Ce 24 février, la CCI des PO et la Banque de France ont présenté devant un parterre de chefs d’entreprises et décideurs économiques les résultats de l’enquête de conjoncture sur le bilan de l’année 2025 dans le département et surtout les perspectives attendus ou espérés pour 2026. Reportage vidéo.
Le département des Pyrénées-Orientales aborde 2026 avec un mélange contrasté de fragilités persistantes et de signaux encourageants. Territoire le plus touché par le chômage en France métropolitaine, marqué par une forte précarité et un tissu économique dominé par des TPE (très petites entreprises), les Pyrénées-Orientales ont traversé une année 2025 difficile.
Pourtant, les investissements publics massifs du Département, de l’Etat et le dynamisme de certains secteurs phares comme le tourisme et la logistique, ainsi que le plan d’actions ambitieux de la CCI laissent entrevoir une amélioration progressive de la situation des entreprises et de l’emploi.
Une situation de l’emploi toujours tendue, mais des investissements publics comme amortisseur
Au 4e trimestre 2025, 57 290 demandeurs d’emploi (catégories A, B, C) étaient inscrits à France Travail, soit une hausse de 3,8 % sur un an. Le taux de chômage localisé s’établit autour de 12,2 % au 3e trimestre 2025 selon l’Insee, loin devant la moyenne nationale (environ 7,2 %). Le département reste lanterne rouge nationale, avec des emplois très saisonniers (tourisme, agriculture) et une perte nette d’environ 1 200 emplois salariés entre le 3e trimestre 2024 et le 3e trimestre 2025.
Les offres d’emploi ont chuté de 23,5 % en 2025 et l’intérim a reculé. Le nombre d’allocataires du RSA dépasse les 26 000, avec une hausse attendue en 2026. Le recrutement reste frileux : les entreprises peinent à trouver des compétences, notamment dans le BTP (pénurie de main-d’œuvre qualifiée) et l’industrie.
Pourtant, le Département, classé parmi les 8 à 10 mieux gérés de France, injecte de l’oxygène via sa commande publique. Son budget 2026 s’élève à 778 millions d’euros (légère hausse par rapport à 2025), dont 259 millions d’investissement et plus de 180 millions de crédits ouverts.
Au total, près de 150 millions d’euros de chantiers seront réalisés chaque année, soutenant directement les entreprises locales du BTP et maintenant l’emploi privé. La dette reste maîtrisée (443 € par habitant, parmi les plus basses de France) grâce à un désendettement précoce et à la renationalisation du RSA.
Les entreprises : résilience en 2024, tensions en 2025, espoir de rebond
Le tissu économique est fragile : majoritairement composé de TPE, très dépendant des services (78 % des emplois) et de l’agriculture. En 2024, l’économie a résisté grâce à une hausse de 16,5 % des créations d’entreprises (notamment dans les services administratifs et les transports). L’hôtellerie-restauration et l’industrie se sont montrées particulièrement dynamiques.
2025 a été plus rude : les fermetures d’entreprises ont augmenté de 25 à 30 %, surtout parmi les structures de 10 à 20 salariés. La trésorerie est sous pression (délais de paiement allongés, accès au crédit difficile), et le contexte national (incertitudes budgétaires, inflation) a freiné les investissements privés.
Malgré cela, les entreprises sondées par la Banque de France en ce début 2026 anticipaient une progression de leur chiffre d’affaires dans les services et l’industrie. Le recrutement, en revanche, reste limité, voire négatif dans l’industrie.
Secteurs porteurs : le tourisme et la logistique en tête, l’industrie à moyen terme
- Tourisme : Pilier historique, il affiche une bonne santé avec une saison hivernale 2025 excellente et des réservations estivales supérieures à 2024. L’ouverture de plusieurs hôtels 4 et 5 étoiles en 2024 a renforcé l’offre haut de gamme. La complémentarité avec le commerce de proximité est mise en avant par les acteurs locaux.
- Agriculture et viticulture : Fortement saisonnière, elle bénéficie de la position frontalière et des filières fruits-légumes.
- Logistique et commerce extérieur : Le Marché Saint-Charles reste une plateforme stratégique. La proximité avec l’Espagne et les coopérations transfrontalières (évoquées et soutenues par la CCI) offrent un potentiel de croissance.
- BTP : Témoin du dynamisme territorial mais reste sous tension (carnets de commandes du gros œuvre épuisés, hausse des taux). Le second œuvre pourrait rebondir.
- Industrie : Encore modeste (environ 5-6 % des emplois), elle est identifiée comme porteuse à long terme, avec un objectif départemental de passer de 16 000 à plus de 20 000 emplois industriels dans les zones « Territoires d’industrie ».
2026 : une année de transition vers un rebond modéré
Selon les anticipations de la Banque de France local, 2025 devait « secouer » avec une croissance molle de 0,9 %, mais 2026 s’annonce meilleure, portée par un redressement de la consommation des ménages (14 milliards d’euros d’épargne disponible dans le département, avec une tendance au désépargne) et de l’investissement privé.
Au niveau national, la Banque de France table sur 1 % de croissance en 2026.
« En 2025, la croissance française devrait atteindre environ 0,9 %, avant de se stabiliser autour de 1 % dans les années à venir. Le taux d’épargne des ménages a quant à lui atteint en décembre 2025 son niveau le plus élevé depuis les années 1970, à 18,9 %. Nous anticipons que cette épargne sera progressivement mobilisée dès 2026 au service de la consommation, qui doit constituer, avec l’investissement des entreprises, le principal moteur de la croissance sur cette période » a expliqué Patrick Garcia, Directeur départemental de la Banque de France des Pyrénées-Orientales.
La CCI des Pyrénées-Orientales, via son président Laurent Gauze, affiche un optimisme mesuré : bilan lucide de 2025 mais « toute confiance dans la résilience des chefs d’entreprise ».
Son plan d’actions 2026 s’articule autour de quatre priorités :
- Soutien au commerce de proximité et à l’entrepreneuriat ;
- Accompagnement des transitions numérique, environnementale et des ressources humaines ;
- Valorisation des filières stratégiques (tourisme, économie maritime) ;
- Renforcement des coopérations régionales et transfrontalières.
Ces mesures visent à sécuriser le tissu économique, améliorer la compétitivité et favoriser l’émergence de nouveaux projets.
« 38 % des professionnels se déclarent optimistes pour 2026. Nous espérons que la consommation reparte rapidement, car c’est l’ensemble des secteurs d’activité du département qui en bénéficierait » a expliqué Fabienne Durand, Responsable du pôle data études de la CCI Pyrénées-Orientales.
En conclusion : un département qui investit dans l’avenir
Les Pyrénées-Orientales ne partiront donc pas de zéro en 2026. La solidité financière du Département, les atouts touristiques et frontaliers, et la mobilisation de la CCI constituent de solides leviers. Reste à surmonter les handicaps structurels : chômage élevé, saisonnalité excessive, manque de compétences et précarité.
Si les entreprises parviennent à transformer les transitions écologique et numérique en opportunités, et si la commande publique continue de soutenir l’activité, 2026 pourrait marquer le début d’un redressement durable.
Le pari est ambitieux, mais le territoire a déjà prouvé sa capacité de résilience face aux crises successives. L’année qui s’ouvre sera celle de la confirmation ou de l’enlisement : les acteurs locaux semblent déterminés à faire pencher la balance du bon côté.