Alors que le changement climatique frappe déjà les territoires de montagne, les entreprises de Travaux Publics de Savoie tirent la sonnette d’alarme. Dans un communiqué publié depuis Chambéry, la Fédération BTP Savoie et la FRTP Auvergne-Rhône-Alpes appellent à « relancer les projets utiles pour mieux vivre en Savoie ». L’enjeu, disent-ils, n’est pas de dépenser davantage, mais de prioriser et d’engager sans tarder les investissements indispensables avant que les retards ne coûtent bien plus cher.
Des infrastructures au cœur de la vie quotidienne… et déjà fragilisées
Se déplacer en sécurité, disposer d’une eau potable, protéger les habitations des inondations, entretenir un pont ou sécuriser une route : ces besoins fondamentaux reposent sur des ouvrages que l’on ne remarque souvent que lorsqu’ils font défaut. En Savoie, le constat est clair. Un peu plus de 16 % des ouvrages d’art présentent des problèmes de sécurité. Le département compte plus de 6 500 km de réseaux d’eau potable, avec 27 % de l’eau distribuée qui se perd dans les fuites, alors que les sécheresses se multiplient. Les voiries communales et intercommunales représentent environ 5 000 km. Au rythme actuel de renouvellement, certains réseaux mettraient plus de 220 ans à être intégralement modernisés.
Les mobilités douces progressent (les aménagements cyclables ont augmenté de 81 % depuis 2020 et dépassent déjà l’objectif national de 12,5 % de modes doux), mais le déploiement des bornes de recharge pour véhicules électriques reste insuffisant. Face aux éboulements, glissements de terrain et crues torrentielles, l’adaptation climatique n’est plus un débat théorique : sécuriser les versants, entretenir les cours d’eau et conforter les infrastructures sont devenus des impératifs de sécurité.
Un ralentissement qui fragilise le tissu local
Derrière ces besoins se trouve un tissu d’entreprises locales : près de 120 sociétés de Travaux Publics employant environ 3 000 salariés non délocalisables en Savoie. Pourtant, la commande publique marque le pas. En Savoie, le nombre d’appels d’offres a baissé d’environ 22 % sur les huit premiers mois de 2026 par rapport à 2025. À l’échelle régionale (Auvergne-Rhône-Alpes), le volume des appels d’offres recule de 28,2 %. Nationalement, l’activité des Travaux Publics chute de 7,4 % depuis le début de l’année et les prises de commandes de plus de 22 %.
Le souvenir du précédent ralentissement (2014-2016), qui avait entraîné une perte d’environ 16 % d’activité et près de 30 000 emplois au niveau national, est encore vif. « Maintenir les investissements dans l’adaptation au changement climatique, c’est avant tout préserver la qualité de vie des habitants et préparer l’avenir de notre territoire », souligne Simon Martoia, président de la section Travaux Publics de la Fédération BTP Savoie.
Trois leviers pour relancer sans attendre
Les fédérations proposent trois actions simples :
- Donner de la visibilité en établissant une programmation pluriannuelle des projets, même si tous ne peuvent pas démarrer immédiatement.
- Prioriser les investissements utiles (eau, sécurité, mobilités, adaptation climatique, accès aux services et entretien du patrimoine).
- Accélérer les projets déjà prêts à entrer en phase de réalisation.
Les entreprises se disent prêtes à accompagner les collectivités. Pour elles, investir dans les infrastructures, c’est investir dans la qualité de vie, l’attractivité touristique et la résilience d’un département de montagne. L’appel est lancé pour ne pas laisser les retards d’entretien devenir plus coûteux demain.

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