Castaner a tenu la barre en 2026, année d’élections municipales, navigant au mieux dans ces périodes où les eaux se troublent. Le Port Center, trait d’union entre le port et la ville, a accueilli plus de 30 000 visiteurs ; la digue du Large s’ouvre enfin aux Marseillais et Hervé Martel annonce la poursuite de l’aménagement du sud, après avoir réconcilié les Marseillais avec la croisière en investissant dans le branchement électrique à quai, permettant l’alimentation simultanée de trois paquebots en service depuis avril dernier.

La politique s’invite également quand le président Macron décide, dans le cadre du plan  Marseille en Grand, d’agir sur l’axe Méditerranée-Rhône-Saône. Début juillet, Marseille Fos a pris la présidence de l’association Medlink Ports.

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Un contexte national sous tension

Le port revient en force dans les actions de promotion en France et à l’étranger, au lendemain de la discrète dissolution de l’association de place Via Marseille Fos. Un nouveau chapitre s’ouvre à moins d’un an de l’élection présidentielle, et là encore les ports sont dans le viseur des parlementaires.

Publié le 7 juillet, le rapport sur la compétitivité des ports, dont les rapporteurs sont les députés Agnès Firmin Le Bodo (Horizons) et Matthias Renault (RN), pointe le décrochage des ports français depuis 2008 : un recul de tonnage de 16 % depuis 2005 pour les quatre grands ports français, contre une hausse de plus de 24 % pour Rotterdam et de plus de 53 % pour Anvers-Bruges. 

Parmi ses 40 propositions, le rapport suggère de recentrer la stratégie autour de trois axes — Seine, Nord et Méditerranée-Rhône-Saône —, de sécuriser le financement du dragage via une loi de programmation pluriannuelle, de flécher les recettes ETS maritimes vers la décarbonation portuaire, et de simplifier la douane pour fiabiliser le passage portuaire.

Photo 1 : Marseille Fos accueille coup sur coup en mai 2026 les travaux de l’IAPH et de la MedPorts Association. ©GPMM

Photo 2 : En marge de la visite d’État en Inde, Marseille Fos signe deux partenariats avec les grands ports du pays. ©GPMM

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