Avec 2,249 milliards d’euros mobilisés en 2025, la direction régionale Occitanie de la Banque des Territoires (Groupe Caisse des Dépôts) enregistre une hausse historique de 21 % de ses financements en prêt sur ressource du Livret A. Dans un contexte économique complexe, l’institution s’impose comme le bras armé financier des collectivités et des bailleurs sociaux d'Occitanie, avec des priorités claires : l'eau, la santé, le grand âge et la transition énergétique. Interview vidéo exclusive.
2025 est une année record pour la direction régionale Occitanie de la Banque des Territoires en Occitanie. Loin du ralentissement traditionnellement observé à l’approche des élections municipales, les investissements locaux ont bondi. Le nombre de dossiers de prêts accordés aux collectivités est passé de 192 à 297 en un an, totalisant 529 millions d’euros.
« Nous constatons que certains sujets enjambent les échéances électorales parce qu’ils sont, d’une certaine manière, dépolitisés », analyse Patrick Martinez, directeur régional Occitanie de la Banque des Territoires. « Qui n’a pas envie d’investir dans l’eau, dans la rénovation des bâtiments ou la gestion des déchets aujourd’hui ? Ce sont des obligations pour la qualité de vie et le développement durable. »
Le Livret A, un bouclier face aux taux de marché
Cette dynamique s’explique en grande partie par le modèle de financement de l’institution, basé sur les fonds du Livret A. Alors que les banques commerciales répercutent la volatilité des marchés, la Banque des Territoires propose des prêts de long terme à des taux attractifs (souvent autour de 3 à 3,5 %).
Si une légère “décollecte” du Livret A a été observée récemment au profit de l’assurance-vie, la capacité de frappe de l’institution reste intacte. Avec un encours national dépassant les 670 milliards d’euros, les quelques milliards retirés par les épargnants ne freinent pas l’accompagnement des territoires. « Le meilleur placement que font les épargnants, c’est l’utilité sociale », rappelle Patrick Martinez. « Cet argent ne revient peut-être pas en intérêts boursiers, mais en intérêt public. »
L’eau et la décarbonation en tête de proue
En Occitanie, région particulièrement exposée au dérèglement climatique, la gestion de l’eau est devenue la priorité absolue. Après la crise historique subie par les Pyrénées-Orientales, la Banque des Territoires accélère sur le financement de la REUT (Réutilisation des Eaux Usées Traitées), comme à Argelès-sur-Mer, et sur la rénovation des réseaux fuyards.
Pour inciter les élus à agir, la Banque des Territoires innove avec l’Agence de l’Eau Adour-Garonne : un système de “guichet unique” a été mis en place. Mieux encore, pour compenser la baisse des avances remboursables de l’Agence, la Banque des Territoires accorde désormais les prêts, dont les intérêts sont pris en charge par l’Agence de l’Eau. Résultat : un prêt à taux zéro pour la collectivité.
Sur le front de l’énergie, l’institution accompagne la réindustrialisation verte. Le port de Port-la-Nouvelle, futur hub de l’éolien en mer, pourrait ainsi nécessiter 80 millions d’euros d’investissements supplémentaires pour aménager des plateformes d’assemblage de flotteurs géants.
Un bond spectaculaire pour le médico-social
L’autre chiffre marquant de ce bilan 2025 concerne la santé et le grand âge. Les prêts accordés aux hôpitaux locaux et aux EHPAD sont passés d’à peine 10 millions d’euros les années précédentes à 79 millions d’euros en 2025.
Ces fonds servent à « l’humanisation » des établissements (généralisation des chambres individuelles), mais aussi à leur adaptation climatique. « Comment faire vivre des gamins dans des écoles ou des personnes âgées dans des EHPAD quand il fait 40 degrés à l’extérieur pendant une semaine ? » s’interroge le directeur régional. Le financement de la résilience (brasseurs d’air, balcons, isolation) est devenu une condition sine qua non pour préserver la santé publique et réduire les charges d’exploitation des structures.
Ingénierie et acteurs privés : une approche globale
Pour s’assurer de la viabilité de ces projets, la Banque des Territoires finance jusqu’à 50 % des études d’ingénierie en amont. C’est notamment le cas pour les programmes nationaux comme “Action Cœur de Ville” (28 communes en Occitanie) et “Petites Villes de Demain” (224 communes). En 2025, 10,4 millions d’euros d’ingénierie auxquels sont venus s’ajouter 314 millions d’euros de prêts.
Enfin, l’institution publique n’hésite plus à s’allier au secteur privé. Elle investit en fonds propres aux côtés d’acteurs comme Suez pour remporter des Délégations de Service Public (DSP) sur la gestion des déchets et la création d’unités de valorisation énergétique, comme c’est déjà le cas sur les agglomérations de Toulouse, Perpignan, et prochainement dans le Biterrois.
Un soutien global qui s’étend jusqu’aux professions juridiques (notaires, huissiers), dont la Banque des Territoires est le banquier historique. Touchées par la crise immobilière, ces études bénéficient actuellement de réaménagements de dettes pour traverser cette conjoncture difficile.